| Quand Jackie Chan dérape au forum de Bo'ao |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Vendredi, 24 Avril 2009 14:19 | |||
![]() Jackie Chan était l’invité du neuvième forum annuel de Bo’ao qui s’est tenu dans cette petite ville de l’île de Hainan du 17 au 19 avril dernier. Le thème retenu cette année concernait la gestion de l’après-crise en Asie. Le samedi 18 avril, la star de Hong Kong a participé en tant que vice-président de l’Association du cinéma chinois à un panel de discussion sur la question : « Comment exploiter le potentiel de créativité industrielle de l’Asie ». Nécessité de se créer un style personnelJackie Chan a apporté des idées sur le sujet de l’innovation en se basant sur son expérience personnelle. Il a expliqué en particulier que, au début de sa carrière, il avait vécu dans l’ombre de Bruce Lee et qu’il avait alors tenté de se créer une identité et un style propres à Hollywood. Pour cela, il avait cependant été obligé de revenir à Hong Kong. Ce n’est qu’après avoir passé quinze ans à se bâtir une solide réputation en Asie qu’il avait pu revenir à Hollywood et y être redécouvert.Selon lui, le problème essentiel de beaucoup de jeunes, en Chine aujourd’hui, est de ne pas avoir cette volonté d’identité originale. Ils se contentent d’admirer l’étranger, au lieu de s’efforcer de développer leur propre style. Jusque là, rien à dire. Mais il s’est ensuite laissé emporter par son impulsivité, ce qui nous vaut des trésors d’imagination créative lorsqu’il est sur un plateau, mais qui s’est révélé pour le moins dangereux dans le contexte d’un forum pan-asiatique où ses propos ont choqué beaucoup de monde. Les Chinois auraient besoin « d’être contrôlés »Alors qu’on lui avait demandé ce qu’il pensait de la censure et des restrictions à la liberté d’expression auxquelles les cinéastes sont soumis en Chine, il répondit qu’il n’était pas sûr qu’une société totalement libre serait une bonne chose pour la Chine, disant qu’il pensait de plus en plus que « nous, les Chinois, nous avons besoin d’être contrôlés », et ajoutant pour enfoncer le clou : « J’ai des doutes, maintenant : si vous avez trop de liberté, cela donne ce que l’on observe maintenant à Hong Kong, c’est le chaos. C’est le chaos aussi à Taiwan. » On sait que l’acteur n’a jamais soutenu les mouvements en faveur de la démocratie à Hong Kong, lesquels se sont multipliés après la rétrocession à la Chine, en 1997, de l’ancienne colonie britannique. En général, il s'agissait de protester contre le fait que les habitants de Hong Kong n’aient pas la possibilité d’élire directement leurs instances dirigeantes, Pékin étant d’avis qu’ils ne sont « pas prêts » pour la démocratie à part entière. Mais la déclaration de Jackie Chan allait bien plus loin qu’une seule attitude de distanciation vis-à-vis des protestations politiques. Aussi intempestive qu’inattendue, elle a provoqué une levée de boucliers des participants hongkongais et taïwanais au forum, de même qu’une tempête sur les sites internet de discussion où des internautes ont été jusqu’à demander le boycott de ses films, et du concert qu’il est en train d’organiser dans le « Nid d’oiseau » à Pékin. Ses commentaires ont également été désapprouvés par le porte-parole du gouvernement chinois, Cheng Wenzang. Star du Kungfu, mais pas de la communicationOn peut se demander si Jackie Chan pensait, par des propos de ce genre, se concilier les faveurs des autorités chinoises. Son prochain film, d’après le porte-parole de sa société de production, ne sortira pas en Chine en raison des scènes violentes qui n’auraient aucune chance de passer la censure et qu’ils n’ont aucune intention de couper. Mais cela apparaît surtout comme un dérapage maladroit et… incontrôlé. Le porte parole de la star a bien tenté de calmer le jeu en faisant appelà la théorie "des propos sortis de leur contexte", mais cela n'a pas vraiment convaincu... Peut-être que, à cinquante cinq ans, Jackie Chan devrait envisager de se faire doubler dans les scènes qu’il risque de ne pas maîtriser totalement. On ne peut sans doute pas demander à une star du kungfu d’être, en plus, diplomate.
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