Accueil arts martiaux Kung Fu Wing Chun, la sobriété au service de l'efficacité
Wing Chun, la sobriété au service de l'efficacité PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Mardi, 01 Décembre 2009 11:55

Le Wing Chun vise l'efficacité via des mouvements simples et sans fioritures (auteur : NJ)

Art martial par lequel Bruce Lee a découvert sa vocation dans les arts martiaux, le Wing Chun est une discipline où l'efficacité prédomine sur la beauté. Il doit une partie de son originalité à sa source féminine, la nonne Ng Mui. Son but : permettre à l'initié de vaincre un adversaire physiquement plus fort.

Wing Chun 咏春

Trouver l'ouverture puis frapper (auteur : NJ)A lire également : notre dossier complet sur le Wing Chun


Plusieurs appelations : Wing Tsun, Wyng Tjun, Ving Tjun selon les différentes transcriptions, ou encore Yong Chun Quan en chinois mandarin. Wing Chun est le terme en cantonnais wade

 

咏春 yǒng chūn (appelation en chinois mandarin)

 

Le Wing Chun est un style de wushu que l'on classe dans les boxes du sud (nanquan), du fait de son origine géographique. Cet art martial est spécialisé dans le combat rapproché à mains nues. Il y existe aussi des techniques d'armes comme le bâton long et le double couteau.

 

Il s'agit d'une discipline souvent perçue comme externe ou waijia (basée sur le développement physique) mais qui dans les faits se base aussi sur un travail interne ou neijia (travail énergétique, de sensation).

 

La raison d'être du Wing Chun est de permettre à l'initié de vaincre un adversaire physiquement plus puissant. Une philosophie qui tient probablement à ses origines féminines. Tout est question d'efficacité : le côté artistique n'est pas pris en compte, seuls des mouvements efficaces, rapides et sans détours sont enseignés.

La légende sur l'origine du Wing Chun

Ng Mui, une femme qui a marqué les arts martiaux de son empreinteLe Wing Chun aurait été fondé il y a 300 ans. On raconte généralement qu'il est la création de la nonne Ng Mui. Lors de l'attaque et la destruction du temple Shaolin du Fujian par le gouvernement mandchou, elle aurait réussit à s'enfuir avec 4 autres maîtres.

 

Se réfugiant au temple de la Grue Blanche sur le Mont Tai Leung, elle se consacra au Bouddhisme Chan et au perfectionnement de l'art qu'elle était en train d'élaborer.

 

Son objectif était clair : permettre aux plus faibles physiquement de pouvoir l'emporter contre des adversaires plus robustes, tout en offrant un apprentissage simple et rapide. En effet, dans le contexte de l'époque, il était important que l'élève puisse être rapidement efficace.

 

Comme souvent dans les légendes du wushu chinois, c'est la nature qui lui a donné l'inspiration : assistant au combat entre une grue et un serpent, elle décida qu'il fallait épurer l'art du combat de tous les gestes à grande amplitude, et de toutes les techniques trop artistiques et pas assez efficaces.

 

Étrangement, aujourd'hui l'art mis sur pied par Ng Mui ne porte pas son nom mais celui de sa disciple Yim Wing Chun. Cette dernière s'était réfugiée dans le temple de la Grue Blanche avec son père, accusé de crime dans une autre province.

Prise de sympathie pour la jeune femme, Ng Mui décida de lui enseigner sa boxe. A force de s'entraîner intensivement, Yim Wing Chun maîtrisa petit à petit les différentes techniques, et vient le jour où Ng Mui lui demanda de poursuivre la transmission du savoir.

 

C'est le mari de cette dernière, Leung Bok Chau, qui décida de baptiser l'art de Ng Mui du nom de sa femme : le Wing Chun Quan Kungfu. Signifiant «Promesse d'avenir» (littéralement «chanter le printemps»), le nom faisait également référence à la future éviction du pouvoir mandchou, une des volontés de la nonne fondatrice.

La promotion moderne du Wing Chun

Yip Man et Bruce Lee, deux grands noms du Wing ChunDans les arts martiaux chinois, il est toujours difficile de s'y retrouver entre les différents individus se présentant comme les maîtres authentiques d'un art, les membres de la lignée originelle. Ceci est vrai pour le Wing Chun également.

 

Pénalisé par la Révolution Culturelle, qui a poussé de nombreux experts et maîtres à s'exiler à Hongkong, Taïwan, Singapour ou dans d'autres pays, le Yong Chun Quan était alors presque inexistant en Chine. Sa popularité aujourd'hui, il le doit principalement à un maître que certaines thèses historiques ne présentent pas comme légitime : Yip Man (Ye Wen 葉問).

 

Ce dernier, implanté à Foshan (province du Guangdong), était l'un des derniers experts de Wing Chun à ne pas avoir quitté la Chine. Il fut également le premier à oser ouvrir son art au grand public, et la suite de l'histoire lui donne raison.

 

Car parmi ses élèves, se trouvèrent principalement William Cheung (l'un des maîtres les plus éminents à ce jour) et Bruce Lee. Ce dernier donna incontestablement une visibilité mondiale à ce qui fut sa base de départ dans les arts martiaux.

 

Aujourd'hui, l'art n'est pas forcément très populaire en Chine, en particulier au nord où l'on trouve peu de maîtres. Mais à l'étranger, notamment aux Etats-Unis et en Europe, la discipline jouit d'une réputation flatteuse associée à l'idée d'efficacité sobre.

Les grands principes du Wing Chun

Parade et frappe en simultané, un principe essentiel (auteur : NJ)

Parmi les principes essentiels du Wing Chun, on peut citer les points suivants :

 

Toujours protéger son centre et contrôler son centre de gravité, utiliser la force de l'adversaire, utiliser la déviation de force pour la défense et la ligne droite pour l'attaque, rester autant que possible en contact avec les avants bras de l'adversaire pour anticiper plus rapidement ses mouvements, ne pas hésiter à se déplacer pour reprendre une position avantageuse, poursuivre l'adversaire qui fuit...

La position et les déplacements

D'une manière générale, le pratiquant de Wing Chun se bat avec un poing avancé vers l'avant tel un pieu, et l'autre poing placé au niveau du coude du bras avancé. Cette seconde main, près du corps, servira à frapper dès que l'attaque a été lancée.

 

Le déplacement est essentiel car c'est lui qui rend efficace ou non les attaques que ce soit en terme de vitesse, puissance et précision. Il y a peu de coups de pied, généralement placés bas, car les jambes doivent avant tout assurer les nombreux déplacements courts qui font l'efficacité de l'initié en Wing Chun.

La technique

Des appuis pas trop bas et des déplacements courts (auteur : NJ) Contrairement à beaucoup d'autres systèmes chinois présentés comme issus du temple de Shaolin, le Wing Chun ne laisse aucune place à l'artistique, au visuel, et comporte donc très peu de formes codifiées.

Ces dernières ne sont d'ailleurs pas essentielles dans la pratique selon certaines écoles, comme l'indique Wang Zhi Peng, expert chinois basé à Pékin (voir l'interview sur notre site).

 

Les mouvements doivent être courts, rapides, et aller directement à l'essentiel : la cible. La réputation flatteuse du Yong Chun Quan lui vient principalement de ses techniques de mains, permettant de frapper et défendre en une action.

 

Chaque mouvement, toute stratégie de combat, cherche à se baser sur la sensation, d'où la volonté du pratiquant de coller les avants bras de l'adversaire (黐手 Chi sao ou nian shou en mandarin pinyin).

 

L'exercice du Chi Sao est d'ailleurs une part essentielle de l'entraînement en Wing Chun, avec le travail sur le mannequin en bois木人樁 (muren zhuang). Pour être efficace, l'initié en Wing Chun doit être capable de se porter vers l'avant (en prenant le centre de son adversaire) et d'enchaîner un maximum de techniques. Celles-ci prennent la majeure partie de leur force dans le déplacement.

 

Les techniques de jambes comportent 8 mouvements et leurs variantes, mais pour chacune, les frappes ne dépassent pas la taille. C'est une manière de faciliter le contrôle de l'équilibre et donc de garder sa liberté totale de déplacement.

Les formes (Taolu) du Wing Chun

Les formes sont là pour assimiler les bases (auteur : NJ) Xiao Nian Tou (小念頭) ou Siu Lim Tao en cantonnais : cette première forme est la base indispensable du pratiquant selon de nombreuses écoles de Wing Chun. Cette forme, aussi utilisée en Qi gong, permet à l'apprenant de perfectionner son équilibre et sa notion de structure corporelle tout en s'initiant aux techniques basiques.

 

Xun Qiao (尋橋) ou Chum Kiu : cette forme travaille principalement les déplacements et notamment la technique pour venir pénétrer le centre de l'adversaire et briser sa structure et son équilibre. Les méthodes de défense y sont abordées tout comme les frappes avec coudes et genoux.

 

Biao Zhi (鏢指) ou Biu Tze : cette forme apprend à s'adapter à une situation difficile, quand l'équilibre est mis à mal ou quand le pratiquant souffre d'un handicap physique (blessure). Les techniques courtes et longues alternent, des coups de pied niveau bas et des balayages sont intégrés.

Le Chi Sao (nian shou) : les mains collantes

Les mains collantes sont au centre de la pratique (auteur : NJ)Là où de nombreux arts chinois pratiquent le tuishou (poussée avec les mains), le Wing Chun se concentre sur le Chi Sao, dont le principe est comparable. La grande différence est que l'on ne cherche pas forcément à prendre le centre de l'adversaire pour le déséquilibrer et le pousser, mais plutôt à développer une sensibilité et des réflexes qui aideront à se créer des ouvertures et à frapper.

Selon les écoles, le Chi Sao est codifié ou libre, à l'image de ce qui existe pour le tuishou.

Le Wing Chun aujourd'hui

Comme dans tout art martial chinois, il existe de nombreux courants différents en Wing Chun, bien que la plupart se réclament du maître Yip Man, la référence. Bruce Lee et William Cheung ont été formés auprès de ce grand maître.

 

Paradoxalement, le Wing Chun jouit d'une plus grande popularité à l'étranger qu'en Chine, particulièrement au nord, où les écoles se font rares.

 

Le mannequin en bois, un outil indispensable (auteur : NJ)

A lire également : notre dossier complet sur le Wing Chun

 
Bookmark and Share
Accueil arts martiaux Kung Fu Wing Chun, la sobriété au service de l'efficacité
billet avion
Wing Chun Kuen Kuits : Muk Yan Jong, le meilleur ami du pratiquant

article thumbnail

Le mannequin de bois est l'un des instruments les plus originaux dans la pratique des arts martiaux en Chine. Dans le Wing Chun, une forme d'une centaine de mouvements lui est même consacrée, preu [ ... ]


Yang Luchan, le fondateur invincible du Taiji Quan style Yang

article thumbnail

Yang Luchan est assez peu connu du grand public. Pourtant, il a été une légende vivante à son époque pour avoir été l'un des premiers non-membres du clan Chen à découvrir le Taiji Quan. Par l [ ... ]


L'histoire du Taiji Quan style Yang

article thumbnail

Style le plus répandu aujourd'hui dans le monde, le style Yang n'est historiquement que la deuxième branche du Taiji Quan. Petit retour sur l'histoire de cet art martial créé par Yang Luchan.  [ ... ]


Les aspects techniques du Taiji Quan style Yang

article thumbnail

De toutes les variantes du Taiji Quan, le style Yang est le plus souple et le plus accessible aux personnes de tous âges et conditions. D'où l'amalgame qui est souvent fait avec le Qi gong, art é [ ... ]


Le Taiji Quan style Yang, la plus populaire des Boxes du Faîte Suprême

article thumbnail

Parmi les différentes branches du Taiji Quan, le style Yang est de loin le plus répandu et pratiqué à l'échelle mondiale. A tel point qu'il est souvent présenté comme LE Taiji Quan le plus au [ ... ]


Annuaire Asie (Japon, Chine, Inde, Coree, Vietnam, Thailande, Cambodge, Laos, ...) < > L'actualité du Japon et Japon insolite