| Le Taiji Quan, la Boxe du Faîte Suprême |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Mercredi, 09 Décembre 2009 13:54 | |||
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Considéré par les connaisseurs comme un trésor, le Taiji Quan est une des trois grandes branches des arts martiaux internes chinois. Imprégnée de concepts philosophiques, la Boxe du Faîte Suprême privilégie la souplesse à la rigidité, la douceur à la force.
太极拳 tàijí quánAutres transcriptions :tai-chi-chuan (Larousse) taï-chi-chuan (flammarion) T'ai Chi Ch'uan (Wade-Giles) Tai Chi Chuan Tai Chi Quan... Définition du terme Taiji Quan Le nom de cet art martial signifie littéralement la Boxe (Quan) du Faîte Suprême (Taiji). Ce dernier se compose des deux polarités présentes dans l'univers : le yin et le yang. Il s'agit là d'une notions essentielle de la pensée chinoise, que l'on retrouve exprimée dans le Yi Jing ou dans les théories du Taoïsme.Il ne faut donc pas confondre le réel nom du Taiji Quan (la référence au Faîte Suprême, le principe de la double polarité yin-yang) avec Tai Chi -une mauvaise transcription- ou Tai Qi -Qi faisant ici penser à l'énergie vitale-. Les transcriptions comme Tai Chi Chuan ou Tai Chi Quan sont aujourd'hui beaucoup plus populaires à l'échelle mondiale, mais ne correspondent pas au système officiel adopté par la République Populaire de Chine, le pinyin. Qu'est-ce que le Taiji Quan ?De nombreux clichés entourent le Taiji Quan, comme le fait qu'il s'agirait essentiellement d'une gymnastique pour les personnes âgées, et que tous ses mouvements devraient être exécutés le plus lentement possible et en douceur...Ainsi, il n'est pas rare de trouver des descriptions sur le sujet qui parlent du Taiji Quan comme d'une branche de la médecine traditionnelle chinoise. Si dans les faits, cet art martial est réputé pour ses vertus thérapeutiques, il n'en reste pas moins une discipline développée pour le combat. Aujourd'hui, il est courant de classer la Boxe du Faîte Suprême comme l'un des trois grands courants des arts martiaux chinois dits internes avec le Xingyi Quan et le Bagua Zhang. Il faut entendre par cette appellation que cet art martial privilégie le développement de la force ou énergie intérieure (notion importante en Asie de l'est) à celui de la puissance musculaire. Une famille d'arts martiauxPlus qu'un art martial, le Taiji Quan est un ensemble de styles, eux mêmes divisés en variantes, dont les noms proviennent des familles d'origines. Chacune des écoles, malgré des mouvements et principes communs, a développé ses propres spécificités.Les préjugés sur le Taiji Quan évoquent exclusivement de gestes lents, mais des mouvements explosifs et rapides existent, à l'image de ce que l'on voit dans le style Chen. L'aspect vraiment universel des différentes écoles est l'alternance entre les techniques souples (et lentes) et les techniques plus dures (et rapides). A partir des cinq grandes versions du Taiji Quan se sont développés multitudes de courants. Dans ce riche ensemble, on retrouve des techniques et formes très traditionnelles (voire archaïques) ou d'autres très modernes (à l'image du Hongpai Taiji Quan). Un art martial taoïste La philosophie du Taiji Quan est étroitement liée aux théories du Taoïsme. C'est un art qui exige de s'adapter aux principes naturels du yin et le yang et de la non résistance (wuwei). L'une des idées de base est ainsi que la souplesse l'emporte sur la rigidité, la douceur sur la force. Le Taiji Quan symbolise bien un particularité importante des arts martiaux chinois : les différentes disciplines ont été influencées par les courants de pensée qui prédominent en Chine. Les célèbres boxes du Temple Shaolin, souvent qualifiées d'externes car elles nécessitent un gros travail physique, ont ainsi été baignées dans les idées du Bouddhisme Chan (ou Zen). En revanche, le Taiji Quan comme l'ensemble des arts martiaux dits internes (Bagua Zhang, Xingyi Quan), ont été influencés par des notions purement chinoises issues du Yi Jing et du Taoïsme. Les vertus thérapeutiques du Taiji QuanAujourd'hui, le Taiji Quan est au moins autant pratiqué pour ses bienfaits physiques et mentaux que pour son efficacité martiale. De ce fait, il est souvent associé à tort à la médecine traditionnelle chinoise.Cette interprétation n'est qu'un amalgame fait avec le Qi Gong. La Boxe du Faîte Suprême, comme d'autres arts internes, ne fait qu'utiliser des postures thérapeutiques issues de l'art énergétique chinois. Il serait donc plus juste de dire que le Taiji Quan puise certains exercices dans la médecine chinoise. Simplifié par le Parti communisteDepuis les débuts de la République populaire de Chine, le gouvernement chinois a fait prendre une tournure sportive aux arts martiaux chinois. Dans un besoin de simplification et de standardisation, le style Yang a été pris comme base d'une forme standardisée à 24 mouvements.Le but, en créant un tel enchaînement, était de rendre le Taiji Quan accessible à un plus grand nombre, notamment aux personnes âgées. Ce qui donne aujourd'hui une situation paradoxale : le Taiji Quan est principalement représenté à l'échelle mondiale par une forme qui correspond peu à sa réelle essence. Histoire et originesL'histoire et les origines du Taiji Quan prêtent à débat encore aujourd'hui. Si les sources historiques les plus anciennes sont celles de la famille Chen, les récits légendaires ont encore la part belle quand aux versions communément acceptées.Zhang Sanfeng et le Mont Wudang L'histoire la plus populaire présente le Taiji Quan comme la création de Zhang Sanfeng (张三丰), qui a vécu sous la dynastie Song. Il est présenté comme un personnage aux capacités exceptionnelles voire surnaturelles, expert en arts martiaux (appris à Shaolin selon certains) et daoyin, un ancêtre du Qi gong. On ne sait pas s'il a vraiment existé, certaines sources le présentant plutôt comme un immortel doté de pouvoirs. Sa création du Taiji Quan serait une synthèse entre le kungfu de Shaolin (donc externe) et les arts du souffle (Daoyin). C'est pour cela que certains préfèrent le présenter comme le fondateur du courant Neijia (ou Neiquan), l'ensemble des arts martiaux dits internes. Zhang Sanfeng, alors au Mont Wudang, aurait eu l'inspiration de la boxe Taiji en observant un affrontement entre un serpent et un oiseau. La supériorité de la souplesse du reptile l'aurait alors amené à créer ce que la légende décrit comme l'ancêtre des arts martiaux internes. Ensuite, il aurait transmis son art à Wang Zongyue, autre personnage légendaire, qui serait à l'origine de l'art que Chen Wangting, fondateur communément accepté du style Chen, nomma Taiji Quan. Chen Wangting, et le style ChenUn autre version voit Wang Zongyue comme le fondateur, car c'est lui qui aurait le plus contribué à développer les idées et principes de l'art martial. Certaines sources estiment qu'il est à la base des connaissances développées à Chen Jia Gou, le berceau du style Chen.Les historiens modernes voient cependant l'origine du Taiji Quan dans ce dernier village, où il serait l'oeuvre de Chen Wangting (1600-1680), sous la dynastie Ming. C'est ce dernier qui aurait développé l'appellation Taiji Quan pour sa boxe, aujourd'hui présentée sous le nom de Taiji Quan style Chen. Il s'agit sans aucune contestation possible du courant de base des différentes variantes du Taiji Quan (sauf si l'on considère qu'un style archaïque ancestral existait à Wudang), bien que les idées qui constituent son essence existaient bien avant sa naissance. Les styles Yang -le plus répandu aujourd'hui-, Wu, Wu/Hao ou Sun descendent donc du Chen. Les différents styles de Taiji Quan Le Taiji Quan se divise aujourd'hui en plusieurs grandes familles dont le Chen est considéré comme la base, et le Yang la forme la plus répandue à l'échelle mondiale. Chaque grande famille compte elle aussi ses propres variantes.Les 5 styles traditionnels, dont les sous branches proviennent : Le style Chen (le plus vieux style) de Chen Wangting Le style Yang de Yang Luchan Le style Wu de Wu Jianquan Le style Wu Hao de Wu Yu Xiang Le style Sun de Sun Lutang
Ces 5 groupes sont les grands styles orthodoxes mondialement reconnus, mais à côté ou à partir d'eux se sont créés d'autres variantes, comme le Hongpai Chen Shi, une variante du style Chen fondée par Hong Junsheng (élève de Chen Fake). Par ordre, le Yang, le Wu et le Chen sont les trois styles les plus pratiqués dans le monde. D'autres variantes existent comme le style Li, le style Zhaobao, ou encore le style Wudang. Beaucoup d'écoles aiment à se réclamer de Zhang Sanfeng, et du Mont Wudang, mais de telles généalogies sont impossibles à vérifier scientifiquement. Les spécificités de l'art martialLe Taiji Quan est souvent considéré comme une simple gymnastique sans réelle ambition pour le combat. Or, dans les faits, chaque variante est un art martial à part entière dont l'efficacité est avérée.Cette discipline se base sur un développement de l'énergie interne du pratiquant plutôt que par le renforcement de ses capacités musculaires. La force physique pure laisse place à un travail en souplesse et fluidité, où l'idéal est de retourner la force de l'assaillant contre lui : il ne faut donc pas opposer la force à la force mais au contraire être à l'écoute de l'adversaire pour absorber, contourner ou accompagner. Pour arriver à développer de telles aptitudes, le pratiquant doit atteindre un état de grand relâchement physique et de grande concentration mentale. La sensation est à la base de la pratique, la coordination des différentes parties du corps indispensable. En général, l'énergie doit partir des appuis, puis transiter et être orientées via les anches. Le dantian -un centre d'énergie comparable aux chakras indiens- est un point important puisqu'il permet au pratiquant de concentrer et mobiliser son énergie. Les techniques de la Boxe du Faite SuprêmeQuelques soient les styles, la variété des techniques en Taiji Quan est importante. On y trouve des frappes à tous les niveaux du corps et à toutes les distances, des clés, des poussées, des projections...
Les coups de pied sont également utilisés, mais bien moins représentés que les techniques de membres supérieurs. En général, ils sont bas et visent les articulations. Chaque technique de Taiji Quan, vue de l'extérieure, peut paraître assez simpliste. Dans la pratique, les mouvements sont très subtiles et peuvent avoir différentes usages. L'entraînement du Taiji Quan L'entraînement en Taiji Quan donne souvent une place importante au travail respiratoire, qui pour beaucoup d'école, doit être en rythme avec les mouvements. Outre des exercices de Qi Gong, des formes à mains nues, d'autres avec armes, le Taiji Quan peut aussi se pratiquer via le tuishou (la poussée avec les mains), des combats en sparring, et un travail de Qin Na (les techniques de clés).Les mouvements lents du Taiji Quan ont pour but de développer l'énergie interne du pratiquant, sa concentration et son contrôle : un mouvement effectué lentement s'avère en effet plus compliqué à réaliser parfaitement. Ce travail permet de faire prendre conscience de choses subtiles concernant l'équilibre, le souffle, la répartition du poids, le transfert de force, la relaxation permanente et l'importance de la concentration. Souvent, on classe les exercices du Taiji Quan en plusieurs catégories, que tous les pratiquants ne vont pas aborder, certains préférant par exemple éviter les contacts physiques d'un combat : Ba Duanjin (huit trésors, ou huit brocarts) : série d'exercices de Qi Gong pour préparer le corps via la libération des tensions dans les épaules, hanches et la taille. La souplesse et le développement de l'énergie sont améliorés. Tao Lu : les formes inhérentes aux différentes écoles. Il s'agit de véritables répertoires de techniques qui seront ensuite utilisables pour des entraînements de self défense. Les formes ont de nombreux avantages, comme celui d'aider l'étudiant à apprendre à mouvoir son corps avec équilibre et aisance.De part les mouvements -parfois très complexes- qu'elles demandent de retenir, les formes sont un excellent travail cérébral. Les pratiquants sérieux développeront d'étonnantes capacités mentales à travers l'entraînement (spontanéité, réflexes, plus grande faculté d'apprentissage dans les autres domaines...). Les formes sont la base de la pratique et permettent de développer une bonne structure physique, l'harmonie entre les mouvements et le souffle, l'attention et la sensibilité du pratiquant. Si elle n'est pas une fin en soi, la pratique des formes est indispensable pour atteindre un haut niveau. Son seule vrai défaut est de ne pas confronter le pratiquant à un test de réalité qu'implique le combat ou le tuishou. Pratiqués en parallèle d'exercice qui mettent à l'épreuve l'efficacité des techniques, les Taolu sont le parfait moyen de permettre à chaque pratiquant d'avancer à son rythme. Le tui shou (推手) ou poussée des mains : exercice qui permet d'apprendre à s'adapter à une force extérieure et à la contourner, l'absorber. Ce travail est une excellente transition entre l'entraînement solitaire des taolus et le sparring en combat. Selon les écoles, la pratique du tuishou évolue dans des variantes plus ou moins «viriles», c'est à dire proche d'un combat où l'objectif est de pénétrer la garde de l'adversaire et le déséquilibrer. Le sanshou : entraînement combat afin d'apprendre à esquiver les attaques et à percer la défense adverse. Beaucoup d'écoles et pratiquants occultent aujourd'hui cet aspect, sous prétextes qu'ils pratiquent le Taiji Quan pour le bien être physique et mental. La pratique des armes : il s'agit là d'un aspect important dans le Taiji Quan. Sans la pratique des armes, le pratiquant est une coquille vide, sa compréhension est limitée. Les formes avec armes ont le même usage que les taolus à mains nues, mais on peut considérer qu'elles demandent un degré de maîtrise supérieur, car cette fois-ci il ne faut pas maîtriser seulement son corps mais également le prolongement de celui-ci (l'arme). Différents types d'armes (liste non exhaustive)La lance, taiji qiang (太极槍)
Le sabre, taiji dao (太极刀) Le double sabre L'épée, taiji jian (太极剑) La hallebarde chinoise, ji (戟) L'éventail Le bâton Le double bâton La masse La perche Les serpes Les poignards La canne
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