| La star de l'humour chinois dans le prochain film de Zhang Yimou |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 26 Mai 2009 12:31 | |||
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On attendait un film sur le massacre de Nanjing, on sait depuis la sortie du film de Lu Chuan « Nanjing ! Nanjing ! » que Zhang Yimou a provisoirement abandonné ce sujet. Il nous prépare à la place, et sans plus attendre, une comédie doublée d’une intrigue à suspense, qui devrait sortir pour les fêtes de fin d’année avec le nouveau roi de l'humour chinois en tête d'affiche.
Depuis les derniers jours d’avril, les annonces se multiplient sur divers sites internet chinois, depuis que le Bureau du cinéma a donné les autorisations nécessaires au lancement officiel du projet ; en recoupant toutes ces bribes d’information, on arrive à avoir une vue d’ensemble qui, tout en restant fragmentaire, permet cependant de se faire une bonne idée du projet en cours. Un titre mystérieux, mais quelques indices sur le scénario…
Le sens du titre - 《三枪拍案惊奇》 (san qiang pai'an jingqi) - reste délibérément obscur : les quatre derniers caractères, 拍案惊奇 (pāi'àn jīngqí), signifient « frapper sur la table de surprise », et les deux premiers désignent « trois fusils » ou « trois coup de feu » … Le réalisateur comme son producteur ont jusqu’ici préféré laisser le mystère entier.
En revanche, on en sait un peu plus sur le scénario qui vient d’être approuvé par les autorités de censure. Il mêle trois genres différents : l’histoire se passant dans un passé indéterminé, le film recoupe le genre historique « en costumes » (« 古装 ») ; mais c’est aussi une comédie sur fond de thriller. Le personnage principal est le tenancier d’une auberge en plein désert, nommé 王五麻子 : littéralement Wang le type aux cinq marques de petite vérole sur le visage. Il a un caractère difficile et en plus, il est pingre. Sa femme, évidemment, ne le porte pas dans son cœur et le trompe avec l’un des garçons de l’auberge, 李四, Li Si (ou le quatrième). Le vieux Wang s’en rend compte, et, pour liquider les deux impétrants, engage un soldat du nom de 张三, ou Zhang San (le troisième). Il n’est pas exclu qu’il y ait là un jeu de mot, l’expression 张三李四 zhāngsān lǐsì signifiant quelque chose comme Dupont-Durand, n’importe qui… Zhang San, appâté par l’argent, tue le vieux Wang. Craignant d’avoir été aperçu et d’être l’objet d’un chantage, il tue aussi deux autres personnes de l’auberge, mais Li Si et celle qui est devenue la patronne de l’auberge réussissent à se débarrasser de lui, et l’histoire finit comme la pièce de Shakespeare : tout est bien qui finit bien. Le désert sera celui du Gansu, où le tournage commencera le mois prochain. Des acteurs sélectionnés pour leur image médiatique On ne sait pas très bien comment des éléments comiques peuvent s’intégrer dans une telle histoire, mais ce qui est certain, c’est que les acteurs ont été sélectionnés en fonction de leurs rôles respectifs, tirant sur le sérieux ou sur le burlesque. Il y a quatre têtes d’affiche.Les deux acteurs « sérieux » sont Sun Honglei (孙红雷) et Ni Dahong (倪大红). Les deux sont très connus du public chinois. Le premier est né en 1970 à Harbin. Il a commencé par la danse moderne, avant d’entrer au Conservatoire d’art dramatique en 1995... C’est une vieille connaissance de Zhang Yimou : il jouait aux côtés de Zhang Ziyi dans « The road home » (《我的父亲母亲》) en 2000. Mais Sun Honglei a depuis joué dans des films de Hong Kong comme « Blood Brothers » de John Woo ou « Seven Swords » de Tsui Hark ; c’est un rôle de ce genre qu’il va interpréter dans le film. (voir son site : http://www.sunhonglei.com/) Ni Dahong, quant à lui, a joué dans deux autres films de Zhang Yimou : « Vivre » (《活着》), en 1994, et « La cité interdite » en 2006 (ou « Curse of the Golden Flower » 《滿城盡帶黃金甲》) où il interprétait le rôle du médecin impérial. La surprise vient des deux « rôles comiques », confiés à Xiao Shenyang (小沈阳) et à l’actrice Wang Xiaohua (王小华), spécialistes d’une forme de dialogues comiques du nord de la Chine, appelé 二人转 èrrénzhuàn (1), popularisé par le grand comique Zhao Benshan, dont les deux acteurs sont d’ailleurs les élèves. Xiao Shenyang est devenu célèbre du jour au lendemain lorsque Zhao Benshan l’a programmé au grand spectacle télévisé qui est le clou de la soirée de la Fête du Printemps pour la quasi totalité des familles chinoises. Il atteint aujourd’hui une telle popularité que ses cachets sont faramineux. Un journaliste a calculé que, pour les quarante jours du tournage, il devrait renoncer à quelque 20 millions de yuan de recettes. Il aurait cependant accepté de jouer pour Zhang Yimou pour le « prix d’ami » de 50 000 yuan : le film lui donne en effet l’occasion inespérée de booster sa carrière en dépassant son image de comique populaire, jusqu’ici limité aux shows télévisés ou aux numéros de cabaret, et critiqué pour une certaine tendance à la vulgarité. Deux excellents scénaristes Pour arriver à lier les différents éléments d’un scénario a priori aussi hétérogène, il fallait des maîtres de l’art. Ils sont deux : Shi Jianquan (史建全) et Shang Jing (尚敬).Le premier est un écrivain et scénariste, né à Pékin en 1953. Au départ attiré par la peinture, il est diplômé du département des beaux arts de l’Université normale de Pékin, et a atterri dans le monde du cinéma par le biais de la direction artistique. Il s’est fait connaître par un roman,《一双绣花鞋》 (une paire de chaussures brodées), qui a été adapté en 2003 pour la télévision en un feuilleton éponyme de 20 épisodes qui a connu des records d’audience.
Il a fait pas mal d’adaptations pour la télévision, mais il est aussi connu au cinéma pour les scénarios de deux films : « Sima Dun » (《司马敦》) de Yin Li (尹力, le réalisateur, entre autres, de "The Knot"), en 1998, et surtout le célèbre film de Jiang Wen (姜文) sorti en 2000 « Les démons à ma porte » (《鬼子来了》), d’après un roman de You Fengwei (尤凤伟).
Quant à Shang Jing, il est l’auteur de comédies télévisées très populaires, dont la plus connue est sans doute 《武林外传》 (l’histoire de Wulin, 2006). Son style mêle plusieurs genres. Il le décrit lui-même de la façon suivante : « 亦庄亦谐,亦喜亦悲,借古诵今,笑中带泪 ». yìzhuāngyìxié, yìxǐyìbēi , jiègǔsòngjīn, xiàozhōngdàilèi Ce que l’on peut traduire par : à la fois sérieux et drôle, comique et triste, chantant aujourd’hui sous couvert d’hier,et faisant couler les larmes au milieu des rires. C’est un style très à la mode en ce moment dans le cinéma chinois, et c’est a priori celui du film de Zhang Yimou si l’on en croit la description que nous en avons jusqu’ici… Dernière rumeurCe film raconte effectivement une histoire très semblable, d’un tenancier de bar sordide qui engage un tueur pour liquider sa femme et son amant. Au-delà de l’histoire elle-même, c’est une relecture « joyeusement perverse » du film noir américain qui manie l’ironie avec une grande virtuosité.
Si cette source s’avère exacte, il reste à voir comment Zhang Yimou va transposer tout cela dans un style personnel.. et chinois. Notes (1) le 二人转 èrrénzhuàn est une forme de divertissement populaire originaire du Dongbei et devenu très apprécié en Chine grâce, en particulier, à la télévision et à Zhao Benshan. Il s’agit de sortes de sketches à deux acteurs interprétant des rôles bien définis (clown, femme ou vieil homme), intégrant chant et danse, voire des acrobaties et jongleries un peu à la manière de l’Opéra de Pékin. C’est une forme artistique qui est née à la campagne, comme divertissement en marge des travaux des champs, mais qui est devenue très populaire depuis une dizaine d’années dans les villes du nord-est d’abord, mais aussi à Pékin et ailleurs, car elle cultive une nostalgie du village natal bien chinoise chez ceux qui sont allés s’installer à la ville.
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