Accueil cinéma Dossiers Le cinéma chinois et l'Etat : 1996, la reprise en main par les autorités
Le cinéma chinois et l'Etat : 1996, la reprise en main par les autorités PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Jeudi, 03 Décembre 2009 09:36
Alors qu'après les évènements de la place Tian'anmen, le cinéma chinois a été marqué par l'émergence de la sixième génération de réalisateurs, et parmi lesquels certains ont commencé à réaliser des films hors studios. En 1996, les autorités chinoises trouvèrent la parade...

A voir : l'ensemble de notre dossier sur le cinéma chinois et l'Etat

Les autorités réagirent de deux manières à ce défi à leur système de contrôle du secteur cinématographique.

D’une part de manière réglementaire :

Le film Seventeen YearsLe 1er juillet 1996, le Ministère de la radio, du film et de la télévision publia une nouvelle réglementation en 64 articles qui interdit strictement tout film tourné en dehors des studios d’Etat : aucun film ne pouvait être produit, distribué, diffusé ou importé sans l’accord préalable des organismes de censure.

Comme beaucoup de lois chinoises, c’est un chef d’œuvre de flou qui permet d’interdire quelque œuvre que ce soit : en effet, la loi énumère précisément six raisons d’interdire un film (s’il constitue un danger pour l’Etat ou le diffame, s’il révèle des secrets d’Etat, s’il encourage la pornographie, la superstition «féodale» ou la violence).

Et, pour couronner le tout, au cas où cela ne suffirait pas, une 7ème clause stipule qu’il peut être interdit «pour tout autre contenu interdit par les réglementations de l’Etat». Des peines sévères sont prévues en cas de violation de la réglementation.

D’autre part dans le domaine de la production :


Comme dans toutes les périodes où le pouvoir est en difficulté, ou lorsqu’il a besoin de mobiliser l’opinion publique, il se tourne vers le cinéma officiel. On assista donc en même temps à la relance des studios d’Etat et à la sortie d’une série de films du genre «main melody» sensés lutter contre la «pollution morale».

Retour au bercail des marginaux

Confrontés à des difficultés croissantes en raison du resserrement de la réglementation, les jeunes cinéastes, obligés de passer par les studios d’Etat, abandonnèrent les attitudes trop provocatrices. Là encore, l’exemple de Zhang Yuan est probant. Il aura fallu dix ans pour que l’étau se resserre suffisamment pour le faire rentrer dans l’ordre.

En 1999,  il tourne aux studios de Xi’an un film qui marque son retour dans le système, et son premier film distribué en Chine : 《过年回家》(Guonian Huijia), traduit par «Seventeen years». L’histoire se passe à Tianjin où une jeune fille qui vient de passer dix-sept ans en prison pour avoir tué sa demi-sœur reçoit la permission de passer le Nouvel An avec ses parents ; mais, au moment de partir, personne ne vient la chercher. Une jeune gardienne décide alors de partir avec elle à la recherche de sa famille…

Evidemment, la symbolique est claire : c’est en gros l’histoire du retour de la brebis perdue. Zhang Yang a même accepté de faire les modifications demandées à son scénario. En échange, il a été le premier cinéaste chinois autorisé à filmer à l’intérieur d’une prison. Le film est sorti en décembre 1999. Ce fut un succès immédiat.

Ce mouvement de retour vers le circuit officiel des cinéastes jusque là restés en marge du système pour garder leur entière liberté d’expression est assez général, car il est motivé par le désir d’être diffusé sur le marché intérieur, et non plus seulement sur les écrans prestigieux, mais finalement limités, des grands festivals internationaux. C’est une question d’image mais aussi financière.

Il reste un certain nombre d’irréductibles hors studios, surtout dans le genre du documentaire – il s’agit d’œuvres qui dénoncent les injustices dans les campagnes, les problèmes de corruption ou d’environnement, les efforts pour occulter le passé -  mais aussi dans le domaine du film d’art et d’essais et du film expérimental.

Ouverture des studios d’Etat aux coproductions

Tigre et DragonEn même temps, le gouvernement veut donner aux studios les moyens de lutter efficacement contre les grandes productions américaines, qui, bien que limitées à l’intérieur par un système de quotas, n’en constituent pas moins une concurrence importante à un moment où le cinéma chinois tente de conquérir les marchés étrangers, et surtout le public nord-américain. .

C’est en 2000, symboliquement, que la production transnationale débute, et en fanfare, avec la coproduction tripartite Hong Kong-Taiwan- Chine du film d’Ang Lee《卧虎藏龙》(Wo Hu Cang Long) «Tigres et dragons».

La partie chinoise était la «China Film co-production corporation» (中国电影合作制片公司 Zhongguo Dianying Hezuo zhipian gongsi), filiale créée dès 1979 du plus grand groupe de production chinois, le China Film group, afin de prendre en charge les co-productions en Chine même et à l’étranger.

En juillet 2005, les autorités de régulation ont resserré les conditions en publiant une nouvelle réglementation qui restreint à 35 studios désignés par le texte la possibilité de conclure des contrats de co-production avec des partenaires étrangers.

Depuis lors, les co-productions se sont multipliées. En 2007, sur 402 films produits en Chine, 39 étaient des co-productions internationales. Il s’agit surtout de films commerciaux à gros budgets, mais le marché des co-productions internationales est en train de s’ouvrir aussi aux films à moindres budgets. En même temps, les studios multiplient les co-productions entre eux pour augmenter leurs moyens et produire pour le marché intérieur en diversifiant les genres.

Le cinéma chinois reste majoritairement contrôlé par l’Etat.
 
Bookmark and Share
Accueil cinéma Dossiers Le cinéma chinois et l'Etat : 1996, la reprise en main par les autorités
billet avion
'You are the apple of my eye', ou les chroniques d'une jeunesse taïwanaise

article thumbnail

«You are the apple of my eye» est le succès taïwanais de l’année 2011. Adapté d’un roman, il est représentatif de la jeunesse de Taiwan des années 90.


'The Road Home', l'amour à la campagne

article thumbnail

«The Road Home » fait partie des films qui ont façonner la réputation internationale de Zhang Yimou. C'est aussi le long métrage qui a révélé l'actrice Zhang Ziyi au monde.


Maggie Cheung, icône du cinéma malgré elle

article thumbnail

Avec plus de 70 films aux côtés des plus grands cinéastes à son actif, Maggie Cheung est devenue une véritable icône du cinéma asiatique. Paradoxalement, elle ne s’est jamais sentie actrice [ ... ]


'1911' : le début d'une nouvelle ère en Chine

article thumbnail

Sortie près de cent ans jours pour jours après la Révolution Chinoise, «1911» est une œuvre historique relatant la chute de l'empire Qing. Avec Jackie Chan en tête d'affiche, le film se veut  [ ... ]


Gong Li, l'ambassadrice du cinéma chinois

article thumbnail

Révélée sous la coupe du réalisateur Zhang Yimou, Gong Li ne cesse de faire des étincelles. Devenue une véritable légende du cinéma chinois, l’actrice à la beauté intemporelle est aujour [ ... ]


Annuaire Asie (Japon, Chine, Inde, Coree, Vietnam, Thailande, Cambodge, Laos, ...) < > L'actualité du Japon et Japon insolite