| 'Urtin Duu' de Hasi Chaolu, hommage à une tradition de chant deux fois millénaire |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mercredi, 11 Novembre 2009 11:19 | |||
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Le film «Urtin Duu» de Hasi Chaolu, évoque le thème des traditions qui se perdent avec l'adoption du mode de vie moderne. Le spectateur suit les pas de Qiqige, une chanteuse d'origine mongole qui retourne vers ses racines dans la région de l'Ordos.
Fiche du filmTitre original : Urtin Duu 长调
Réalisateur : Hasi Chaolu Scénariste : Ping Ran Réalisation : 2007, Chine (langue : mongol) Acteurs principaux : Alatan Qiqige, Daxima, Aorigele Genre : drame 117 minutes La tradition de l'urtin duuDuu, en Mongolie, désigne un chant traditionnel dont l’origine remonterait au septième siècle de notre ère, quand le mode de vie des Mongols a commencé à évoluer, d’une vie de chasseurs à une vie de nomade dans les prairies de la Mongolie occidentale. Evidemment, il s’agit là d’une tradition orale qui s’est transmise de génération en génération, et prend des formes variées en fonction des événements qu’elle célèbre.Hasi Chaolu (哈斯朝鲁), lui-même d’origine mongole, a voulu apporter sa contribution à la transmission de cette tradition qui n’intéresse que marginalement les jeunes générations. La plupart ne parlent même plus la langue mongole (1). L’urtin duu a été classé « Héritage oral intangible de l’humanité » par l’UNESCO en 2005. Invité par le « Panorama du cinéma chinois » à présenter son film, Hasi Chaolu s’est déclaré en être plus attristé que réjoui : il trouve en effet triste que l’on doive recourir à de telles mesures pour éviter que disparaisse une telle tradition. Chaque Mongol a sa propre version de l’urtin duu, dit-il, et son film est sa version personnelle, son urtin duu à lui. Triste histoire dans la région de l'Ordos « Urtin Duu » (《长调》) se passe dans la région de l’Ordos, en voie de désertification quasi-totale, ce qui est un problème supplémentaire pour la préservation de la culture locale. Une chanteuse spécialiste de ce « chant long » traditionnel habitant Pékin, Qiqige (其其格), décide de revenir chez elle, en Mongolie, après la mort accidentelle de son mari dont elle se sent responsable : il travaillait dans un club hippique dont il voulait racheter un cheval mongol pour le remettre en liberté ; comme elle s’y opposait, il était parti en claquant la porte et s’était fait renverser par une voiture. Le traumatisme lui ayant fait perdre sa voix, après une tentative de suicide, elle entreprend donc un voyage qui est comme un retour aux sources. Sa voiture l’ayant lâchée en chemin -un chemin que le réalisateur nous fait parcourir peu à peu, en suivant la désertification progressive du paysage- elle finit à pied, dans un cadre grandiose de montagne balayée par le vent…
Quand elle arrive, elle apprend que la chamelle préférée de son mari est morte en donnant naissance à un bébé chameau qui, depuis lors, revient pleurer à l’endroit où sa mère a été enterrée, sous un arbre desséché. On a là une image empreinte d’une très forte symbolique : la chamelle meurt comme meurent la culture locale et les chants traditionnels, mais en laissant derrière elle un jeune et fragile chameau auquel il convient dès lors de trouver un substitut de mère. La quête de Qiqige s’achève lorsque sa mère a enfin trouvé une chamelle qui, elle, vient de perdre le bébé chameau qu’elle venait de mettre au monde. Le problème, c’est qu’elle refuse de nourrir l’autre et se dérobe quand on tente de le faire approcher. La mère de Qiqige commence alors à chanter, un chant traditionnel appelé 《劝奶歌》(le chant pour encourager à allaiter) (2). Qiqige retrouve alors sa voix, et se met à son tour à chanter, d’une voix d’abord enrouée, puis de plus en plus claire. La chamelle se calme et laisse le petit chameau venir téter. On semble voir une larme couler de son œil aux long cils... Notre avis : une authenticité austère C’est un film au rythme lent, au style qui se veut très simple, interprété par des acteurs non professionnels qui ne jouent pas un rôle, mais se contentent d’être eux-mêmes, et, ce faisant, donnent au film une authenticité immédiate qui rappelle par moment le « Chien jaune de Mongolie » ; mais le ton est ici beaucoup plus austère, et l’enjeu plus dramatique. Alatan Qiqige est, dans la vie, l’une des chanteuses d’urtin duu les plus célèbres en Chine aujourd’hui; elle l’enseigne également. Sa mère, qui joue aussi dans le film, Da Xima, une vieille dame de 74 ans qui chante encore remarquablement bien, est elle-même chanteuse d’urtin duu et a transmis la tradition à sa fille. En ce sens, le film plonge vraiment dans la tradition de transmission orale de ce chant. La musique du film est signée Chagan (查干), musicien et chef d’orchestre que l’on voit apparaître dans ce dernier rôle lors d’un concert de Qiqige à Pékin, au début du film. Cette séquence, à mon sens, donne toute la dimension tragique des efforts déployés pour préserver des cultures qui se meurent aujourd’hui tout simplement parce que changent les modes de vie. Le chant qu’interprète Qiqige dans cette séquence est, sauf erreur, l’un des grands chants d’urtin duu, 《金色圣山》(la montagne sacrée couleur d’or). Elle est là mise en scène comme une véritable aria d’opéra, accompagnée par un orchestre symphonique jouant sur instruments modernes. C’est superbe, indéniablement. Mais on reste songeur : cette musique traditionnelle était liée à la vie, n’avait tout son sens que comme célébration quasi religieuse d’une existence très proche de la nature. La tradition préservée devient une reconstruction intellectuelle en milieu urbain, une mise en boîte luxueuse pour consommateurs nostalgiques. Les dernières images du film sont une vision onirique du mari de Qiqige s’éloignant au galop comme il était parti des années plus tôt pour aller travailler à la ville, et faisant reverdir au passage le désert sous les sabots de son cheval. Cela peut être compris comme une image d’espoir, espoir dans un avenir où la vieille culture mongole aura retrouvé son aura grâce aux efforts de chacun. On peut aussi y voir une vision nostalgique d’un passé qui n’est déjà plus. C’est cette douloureuse ambiguïté qui donne toute sa profondeur au film. On y sent l’hommage ému d’un enfant du pays qui revient sur ses origines. Mais il en est lui aussi déjà loin… (1) Hasi Chaolu est le réalisateur du superbe « Vieux barbier » (《剃头匠》) sorti l’an dernier, qui déjà mettait en scène les derniers moments d’une vie traditionnelle en voie de disparition car liée aux vieux hutong de Pékin. (2) Cela rappelle un autre film, une co-production germano-mongole - « L’histoire du chameau qui pleurait » ou 《哭泣的骆驼》- qui raconte une histoire très semblable.
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