| 'The Road' de Zhang Jiarui : une route longue et douloureuse |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mercredi, 11 Novembre 2009 12:50 | |||
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Sur le thème des vies sacrifiées sur l'autel de la Révolution culturelle chinoise, «The Road» de Zhang Jiarui s'intéresse au destin d'une femme, Chunfen. Le résultat est un film qui sonne juste et dont le sourire de l'actrice principale, Zhang Jingchu, risque de longtemps marquer les spectacteurs.
Fiche du filmTitre original : Fang Xiang Zhilu 芳香之旅
Titre international : The Road Réalisateur : Zhang Jiarui Scénaristes : Zhang Jiarui, Yuan Daju Réalisation : 2006, Chine Acteurs principaux : Fan Wei (Lao Cui), Zhang Jingchu (Chunfen), Nie Yuan (Liu Fendou) Genre : drame 114 minutes A noter-le film a été récompensé au festival du film asiatique de Singapoure 2006 comme meilleur film et meilleur scénario.
-Zhang Jingchu a reçu le titre de meilleure actrice lors du festival international du film du Caire 2006, tandis que le film y était sacré meilleur long métrage. Zhang Jiarui (章家瑞) nous avait donné jusqu’ici des films légers et pleins de vie tournés au Yunnan, dans des zones de minorités nationales : « Quand Ruoma avait 17 ans » (《婼玛的十七岁》en 2002, puis « Hua Yao, a bride in Shangri-la » (《花腰新娘》) en 2005. « The road » (《芳香之旅》) est d’un tout autre registre. Un film chargé d'émotionLa route en question est un parcours symbolique tout au long des cinquante dernières années de l’histoire chinoise, vu à travers la vie d’une femme, Chunfen (春芬). C’est une histoire qui semble a priori bien peu originale, mais ce film est pourtant celui qui m’a le plus touchée parmi tous ceux vus lors du Panorama du cinéma chinois : on y sent vibrer une émotion toujours retenue, une émotion personnelle, née de l’expérience vécue, qui vous laisse le cœur serré longtemps après les dernières images.
Là encore, le film est divisé, en gros, en trois parties, mais le montage a supprimé les hiatus, accentuant l’impression d’une vie sans histoire, se déroulant uniformément en dépit des changements extérieurs du pays. Une vie sacrifiée sur l'autel de l'histoire Le film commence dans les années 60, à peu près. Chunfen a une quinzaine d’années, vive et enjouée, avec cette joie de vivre typique des adolescentes des « années Mao ». Celles que l’on voit, nattes bien sages et large sourire aux lèvres, sur les affiches de propagande de l’époque.Chunfen est contrôleuse sur une ligne de bus qui parcourt une petite route de montagne dans le Yunnan. Elle fait équipe avec un chauffeur, veuf et beaucoup plus âgé qu’elle , Lao Cui (老崔), qui est une célébrité locale parce qu’il a serré la main du président Mao ; la photo de l’événement est en bonne place devant lui dans le bus et les gens se pressent, dans tous les villages où ils passent, pour venir serrer la main qui a serré celle du leader suprême. On sent Lao Cui très attiré par l’adolescente, mais celle-ci l’est bien plus par un jeune médecin envoyé là de Shanghai pour se faire «rééduquer» : Liu Fendou. Lorsqu’éclate la Révolution culturelle, Liu, qui lisait en cachette des romanciers russes, est accusé d’être un espion soviétique et on l'envoie casser des pierres dans la carrière locale. Chunfen l’ayant rejoint un soir, elle est surprise avec lui dans l’obscurité et Liu, après due confession, est envoyé ailleurs, vers un ailleurs que l’on devine plutôt sombre. Chunfen reste avec son souvenir. Contrainte au mariage avec Lao Cui Mais, quelques années plus tard, le Parti décide qu’il est temps de trouver une nouvelle épouse à Lao Cui : Chunfen étant majeure, ordre est donné qu’elle l’épouse. Le premier moment de tristesse surmonté, elle assume docilement le rôle qui doit désormais être le sien, celui d’épouse modèle, d’autant plus difficile à remplir que son vieil époux est impuissant, et surtout parce que Liu lui envoie des lettres.Elle les déchire, mais Lao Cui les récupère en cachette pour les recoller et les lire… Lorsque Liu débarque finalement pour demander à Chunfen de la voir une dernière fois parce qu’il part à l’étranger, Lao Cui s’oppose à ce qu’elle sorte, et l’histoire est bouclée. Quelques temps plus tard, Lao Cui a un accident : il reste vivant, mais inconscient au monde qui l’entoure. Chunfen, dès lors, devient elle-même conductrice de bus et, hors de ses heures de travail, s’occupe de Lao Cui sur son lit d’hôpital, un Lao Cui qui devient une idole locale, vénéré comme un héros tombé au champ de bataille, avec même un musée en son honneur où trône son vieux bus qui se couvre peu à peu de poussière… On retrouve Chunfen dans les années 80. L’ « ouverture » aidant, la ville s’est modernisée, le vieux musée est détruit pour faire place à une usine. Chunfen habite seule une petite pièce dont elle a décoré les murs avec les trophées de Lao Cui et .. une image de Mao, au-dessus de sa photo avec Lao Cui. Le sourire de Bouddha Elle ne vit plus que dans les souvenirs du passé. Lorsqu’elle prend un jour le bus pour aller brûler de l’encens sur la tombe du disparu, c’est un bus hyper moderne, avec air conditionné. La route est goudronnée, et passe par un tunnel qui coupe l’ascension du col où ils passaient autrefois dans la neige. Par la fenêtre, elle regarde en souriant le paysage qui, pour elle n’a pas changé. C’est la dernière image que l’on garde d’elle : une veille dame souriant au milieu de quelques larmes discrètes. Mais c’est un sourire apaisé, et les larmes sont celles du souvenir nostalgique, c’est tout. Il n’y a pas – il n’y a jamais eu - en elle l’ombre d’une révolte contre l’injustice d’une vie sacrifiée, une vie passée dans la soumission parce qu’il n’y avait pas d’autre choix. C’est un sourire pacifié, au-delà de toute notion de bonheur ou de malheur, un sourire intérieur. Le sourire de Bouddha. Inoubliable ChunfenZhang Jiarui signe là une œuvre de mémoire, marqué du sceau de ses propres souvenirs, une œuvre de maturité dont il a écrit lui-même le scénario, un film qui sonne juste jusque dans la reconstitution historique. Il faut saluer l’interprétation merveilleuse de bonté retenue de Fan Wei (范伟)dans le rôle de Lao Cui, et surtout celle, extraordinaire de finesse, de Zhang Jingchu (张静初)dans le rôle de Chunfen. Son sourire n’a pas fini de nous hanter.
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