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'Héros de guerre' (Assembly) : quand Feng Xiaogang se prend pour Spielberg PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Jeudi, 12 Novembre 2009 11:26

'Héros de guerre' (Assembly) : quand Feng Xiaogang se prend pour Spielberg

Assembly, de Feng Xiaogang, est un film de guerre à gros budget qui remplit avec aisance ses objectifs commerciaux. Mais connaissant le talent du réalisateur, on peut regretter que ce long métrage n'ait pas plus approfondi l'aspect humain.

Fiche du film

Titre original : Ji Jie Hao  集结号

Titre en français : Héros de guerre

Titre international : Assembly

Réalisateur : Feng Xiaogang

Scénariste : Liu Heng

Réalisation : 2007, Chine

Acteurs principaux : Zhang Hanyu (Gu Zidi), Deng Chao (Zhao Erdou), Fu Heng (Luo Guangtian), Hu Jun (Liu Zeshui), Liao Fan (Jiao Dapeng), Wang Baoqiang (Jiang Maocai)

Genre : action/drame/histoire/guerre

124 minutes

A noter

-le film Assembly a été particulièrement bien accueilli par la critique puisqu'il a reçu de nombreux titres au Beijing Student Film Festival 2008 (meilleur film, meilleur réalisateur pour Feng Xiaogang, meilleur acteur pour Zhang Hanyu) et aux Hundred Flowers Festival 2008 (meilleur acteur pour Zhang Hanyu, meilleur film, meilleur second rôle pour Deng Chao et meilleur réalisateur pour Feng Xiaogang).

-Zhang Hanyu a obtenu le titre de meilleur acteur aux prestigieux Golden Horse Awards 2008 de Taïwan pour sa performance dans le film

Un film réalisé pour attirer les foules et glaner des prix

« Héros de guerre », plus généralement connu sous son titre anglo-saxon « Assembly » (en chinois 集结号) est un film de guerre à gros budget fait pour attirer les foules, glaner les prix dans les festivals et battre les records au box office.

Dès le départ, l’objectif était clair : concurrencer les grosses productions américaines, et coréennes d’ailleurs, puisque Feng Xiaogang ( 冯小刚) est allé chercher là les spécialistes chargés des scènes de combat. Mais, outre le blockbuster sud-coréen “TaeGukGi”, le modèle affiché est Steven Spielberg.

Première partie : la guerre

Zhang Hanyu dans le rôle de Gu ZidiCela saute aux yeux dès les premières images. Le film commence en effet par un déluge de mitraille assourdissant : nous sommes dans le nord-est de la Chine pendant l’hiver 1948, les Communistes de l’Armée de Libération sont confrontés aux Nationalistes du Guomingdang, dans une petite ville en ruines et enneigée.

Le capitaine Gu Zidi (谷子地)et sa 9ème compagnie se distinguent dans un combat de rue hallucinant qui se termine par la mort de pas mal de soldats, et en particulier celle de l’ « officier politique », celui qui sert de secrétaire à ces soldats pour la plupart illettrés. Gu Zidi est rendu tellement furieux par cette mort qu’il tue quasiment à bout portant un soldat du Guomingdang alors que ces hommes se sont rendus.

Cette séquence rappelle instantanément les vingt quatre premières minutes du film de Spielberg « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998) qui dépeint le débarquement en Normandie de juin 1944. Ce sont ces minutes-là qui ont rendu le film célèbre, et à juste titre car il marquait là une manière encore inédite de tourner des scènes de guerre : comme si on y était.

 


Le film est devenu une référence obligée dans le genre. Feng Xiaogang a repris le modèle et, comme il ne pouvait guère faire mieux qualitativement, il en a rajouté : cette première partie du film dure une heure, le temps de nous faire vivre, avec un luxe de détails, l’agonie de la compagnie de Gu auquel est assignée une mission impossible.

Il s’agit en effet de tenir un poste avancé sur la rivière Wen, pendant la fameuse bataille de Huaihai, l’une des plus sanglantes de la guerre civile chinoise. Gu Zidi a la charge de contenir le plus longtemps possible l’avance des troupes du Guomingdang pour couvrir l’armée derrière.

Ses ordres sont clairs : il ne doit se replier que lorsqu’il entendra le signal donné par le clairon, d’où le titre chinois : 集结号, le signal du rassemblement. Les 46 hommes de la compagnie meurent dans ce combat désespéré contre un ennemi supérieur en nombre et beaucoup mieux armé. Reste Gu Zidi, désormais rongé par la question lancinante : n’aurait-il pas entendu l’appel du clairon, que certains lui ont dit avoir entendu ?

Deuxième partie : la quête de reconnaissance

Gu Zidi va lutter pour la reconnaissanceFort heureusement, en effet, Feng Xiaogang s’intéresse surtout à l’aspect humain de la guerre et à ses conséquences. C’est cette réflexion qui alimente la deuxième partie du film, et lui donne tout son sens. La première partie sert à bien montrer l’héroïsme de soldats anonymes dont même l’armée n’arrive pas à retrouver la trace dans le chaos de la fin de la guerre, et même après.

Gu Zidi est le seul survivant de sa compagnie, et donc le seul à pouvoir témoigner. Il va passer le reste du film d’abord à tenter de comprendre ce qui s’est exactement passé, si le clairon a effectivement retenti ou non, c’est sa quête personnelle, quête d’une assurance pour calmer sa conscience ; et ensuite à lutter sans relâche pour que ses compagnons morts au combat soient dûment  reconnus comme des héros de guerre, et non comme de simples disparus.

On peut reprocher à Feng Xiaogang de ne pas avoir mieux individualisé et défini ces soldats disparus. Seul émerge le nouvel « officier politique » que s’est choisi Gu Zidi avant de partir dans sa dernière mission : un intellectuel qui a été accusé de lâcheté précédemment, et auquel il insuffle un courage que le malheureux a du mal à assumer.

C’est le seul qui a une « histoire », peut-être parce que c’est le seul qui sait écrire, et qu’il écrit de longues lettres à sa fiancée restée au village, ce qui permet d’ailleurs ensuite à Gu Zidi de la retrouver. C’est le seul personnage féminin du film, qui soutient Gu dans sa quête.

Dans ces conditions, toute l’attention - des spectateurs comme du réalisateur - est concentrée sur Gu Zidi (superbement interprété par Zhang Hanyu (张涵予) qui vient de recevoir un Golden Horse award au festival du film de Taïwan pour son rôle dans le film).

C’est lui le seul personnage dont le caractère est approfondi, et c’est lui qui porte l’idéal humain qui est le thème principal du film : il faut savoir rendre hommage aux sacrifices des milliers de soldats morts pour la patrie. D’ailleurs c’est le sous-titre du film : « Tout sacrifice mérite d’être immortalisé ».

En ce sens, «Assembly» rejoint des films comme «The road» qui rendent hommage, de leur côté, aux sacrifices anonymes consentis par toute une population.

Un bon film commercial

Feng XiaogangLe film est donc plus profond qu’il ne paraît au premier abord, et il faut savoir gré au réalisateur d’avoir résisté à la tentation du politiquement correct, contrairement à tant de réalisations chinoises sur le même sujet. Cependant, il n’offre qu’un thème consensuel, apte à émouvoir le grand public et lui plaire.

Il ne fâchera personne et ne soulève, en particulier, aucun problème de nature à susciter une réflexion conflictuelle sur certains aspects de la guerre. Il n’y a pas de responsables, seulement une sorte de vaste responsabilité collective qui dilue et relativise les erreurs et les lâchetés, et même les faibles deviennent héroïques sous le feu des combats, il suffit de crier très fort pour masquer sa peur.

A la fin, la ténacité l’emporte et les morts ont leur stèle. Il n’y a qu’une très courte séquence dans le film pour laisser penser que ce n’est pas le cas général et donner une image plus réaliste des circonstances de l’après-guerre. Mais cela reste une allusion rapide qui sert d’ailleurs à souligner le caractère désintéressé de la quête de Gu Zidi, alors que la plupart des gens se battent pour obtenir un maximum de compensations financières.

« Assembly » restera un très bon film commercial dont le succès se comptera en nombre d’entrées. On peut dire en ce sens que Feng Xiaogang a atteint son objectif. Cependant, les quelques lignes qu’il a rajoutées juste avant le générique de fin apportent une profondeur toute humaine au caractère principal et laissent imaginer, avec un certain regret, ce que l’on aurait pu faire en partant du même sujet :  Gu Zidi a vraiment existé, il est mort en 1987 à 71 ans. Il avait été abandonné à l’âge de trois mois par ses parents qui n’avaient pas de quoi le nourrir…

Extraits :
Le trailer

Séquence de la guerre de Corée
 
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