| 'Adieu ma concubine', le chef d'oeuvre de Chen Kaige |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Lundi, 16 Novembre 2009 09:39 | |||
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Véritable point culminant de la carrière de Chen Kaige mais aussi de Leslie Cheung, Zhang Fenyi et Gong Li, «Adieu ma concubine» fait partie des petites merveilles du cinéma chinois. Récompensé de la palme d'or à Cannes en 1993, le long métrage offre une peinture authentique de la société chinoise au milieu du XXe siècle.
Fiche du filmTitre original : Ba wang bie ji 霸王别姬
Titre international : Farewell My Concubine Titre français : Adieu ma concubine Réalisateur : Chen Kaige Scénaristes : Lilian Lee, Lei Bik-Wa et Lu Wei Réalisation : 1993, Chine Acteurs principaux : Leslie Cheung (Cheng Dieyi alias Douzi), Zhang Fengyi (Duan Xiaolou alias Shitou), Gong Li (Juxian), Lu Qi (Maître Guan), Ying Da (Manager), Ge You (Maître Yuan), Ma Mingwei (Douzi enfant), Fei Yang (Shitou enfant), Yin Zhi (Douzi adolescent) Genre : drame/histoire 171 minutes A noter-en 1993, le film Adieu ma concubine est devenu le premier film chinois à remporter la palme d'or à Cannes, en ex-aequo avec «La leçon de piano» de Jane Campion
La vie troublée de deux acteurs d'Opéra dans une Chine en changement L'intrigue d'«Adieu ma concubine» se centralise sur deux personnages principaux : Cheng Dieyi alias Douzi (Leslie Cheung) et Duan Xiaolou alias Shitou (Zhang Fenyi). Le film commence quand les deux acteurs sont enfants et apprennent le métier d'acteur d'opéra dans la troupe de Maître Duan.La dureté de l'entraînement et la sévérité du professeur sont oppressantes. Si Shitou est entraîné à un rôle masculin, Douzi se voit lui orienté vers un rôle Dan (personnage féminin). (voir notre article sur les différents types de rôles dans l'Opéra de Pékin) Cela semble perturber le jeune garçon, qui sera plusieurs fois puni avec sévérité pour avoir dit «je suis par nature un garçon» au lieu de «je suis par nature une fille, pas un garçon» en récitant son texte...
Au fil du temps, Douzi et Shitou deviennent inséparables que ce soit sur scène pour la pièce «Adieu ma concubine» ou en dehors. Après plusieurs drames humains (suicide d'un camarade, viol de Douzi), et l'adoption d'un bébé orphelin (Xiao Si), les deux jeunes acteurs deviennent des stars de l'Opéra une fois arrivés à l'âge adulte. Sans doute influencé par son enfance, Cheng Dieyi est clairement devenu une femme sur le plan psychologique. Il semblerait même qu'il se soit identifié au personnage de Yu Ji, l'épouse du prince Xiang Yu, dans la pièce «Adieu ma concubine». Il aime Duan Xiaolou, mais ce dernier est bien moins fanatique quant au théâtre. Il considère «Douzi» comme son frère, et va se marier avec une ancienne prostituée, Juxian (Gong Li). Commence alors une relation complexe empreinte d'amour et de jalousie entre les trois personnages. En marge de la guerre sino-japonaise, de l'arrivée au pouvoir des communistes et de la Révolution Culturelle, la vie des trois va prendre des allures dramatiques et cauchemardesques. Ceux qu'ils ont aimés ou sauvés sont ceux qui vont les détruire... Le plus grand succès de Chen Kaige De tous les films de Chen Kaige, «Adieu ma concubine» reste le plus abouti et surtout celui qui a atteint le plus grand succès international. Sommet de la carrière du réalisateur, le long métrage est perçu en Chine comme l'un des travaux majeurs de la réputée 5e génération de cinéastes chinois.Adaptation du roman du même nom signé Lilian Lee, «Adieu ma concubine» a su séduire le public chinois tout autant que le reste du monde avec une pluie de récompenses en 1993 : palme d'or au Festival de Cannes (en compagnie de «Le Piano»), prix FIPRESCI , meilleur film en langue non anglaise au British Academy Award en 1993, meilleur film étranger aux Golden Globe. L'oeuvre de Chen Kaige a également eu le mérite d'être nominée comme meilleur film étranger aux Oscars (1993) et aux Césars (1994). Le titre du film vient d'une pièce d'Opéra de Pékin racontant l'histoire du prince Xiang Yu (232-202 avant JC) roi de l'état de Chu. Vaincu par Liu Bang, futur fondateur de la dynastie Han, il se retrouve accompagné de sa concubine favorite, Yu Ji, car cette dernière désire mourir à ses côtés. Alors que le prince exhorte sa belle à s'enfuir, celle-ci lui subtilise son épée et se tranche la gorge avec, montrant ainsi sa dévotion éternelle envers l'homme qu'elle aime. Notre avis : un chef d'oeuvre, tout simplement Avec «Adieu ma concubine», Chen Kaige a atteint un degré de virtuosité qu'il n'égalera probablement jamais dans sa carrière. Mais ce film, en lui-même, suffit à faire du réalisateur l'un des plus grands cinéastes chinois de l'histoire.L'intrigue, la mise en scène, les cadrages, et surtout le jeu des acteurs, tout apparaît parfaitement maîtrisé et crée ainsi une alchimie qui rend ce long métrage unique et inoubliable. L'un des principaux mérites revient à avoir su traiter efficacement plusieurs aspects incontournables de la civilisation chinoise : le traditionnel Opéra de Pékin (symbole de la Chine traditionnelle dans le film) et la période historique mouvementée allant de la seconde guerre sino-japonaise à la fin de la Révolution Culturelle. Le côté obscur de l'Opéra de Pékin Le film offre une peinture authentique des coulisses de l'Opéra, forme artistique prédominante dans «l'ancienne société» chinoise. Le début de l'histoire nous montre bien les sacrifices et les épreuves endurés par les jeunes comédiens pour pouvoir devenir les idoles du public.Avec Douzi et Shitou, nous est offert un contraste saisissant entre deux enfants, puis adultes, liés pour la vie à la fois par leur rôle (partenaires indissociables pour la pièce Adieu ma concubine) et leur amitié (éprouvée dès l'enfance). L'un des deux personnages, joué par Leslie Cheung, devient prisonnier du rôle pour lequel on l'a préparé. L'autre, joué par Zhang Fenyi, a plus de recul et aspire à une vie normale aux côtés de la femme qu'il aime. L'évolution de la société chinoise au XXe siècleEn parallèle à leur relation, fil conducteur du film, nous est exposé l'évolution de la société chinoise entre la période de la République de Chine et la Révolution Culturelle. Chen Kaige, par une mise en scène efficace, arrive à exprimer les chocs de la guerre et de l'occupation japonaise, puis ceux du grand saut vers «une société nouvelle» où toute opinion contraire à l'idéal communiste d'alors était réprimée sévèrement.On voit ainsi les personnages abandonner et brûler ce qu'ils ont jadis aimé, non sans souffrances. La scène où le trio Leslie Cheung-Zhang Fenyi-Gong Li, s'entre-déchire en public est particulièrement marquante. L'émotion dégagée par le film n'est cependant pas du seul mérite de Chen Kaige. Les acteurs principaux sont tout particulièrement excellents. Leslie Cheung, Zhang Fenyi, Gong Li, un trio inoubliable Leslie Cheung joue avec brio un personnage tourmenté, à la fois courageux à l'extrême et fragile. Zhang Fenyi apparaît totalement crédible en homme plus ouvert d'esprit, voulant une vie paisible avec la femme qu'il aime, s'insurgeant des méthodes expéditives des communistes, mais qui n'hésite pas à nier ses sentiments pour sa femme par peur de représailles...Enfin, Gong Li est magistrale en ancienne prostituée qui d'abord se conduit en rivale de Cheng Dieyi, puis en épouse aimante et amie compréhensive lorsque ce dernier lutte contre sa dépendance à l'héroïne ou refuse de renier ses actes passés... «Adieu ma concubine», pour ces différentes raisons, est un film que tout amateur de la culture chinoise se doit de voir au moins une fois. A l'heure où la Chine se tourne vers des blockbusters comme Red Cliff I et II ou d'autres productions à gros budgets, le travail de Chen Kaige montre toute l'ampleur du potentiel du cinéma d'auteurs chinois...
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