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'The Knot', de Yin Li : succès en Chine, accueil mitigé ailleurs PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Mercredi, 18 Novembre 2009 07:03

'The Knot', de Yin Li : succès en Chine, accueil mitigé ailleurs

Oeuvre du réalisateur Yin Li, «The Knot» a obtenu un énorme succès critique en Chine, grâce en particulier à un scénario prometteur, des images magnifiques et des acteurs charismatiques, à l'image de Chen Kun. Néanmoins, le long métrage a suscité peu d'intérêt en Occident.

Fiche du film

Titre original : Yún shǔi yáo 云水谣  (mandarin)

Titre international : The Knot

Réalisateur : Yin Li

Scénaristes : Liu Heng, Zheng Kehui (histoire de base)

Réalisation : 2006, Chine

Acteurs principaux : Chen Kun (Chen Qiushui), Vivian Hsu (Wang Biyun), Li Bingbing (Jindi), Chin Han (Docteur Wang Tinwu), Isabella Leong (Wang Xiaorui), Ah Lei Gua (Wang Biyun âgée)

Genre : drame/romance

A noter

-le film a été soumis par la Chine aux nominations des meilleurs films étrangers pour les Oscars 2007 mais n'a pas été retenu

-le film a remporté de nombreuses récompenses en Chine :
Golden Rooster Awards 2007 : meilleur réalisateur pour Yin Li, meilleur film et meilleur son

Huabiao Film Awards 2007 : meilleur film, meilleur scénario (Liu Heng), meilleur réalisateur (Yin Li) et meilleur acteur (Chen Kun)

Beijing Student Film Festival : meilleur film selon le jury, acteur favori des étudiants (Chen Kun)

Festival international du film de Shanghai 2007 : récompense spéciale pour les 10 ans du festival

Hundred Flowers Awards 2008 : meilleure actrice (Li Bingbing) et meilleur second rôle féminin (Ah Lei Gua)

«The knot», le dernier film de Yin Li, a été un succès en Chine et un flop ailleurs. Ce long métrage est étonnant à plusieurs égards, et doit être analysé dans le contexte de l’ensemble de l’œuvre du réalisateur pour le comprendre en profondeur. Il apparaît alors comme emblématique d’un certain cinéma chinois qui tente aujourd’hui de se moderniser pour survivre.

Un scénario prometteur

Chen Kun et Vivian HsuLe scénario est signé Liu Heng (刘恒), scénariste renommé qui a déjà collaboré avec Yin Li (1). Il a écrit cette fois une sorte de romance épique déployée sur une soixantaine d’année, romance rendue tragique par le contexte initial de la guerre, mais une guerre à peine esquissée qui n’est là que comme ressort dramatique.

L’histoire n’est pas le sujet, même les séquences du Tibet sont dénuées de toute allusion à la situation historique. Le sujet, c’est le « nœud » qui lie à jamais les personnages principaux, Qiushui et Biyun.

Le titre original -《云水谣》 yúnshuǐyáo - signifie «la ballade de l’eau et des nuages», évocation poétique de l’amour très pur qui lie les deux jeunes gens, et reste inchangé dans le cœur d’une Biyun âgée qui passe des heures dans la contemplation des toiles qu’elle peint pour matérialiser son souvenir. Le titre anglais, beaucoup plus prosaïque, est une autre manière de désigner tout simplement cet attachement indéfectible.

La première partie de l’histoire se déroule dans les années 1940 à Taipei. Le jeune Chen Qiushui (陈秋水) est engagé comme précepteur du fils d’un riche dentiste. Il tombe amoureux de la sœur du gamin, Wang Biyun (王碧云), et ses sentiments sont partagés, ce qui n’est pas du goût des parents de Biyun.

Remercié, il reprend le chemin de son village où vit encore sa mère et où le rejoint bientôt Biyun. Ils sont sur le point de se fiancer lorsque, de retour à Taipei, Qiushui est prévenu par ses camarades de faculté qu’il est sur la liste des étudiants de gauche recherchés par le Guomingdang, qui règne sur l’île d’une main de fer.

Qiushui s’enfuit précipitamment sur le continent pour échapper à ce qui est connu comme le «massacre 228», la terrible répression de février 1947 (2). Les adieux sont déchirants ; Biyun lui promet de l’attendre jusqu’à ce qu’il revienne…

Quelques années plus tard, pendant la guerre de Corée, on retrouve Qiushui, devenu médecin militaire. Il opère un jour une jeune militaire blessée, Jindi, qui tombe amoureuse de lui et commence à le suivre partout. Pendant ce temps, Biyun continue à l’attendre à Taipei, en s’occupant de sa mère âgée et en continuant de refuser les avances d’un prétendant transi qui, de son côté, ne cesse d’espérer qu’elle changera un jour d’attitude à son égard.

Dans un troisième temps, Qiushui se porte volontaire pour aller au Tibet. Jindi finit pas l’y rejoindre, lui annonçant qu’elle a changé son nom pour celui de celle qu’il porte toujours dans son cœur. Elle finit par avoir gain de cause, et ils se marient. Mais ils meurent peu de temps plus tard, emportés par une avalanche. Bien des années plus tard, la fille adoptive de Biyun, désormais établie à Los Angeles, part sur les traces de son «oncle» pour tenter de faire le clair sur le mystère de ses dernières années…

Des prix à la pelle

Chen Kun et Li BingbingLe film a d’autre atouts, outre le scénario, et des photos très réussies comme les Chinois savent maintenant si bien faire. Il aligne en particulier une série de têtes d’affiche propres à aguicher le public (3). Si Vivian Hsu (徐若瑄) est un peu décevante dans le rôle de Biyun (en dépit du maquillage impressionnant qui la rend presque crédible en artiste vieillissante), Chen Kun (陈坤) a le charme naturel qui convient à son rôle et Li Bingbing (李冰冰) sait passer de la gaieté primesautière d’une jeune militaire communiste aux tourments d’une jeune femme amoureuse. Les parents, aussi, sont parfaits, en particulier le vétéran Qin Han (秦汉), rappel nostalgique du cinéma taiwanais des années 70.

L’accueil en Chine a été enthousiaste, et du côté box office et du côté récompenses. Il a reçu le Coq d’or du meilleur film et du meilleur acteur, le prix des Cent Fleurs du meilleur réalisateur, meilleur film de fiction et meilleur acteur, et le très officiel Huabiao award dans un nombre impressionnant de catégories. Le film a même été choisi pour représenter la Chine dans la course aux Oscars, en 2008, de préférence au superbe film de Jiang Wen « The sun also rises ».

Pourtant, alors que le film, première co-production triangulaire Chine-Hong Kong-Taiwan, était diffusé en même temps dans les trois pays, la réception hors de Chine continentale a été plutôt froide. Et c’est le cas général auprès du public occidental. Cela mérite une explication.

Critique : Une démonstration trop appuyée

Les critiques reprochent souvent au film une construction artificielle en abyme qui procède par «flash back»  à partir de la quête actuelle de la fille adoptive de Biyun, interprétée par Isabella Leong, une actrice encore peu connue, née à Macau. Personnellement, je trouve que c’est plutôt bienvenu et les séquences avec Isabelle sont rafraîchissantes, sinon très convaincantes, dans l’atmosphère larmoyante du reste du film.

Une longue attente ponctuée de larmes

Wang Biyun (Vivian Hsu), un coeur fidèle pour la vieC’est en effet là le défaut majeur de ce film, défaut qui devient vite insupportable car il est en plus très long. Pratiquement tous les personnages, pas seulement Biyun, sont prostrés dans une attente sans espoir qui se traduit au mieux par une sorte de mutisme pesant, au pire par des crises de larmes à répétition.

Biyun est doublée dans sa vaine attente par son jeune prétendant, maladroit et bégayant, qui continue imperturbablement à l’aimer et à l’attendre, et pourrait être attendrissant s’il disparaissait du paysage avant de devenir une figure de vieil amoureux pitoyable. Même le père finit par être atteint du virus, prostré dans sa maison alors que sa femme est partie à Hong Kong, et attendant, lui aussi, un départ incertain, en buvant pour se consoler…

Et, comme s’il fallait un symbole supplémentaire, les scènes à Taiwan se passent en majeure partie sous des trombes d’eau qui accentuent le caractère claustrophobe de personnages enfermés à l’abri des intempéries comme ils sont enfermés en eux-mêmes, par leurs propres obsessions bien plus que par les aléas de l’histoire.

Un effort de modernisation des schémas du cinéma chinois traditionnel

Seul le personnage de Jindi tranche par son activisme résolu dans ce lot de malheurs en bonne partie auto-infligés. Elle reprend la figure traditionnelle de la jeune communiste luttant contre l’adversité, mais le mythe est revu et corrigé : si elle réussit à sortir Qiushui du cercle vicieux de l’attente et à lui insuffler une nouvelle vie, c’est pour être emportée finalement par l’avalanche, qui leur coûte la vie à tous les deux, comme si la nature se chargeait de punir l’inconstance.

Cela pourrait être une morale très confucéenne, sinon communiste, si l’activisme révolutionnaire, semble-t-il, n’était dépeint sous un jour finalement négatif, la nature se chargeant d’en corriger les excès comme elle corrige les trahisons. Il y a donc bien effort de modernisation des schémas traditionnels, qui se retrouve aussi dans la construction non linéaire et l’esthétique de la photo. 

Il reste cependant un jeu d’acteurs et ce penchant à larmoyer qui sont typiques du cinéma chinois traditionnel, et il faut revenir à la filmographie de Yin Li pour comprendre le côté légèrement archaïque d’un film qui reste empreint d’une touche « officielle »…

(1) Liu Heng (刘恒), né en 1954, a passé sa jeunesse à travailler à la campagne et en usine, puis comme soldat, Révolution culturelle oblige. Il a commencé à publier en 1970, et certaines de ses nouvelles ont été adaptées à l’écran (petit ou grand), dont « Fuxi Fuxi » (1987) choisi comme base du scénario de 《菊豆》(« Judou », 1989) par Zhang Yimou avec lequel il a aussi collaboré pour le scénario de 《秋菊打官司》(«Qiuju, une femme chinoise , 1992). Il a aussi été récemment le scénariste du film de Feng Xiaogang 《集结号》 («Assembly» ou «Héros de guerre»).

(2) Après la proclamation de la République de Chine, le 25 octobre 1945, le jour même de la reddition des troupes japonaises, le Guomingdang établit une période de répression qui entraîna un mécontentement croissant au sein de la population, attisé par ailleurs par la propagande communiste. La violence éclata le 28 février 1947, après une échauffourée au cours de laquelle un passant fut tué. C’est à la suite de cet «incident» que fut menée une politique répressive qui fit des milliers de morts. L’incident porte, selon la tradition chinoise, la date à laquelle il se produisit : February 28 = 228.

(3) Chen Qiushui est interprété par Chen Kun (陈坤), l’acteur principal de «Balzac et la petite tailleuse chinoise», Wang Jindi par Li Bingbing (李冰冰), qui jouait en particulier dans «A world without thieves» de Feng Xiaogang, et Wang Biyun par la chanteuse taiwanaise Vivian Hsu, ou Xu Ruoxuan (徐若瑄)


 
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