| 'Zhang Side', la vie d'un héros chinois revue par Yin Li |
|
|
|
| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Jeudi, 19 Novembre 2009 07:10 | |||
|
«Zhang Side» est un film de Yin Li qui retrace la vie d'un des plus grands héros de l'idéologie communiste chinoise. Un film sorti tout droit du cinéma officiel d'état, mais qui ne manque pas d'intérêt pour autant.
Fiche du filmTitre original : Zhang Side 张思德
Titre international : Zhang Side Réalisateur : Yin Li Scénariste : Liu Heng Réalisation : 2004, Chine Acteurs principaux : Wu Jun (Zhang Side), Genre : biographie/guerre Une peinture traditionnelle de héros exemplaireZhang Side, né en 1915 dans une famille de paysans pauvres du Sichuan ; entré dans l’Armée rouge, il a participé à la Longue Marche et est devenu membre du Parti communiste en 1937. Il fut alors muté dans la garde spéciale du Comité central, et, en 1943, nommé garde du corps de Mao Zedong.Pendant le blocus économique imposé par le Guomingdang à la région englobant les zones frontalières des provinces du Shaanxi-Gansu-Ningxia, Zhang Side se distingua en fabriquant du charbon de bois bien plus vite que normalement, en allant chercher le charbon encore brûlant dans les fours, sans le laisser refroidir. Un jour, cependant, la vieille dame chez qui il logeait ne le vit pas revenir : il était mort dans l’effondrement de l’un des fours. C’était le 5 septembre 1944. Mao prononça son fameux discours trois jours plus tard. A partir de là, Zhang Side est devenu l’un de ces nombreux héros sanctifiés par le régime dont les vies glorifiées a posteriori ont été offertes en modèles de courage et d’abnégation, le plus célèbre étant sans doute le soldat Lei Feng qui partage beaucoup de points communs avec Zhang Side, et en particulier sa totale dévotion envers Mao. Au début du film de Yin Li, Zhang Side est bien dépeint avec les attributs habituels des héros type Lei Feng. Bien qu’il ait été dans l’armée depuis plus de dix ans, il est toujours simple soldat, mais il continue à servir sa patrie avec la même simplicité et la même bonhomie. Dans la scène d’ouverture, il doit chanter dans un chœur de l’armée, dans un spectacle donné à un auditoire d’enfants auquel assiste Mao : on le place au dernier rang, mais sur quelques briques parce qu’il est plus petit que ses camarades. Il attire cependant l’œil de Mao par l’ardeur avec laquelle il chante : qui est ce petit type au visage crasseux (脸巴脏呼呼的小鬼) ? demande Mao. On lui répond alors que c’est quelqu’un d’exceptionnel (响当当 xiǎngdāngdāng) et la conversation qui suit brosse son caractère : sérieux, naïf et bon enfant. Toute la première partie du film emprunte aux clichés du réalisme socialiste pour poser Zhang Side en héros au grand cœur qui vient en aide à tout le monde, jusqu’à se jeter à l’eau pour sauver le porc d’une paysanne qui est en train de se noyer dans une rivière en crue. C’est un paysan qui a du mal à s’exprimer, plus à l’aise avec les enfants, arrivant même à tirer de son mutisme un petit garçon qui refuse de parler depuis la mort de ses parents et dont il devient une sorte de père adoptif. Une technique narrative qui sort en partie des sentiers battus En même temps, cependant, le portrait du soldat modèle diffère quelque peu des schémas hagiographiques établis dans ce genre d’œuvre : l’intérêt du film réside en grande partie dans la manière dont il est conté, et il faut rendre un nouvel hommage au scénariste, Liu Heng (celui de «The Knot»). Zhang Side est présenté avec des défauts bien humains : il chante faux, il boit trop à un banquet, et la caméra le suit alors qu’il sort vomir. Il y a un effort certain pour dépeindre certaines situations avec humour pour rendre le film plus acceptable au public moderne. Le personnage de Mao lui-même, qui est en fait le personnage principal du film, est présenté sous un aspect souriant et sympathique, proche du peuple. C’est pourtant là que le film rejoint l’imagerie officielle. Chacune de ses apparences sur l’écran est précédé d’une musique de circonstance, très émotionnelle, et chaque scène où figure le président représente comme une image d’Epinal : dans l’une des premières séquences, il est filmé songeur, en train d’écrire « Serve the people ». Il permet au jardin d’enfants du camp d’utiliser sa voiture quand il n’en a pas besoin, va jusqu’à offrir une paire de bonnes chaussures neuves à Zhang Side pour qu’il ne marche plus nus pieds et à se rendre au chevet d’un blessé pour éclairer de sa présence ses derniers moment. Mais, sous cet extérieur affable et ouvert, il est présenté comme une indéniable figure d’autorité paternelle, inspirant un respect dévotionnel aux troupes comme à la population. Les passages où on le voit donner ses discours les plus importants reprennent les techniques utilisées dans les premiers films de propagande du régime, où une voix off expliquait in extenso ce dont il était question pour que personne ne puisse faire d’erreurs d’interprétation. Yin Li a affiné la méthode : une séquence où Mao exprime la nécessité de travailler avec acharnement intercale dans le cours du discours des images de Zhang Side courant sur plusieurs kilomètres pour trouver un pneu de secours pour la voiture du président. De la même manière, les informations importantes nécessaires pour comprendre le contexte de certaines séquences sont données par des dialogues entre Mao et son entourage, permettant en même temps d’orienter le point de vue des spectateurs sur ce qui est dit. Une grande partie du film est en fait constituée de clichés : des scènes de soldats toujours en mouvement, même au repos, donnant une impression d’activité intense et constante, soulignant l’importance de l’action collective. Un message renforcé par la qualité des imagesIl faut reconnaître que Yin Li a superbement soigné l’esthétique dans son film, et c’est ce qui le sauve. Il est tourné en noir et blanc, mais ce n’est pas le noir et blanc expressionniste d’un Murnau ou d’un Béla Tarr, c’est un blanc et noir fumeux, qui évoque la couleur passée de documents d’archives.
La première séquence, où l’on voit la petite silhouette de Zhang Side courir dans un vaste paysage montagneux du nord du Shaanxi, donne immédiatement un sentiment rétro, rappelant les grands films chinois tournés dans ce même paysage qui est comme le symbole de la Chine profonde. Les images donnent ainsi au film un caractère emblématique qui n’est pas sans rappeler «La terre jaune». Le film utilise par ailleurs des techniques de montage qui coupent le récit et lui donnent de la profondeur, la caméra très mobile renforçant l’aspect d’activité fébrile. La fin elle-même est très discrète, laissant à l’imagination du spectateur le soin de se représenter le héros mort.
|
| 'You are the apple of my eye', ou les chroniques d'une jeunesse taïwanaise «You are the apple of my eye» est le succès taïwanais de l’année 2011. Adapté d’un roman, il est représentatif de la jeunesse de Taiwan des années 90. |
| 'The Road Home', l'amour à la campagne «The Road Home » fait partie des films qui ont façonner la réputation internationale de Zhang Yimou. C'est aussi le long métrage qui a révélé l'actrice Zhang Ziyi au monde. |
| Maggie Cheung, icône du cinéma malgré elle Avec plus de 70 films aux côtés des plus grands cinéastes à son actif, Maggie Cheung est devenue une véritable icône du cinéma asiatique. Paradoxalement, elle ne s’est jamais sentie actrice [ ... ] |
| '1911' : le début d'une nouvelle ère en Chine Sortie près de cent ans jours pour jours après la Révolution Chinoise, «1911» est une œuvre historique relatant la chute de l'empire Qing. Avec Jackie Chan en tête d'affiche, le film se veut [ ... ] |
| Gong Li, l'ambassadrice du cinéma chinois Révélée sous la coupe du réalisateur Zhang Yimou, Gong Li ne cesse de faire des étincelles. Devenue une véritable légende du cinéma chinois, l’actrice à la beauté intemporelle est aujour [ ... ] |