| 'Disorder' de Huang Weikai : la pagaille d'une ville chinoise vue par un Tati chinois |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Lundi, 23 Novembre 2009 13:15 | |||
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Oeuvre de Huang Weikai, «Disorder» est un documentaire original qui s'interroge sur les phénomènes urbains chinois, symboles de toutes les métropoles mondiales ayant grandi trop vite sous la pression des circonstances.
« Disorder » est le second des documentaires chinois présenté dans le cadre de l’édition 2009 du « Cinéma du Réel » au Centre Gorges Pompidou. Un puzzle savamment déconstruitLe film est construit comme une mosaïque de petites vignettes dont est exclue toute narration linéaire. Les événements, incidents et accidents filmés sont découpés en courtes séquences qui ne permettent jamais de saisir vraiment le sens global de ce qui se passe.On passe rapidement de l’une à l’autre, sans lien apparent, et du coup, le chaos frise l’absurde. On a l’impression d’un monde complètement fou, où tout repère rationnel a disparu, un monde où tout est possible, et où les forces qui sont censées maintenir l’ordre sont elles-mêmes totalement dépassées par l’incongruité des situations qu’elles ont à gérer. Une canalisation rompue déverse un geyser d’eau sale dans un quartier inondé dont les habitants n’en continuent pas moins leurs déambulations comme si de rien n’était, simplement ils le font les pieds dans l’eau, comme si c’était normal et que cela ne gênait personne. Un fou se promène au milieu des voitures d’une voie rapide où la caméra dévoile par ailleurs des gens étendus sur la chaussée, sans doute des piétons qui se sont fait écraser en traversant ; la même voie rapide est envahie par un troupeau de porcs échappés d’on ne sait où, et un terrain vague proche recèle des animaux étranges et un bébé abandonné qui provoque bien moins d’intérêt. Il faut dire que l’on est à Guangzhou, c’est la ville du réalisateur, Huang Weikai (黃偉凱): il y a quelque de chose de méridional dans tout cela, une sorte de profusion joyeuse et absurde qui fait pendant à celle de la végétation ; Tati aurait filmé Marseille, cela aurait sans doute donné quelque chose d’approchant. Le film baigne dans une atmosphère ubuesque qui est drôle au départ, mais qui finit par devenir inquiétante lorsque la caméra révèle la violence latente que recouvre la pagaille ambiante. Dépassées, les forces de l’ordre se mettent à frapper, de manière incontrôlée, et le chaos se transforme alors très vite en scène d’émeute urbaine quand les passants s’indignent de voir des gens tabassés et tentent de s’interposer. Un style original Sous l’apparente ironie initiale, Huang Weikai offre donc une analyse désopilante des phénomènes urbains de la Chine moderne qui sont ceux, en fait, de toutes les métropoles du tiers monde qui ont grandi sous la pression des circonstances, sans plan précis. Mais, si l’on est habitué à des descriptions surréalistes du monde latino-américain, c’est plus rare en Chine. Le titre chinois du documentaire,《现实是过去的未来》(la réalité actuelle est l’avenir du passé), souligne l’impossibilité de définir et même de capter de façon cohérente un présent chaotique qui échappe à l’entendement, et se présente comme une sorte d’épisode intermédiaire entre un passé évanescent et un avenir incertain. Avant le début de la projection, le réalisateur a expliqué qu’il n’était pas l’auteur des images : il a récupéré des vidéos amateur, et a visionné quelque mille heures de rushes pour construire son film, ajoutant quelques séquences tournées par lui-même pour compléter. Il a de toute évidence travaillé la couleur et le grain de l’image qui se présente dans un superbe noir et blanc, ce qui ajoute encore à l’atmosphère surréaliste de son documentaire et le rapproche de l’expressionnisme. Huang Weikai fait preuve d’une étonnante maîtrise de l’image et confirme, avec « Disorder », un talent original. Note sur Huang Weikai (黃偉凱)Biographie 1972 Naissance à Guangzhou (广州)
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