| 'All about women' : des promesses non tenues |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 24 Novembre 2009 12:28 | |||
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Comédie qui donne la part belle à trois femmes de la Chine d'aujourd'hui, «All about women» présentait tous les ingrédients pour réussir : un réalisateur réputé, un scénariste à succès et quelques actrices en vogue comme Zhou Xun. Le résultat final est quelque peu décevant, et laisse à penser que le cinéaste Tsui Hark a besoin de vite trouver un nouveau souffle...
Fiche du filmTitre original : Nuren bu huai 女人不坏
Titre international : All about women Réalisateur : Tsui Hark Scénaristes : Kwak Tae-yong, Tsui Hark Réalisation : 2008, Chine Acteurs principaux : Zhou Xun (Fanfan), Kitty Zhang (Tang Lu), Kwan Lun-mei (Lie Ting) Genre : comédie 120 minutes A noter-à l'origine, le nom international du film était «She ain't mean»
Le 11 décembre 2008 est sorti simultanément en Chine et à Hong Kong le dernier film de Tsui Hark intitulé 《女人不坏》, ou « All about women » (le titre chinois signifiant « les femmes ne sont pas mauvaises »). Il s’agit d’une comédie annoncée comme romantique, dont le générique avait a priori tous les atouts pour faire du film un succès au box office. Trois actrices et un scénariste prestigieux, quatre atouts de taille « All about women » est une comédie au féminin qui reprend la formule qui avait fait le succès de 《刀马旦》 ou « Peking Opera Blues » en 1986, c’est-à-dire un habile mélange d’action, de farce et de satire socio-politique. Ce film relatait les aventures, pendant les années 1910 à Pékin, de trois héroïnes que rien ne rapprochait au départ : une rebelle patriote, fille de général, habillée en homme, une voleuse à la recherche d’une boîte à bijoux et la fille du directeur d’un théâtre de l’opéra de Pékin. C’est en fait sur le trio d’actrices célèbres interprétant ces trois rôles (Brigitte Lin, Cherie Chung et Sally Yey) que reposait le succès du film auprès du public. « All about women » reprend une formule similaire en basant son scénario sur les histoires burlesques et déjantées de trois femmes aux destins croisés, interprétées par trois actrices qui trouvent là des rôles totalement différents de ceux auxquels elles nous ont habitués : -Zhou Xun (周迅)joue le rôle de Fanfan, 27 ans, une jeune femme employée dans une clinique, affligée non seulement d’une myopie invalidante qui l’oblige à porter d’épais verres correcteurs, mais en outre d’une phobie des hommes qui la paralyse. Elle développe donc dans son labo un patch aux phéromones qui doit lui permettre de séduire la gent masculine. -Kitty Zhang Yuqi (张雨绮)interprète Tang Lu, une femme d’affaires fortunée et glamour d’une trentaine d’années, dont le seul intérêt dans la vie est la chasse aux contrats lucratifs, ce qui l’amène à s’intéresser aux fameux patches de Fanfan… Kitty Zhang a en fait dix ans de moins que son rôle dans le film ; elle a encore très peu tourné et était jusque là surtout connue pour son rôle secondaire dans le dernier film de Stephen Chow « CJ7 » (《长江七号》). -Kwai Lun-mei (桂纶镁) est une actrice taiwanaise née en 1983 dont la notoriété vient du gentil rôle principal qu’elle jouait dans le film《不能说的秘密》(« Secret ») qui marqua, en 2007, les débuts en tant que directeur du chanteur et acteur taiwanais Jay Chou (周杰伦). Dans « All about women », elle interprète le rôle farfelu d’une boxeuse de 19 ans qui est aussi à la fois chanteuse punk et romancière sur internet, et entretient un amour imaginaire avec un boyfriend japonais. Il fallait lier ces trois histoires en un scénario qui tienne la route : il est signé Kwak Jae-young (郭在容), le réalisateur coréen de la comédie romantique « My Sassy Girl » qui a été un incroyable succès dans toute l’Asie en 2001. Ou plutôt co-signé car le scénario a été revu par Tsui Hark avant d’être remanié par Kwak et d’aboutir à sa version définitive, elle-même d’ailleurs constamment revue et corrigée au fur et à mesure du tournage. Si l’on ajoute le talent de Tsui Hark, tous les ingrédients étaient réunis pour faire de « All about women » un film original et réussi. Le résultat n’est malheureusement pas probant. Et malgré tout la sauce ne prend pas Original, le film l’est certainement. Mais l’on peine à suivre une histoire décousue, dont les trois éléments s’intègrent difficilement. Les histoires des trois femmes sont poursuivies quasiment en parallèle sans beaucoup d’interactions entre elles, et celles qui sont créées le sont artificiellement. Du coup, le film repose presque uniquement sur les numéros d’acteurs, et essentiellement d’actrices car les rôles masculins sont réduits à des marionnettes sans intérêt autre que de susciter parmi les femmes une compétition qui permette de faire quelque peu avancer l’action.Or, le jeu des actrices, volontairement choisies à contre emploi, est exagéré. Loin d’en rire, on déplore en particulier ce que Tsui Hark a fait de Zhou Xun : une godiche insupportablement maladroite et bigleuse, dont on se demande comment, même avec le fameux patch, elle peut bien réussir à séduire qui que ce soit. Son personnage est traité comme une sorte de Calamity Jane de bande dessinée qui fait regretter, dans un registre semblable, la finesse des gags de la Panthère rose. La seule qui sorte gagnante de l’épreuve est Kitty Zhang qui se révèle ici comme une très bonne actrice. Trailer : http://www.youtube.com/watch?v=IqBd9O-zQ6s&feature=related Mais où est donc passé Tsui Hark ? On est d’autant plus déçu que Tsui Hark est l’un des meilleurs réalisateurs de Hong Kong, celui qui a marqué pratiquement tous les genres de sa griffe propre, en restant toujours fidèle aux origines, c’est-à-dire à la culture chinoise. Ce qui le différencie de John Woo, par exemple, qui a intégré dans son œuvre l’influence américaine. Tsui Hark personnifie le cinéma de Hong Kong dans son aspect le plus total.Sa dernière réussite était « Seven Swords », fresque médiévale tournée dans le Xinjiang qui avait fait l’ouverture de la Mostra de Venise en 1995. Cependant, le film accusait déjà certaines incohérences, dues, dit-on, à des remaniements répétés en cours de tournage. Les deux films suivants confirmèrent cette tendance. En 2007, « Triangle » (《铁三角》) était un film en trois parties d’environ trente minutes chacune, réalisées par trois réalisateurs différents : Ringo Lam et Johnny To outre Tsui Hark qui signa la première partie. Le concept de départ était intéressant, mais ce fut la grosse déception du soixantième festival de Cannes où le film fut présenté hors compétition : il apparut comme une simple récréation de trois cinéastes réputés jouant avec leurs acteurs favoris, sans trop se soucier de la cohérence de leur histoire. En 2008, enfin, « Missing » s’annonçait comme une tentative de renouvellement tant narratif que formel, allant chercher vers le genre du polar fantastique la source de son inspiration, en l’occurrence les mystères d’une Atlantide sous-marine découverte en 1985 au large d’Okinawa. Le film a été tourné sur le site, avec une pléiade d’acteurs célèbres, le scénario mêlant ruines inquiétantes et disparition inexpliquée, faisant de « Missing » un film à suspense, à la fois « romantique, fantastique et aquatique ». Ce fut un flop complet. Avec « All about women », c’est une véritable trilogie de déceptions qui nous vient de Tsui Hark. On peut valablement se demander si ce n’est pas lui qui est porté « missing ». A moins, tout simplement, qu’il soit plus difficile qu’il ne semble pour un réalisateur très attaché à ses origines de renouveler son style et sortir de la trappe qu’est devenue Hong Kong pour un cinéaste.
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