| 'Gaokao 77' : après la Révolution Culturelle, l'espoir... |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mercredi, 25 Novembre 2009 14:15 | |||
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Gaokao 77, de Jiang Haiyang, aborde un sujet essentiel pour tous les jeunes Chinois qui veulent accéder à l'enseignement supérieur : le Gaokao, l'examen national d'entrée en université. Le film traite avec émotion d'une édition toute particulière : en 1977, l'examen fut remis à l'ordre du jour après 10 années de mise au ban pendant la Révolution Culturelle.
《高考1977》, ou « Gaokao 77 », sorti le 3 avril 2009 en Chine, aurait engrangé près de 5 millions de yuan pendant les seuls quatre premiers jours de son exploitation en salle et continue d’attirer les foules, en grande partie attirées par le bouche à oreille. Le film touche en effet un épisode particulièrement sensible de la période qui a immédiatement suivi la mort de Mao. Les raisons de l’émotion suscitée par le film Le « gaokao » est le nom de l’examen d’entrée à l’université qui se tient tous les ans au mois de juin et scelle le sort de millions de jeunes qui rêvent d’accéder à l’enseignement supérieur. Or cet examen quasi mythique avait été supprimé pendant la Révolution culturelle, les jeunes « instruits » étant alors envoyés à la campagne parfaire sainement leur éducation auprès des paysans. L’annonce de son rétablissement en 1977 a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans toute la Chine.Les universités avaient bien recommencé à ouvrir partiellement leurs portes en 1970, mais le recrutement était réservé aux « ouvriers, paysans et soldats » (工农兵), les critères de sélection étant fondés sur de solides références révolutionnaires. Huit mois après la mort de Mao, le 24 mai 1977, s’adressant à la première Conférence scientifique nationale, Deng Xiaoping lançait le slogan qui marquait un tournant dans le domaine éducatif et scientifique, et plus généralement amorçait l’ouverture des esprits qui devait préluder à la politique « de réforme et d’ouverture » : « respecter le savoir, respecter les talents ». L’annonce officielle de la restauration du gaokao a été diffusée à la radio à l’automne suivant, le 21 octobre 1977. La nouvelle se répandit comme une véritable onde de choc dans le pays : une brutale vague d’espoir. L’examen eut lieu en décembre : 5,7 millions de candidats se présentèrent ; comme on avait supprimé les limites d’âge (elles ne furent rétablies qu’en 2001), le plus âgé avait trente six ans, le plus jeune quinze. 220 000 seulement furent admis, mais le mouvement était lancé. Comme l’a dit un bloggeur sur le site sina.com, c’est une histoire portant toutes les effluves du printemps qui s’est pourtant passée dans les mois d’automne et d’hiver de l’année 1977 : ( 一个发生在1977年秋冬季的 “春天的故事”).Cette date a marqué un nouveau point de départ dans la vie de millions de Chinois, mais aussi dans celle du pays tout entier. Un film qui remue bien des souvenirs Le film, qui commence par l’annonce du rétablissement de l’examen, a été tourné dans le nord de la province du Heilongjiang. Au départ, le réalisateur, Jiang Haiyang (江海洋) avait prévu de tourner dans le Guangxi, les repérages avaient même été réalisés ; mais, quand il est rentré à Shanghai où le film a été produit, plusieurs personnes ont critiqué ce choix, lui disant que c’était tout à fait caractéristique des Shanghaïens de choisir des lieux de tournage dans les sud, pour leurs beaux paysages. C’est un ami qui lui a alors suggéré le Heilongjiang, dans le nord-est de la Chine, et il a effectivement trouvé là, dans les environs de la petite ville de Yichun (伊春), le cadre idéal qu’il recherchait, y compris une vieille gare et son train à vapeur, et des vieux bâtiments portant encore les slogans de l’époque. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est le froid. Le tournage a commencé en septembre 2008. Jiang Hiayang pensait profiter des couleurs de l’automne, mais le vent a brusquement tourné quand ils sont arrivés, et il s’est mis à faire un froid glacial qui a nécessité des trésors d’imagination ne serait-ce que pour faire fonctionner le matériel et éviter les accidents. Le tournage s’est passé par des températures d’une vingtaine de degrés en dessous de zéro ; la neige a commencé à tomber, si bien qu’il a fallu organiser des équipes de déneigement… Ces conditions extrêmes ajoutent certainement à l’intensité du film. Le scénario retrace les tensions créées dans un village qui hébergeait tout un groupe de ces jeunes envoyés à la campagne que les paysans appelaient plutôt affectueusement les « jeunes instruits » (知青 zhīqīng). La perspective de pouvoir passer l’examen dans si peu de temps, deux mois seulement, déclenche une réaction de quasi panique : ces jeunes, qui n’ont pu étudier qu’en cachette et sur des livres de fortune pendant les dix ans de la Révolution culturelle, se lancent dans une frénésie de révision et de travail forcé, de nuit comme de jour, pour tenter de combler leurs lacunes. Le père d’une étudiante du groupe, un « contre-révolutionnaire » qui s’était fâché avec sa fille, fait même tout le voyage depuis la capitale pour lui apporter des livres. D’autres tentent d’en voler…
Le film restera dans les annales pour la scène fantastique qui en est le point culminant : le jour du départ pour aller passer l’examen, le chef du village emmène les jeunes à la gare sur son tracteur, mais celui-ci tombe en panne dans la neige ; on voit alors tous ces jeunes partir en courant, les uns trébuchant et tombant, criant aux autres de continuer et surtout de bien « plancher » : « 一定要好好考 », et les premiers arrivés à la gare urgeant le chef de gare d’attendre les retardataires : « 再等等,再等等,爹啊,十年就这么一回啊 » (attendez un peu, attendez un peu, cela fait dix ans qu’il n’y en avait pas eu [d’examen])… On comprend l’émoi que suscite le film, et surtout chez les Chinois qui ont eux-même vécu l’événement, et qui sont là pour en témoigner. Les histoires abondent sur internet, le film venant brusquement raviver des souvenirs enfouis au fond des mémoires : c’est le premier sur le sujet. Il aura fallu trente ans pour raconter cette histoire, l’émotion est certainement d’autant plus vive. Un témoignage personnelOn dit que c’était un témoignage de l’expérience personnelle du réalisateur, ce n’est pas tout à fait exact. Jiang Haiyang (孙海英) fait, il est vrai, partie de la première promotion de l’Académie du film de Pékin après la Révolution culturelle, entrée en 1978 et sortie en 1982. Cependant, s’il est donc de la même « cinquième » génération que Zhang Yimou, par exemple, il n’a pas, lui, travaillé à la campagne pendant la Révolution culturelle.
En 1972, à la fin de ses études secondaires, alors que ses deux sœurs étaient envoyées à la campagne, il a pu intégrer une école technique à Shanghai et, deux ans plus tard, entrer dans le laboratoire de recherche en mécanique d’un complexe métallurgique.
Il n’a pas passé l’examen de 1977, il a attendu 1978 pour postuler à l’Académie de Pékin à laquelle il a été admis, selon ses propres déclarations, en raison de ses connaissances théorique sur le cinéma. Son expérience est donc légèrement différente de celle des jeunes qu’il décrit dans son film. Il a cependant vécu l’effervescence de l’époque et s’est outre entouré de toute une équipe de vétérans qui ont eux vécu personnellement la « fièvre de 77 » et ont participé à l’élaboration du scénario. On peut donc bien dire qu’il s’agit d’un témoignage direct, d’autant plus que bien des détails viennent des souvenirs de jeunesse du réalisateur lui-même. Par sa vérité, le film suscite d’autant plus l’émotion qu’il permet à tous ceux qui ont vécu cet épisode dramatique de s’identifier aux acteurs, volontairement choisis en dehors des grandes stars du cinéma. Des acteurs peu connus mais d’autant plus réalistes Le film comporte quatre têtes d’affiche, des acteurs qui, au moins pour trois d’entre eux, sont un peu connus du grand public en Chine parce qu’ils ont joué dans des séries télévisées très populaires. L’un de ces acteurs est peut-être un peu plus connu en Occident parce qu’il a joué dans des films de Zhang Yuan et Yin Lichuan (2): c’est Wang Xuebing (王学兵). Mais il faut bien dire qu’il est surtout connu en Chine pour ses rôles de flic à la télévision. Il interprète le rôle de Pan Zhiyou (潘志友), celui des étudiants qui s’est sans doute le mieux intégré dans son nouvel environnement et est même considéré comme le dauphin du chef du village. Les autres acteurs sont inconnus du public occidental : Zhao Youliang (赵有亮) est surtout un grand acteur de théâtre et d’opéra , mais qui a aussi fait des apparitions à la télévision ; il est remarquable dans le rôle du père « contre-révolutionnaire » Chen Fude (陈甫德). La seule actrice du film en est sans doute le maillon faible, Jiang Haiyang a lui-même hésité longtemps avant de la recruter. Celui qui est vraiment formidable, c’est Sun Haiying (孙海英), qui interprète le chef du « comité révolutionnaire » du village, Lao Chi (老迟). Bien qu’ayant joué au cinéma (3), lui aussi a surtout acquis sa notoriété à la télévision, dans des séries populaires comme 《射鵰英雄傳》 « Legend of the Condor Heroes » ou 《大汉天子3》, l’histoire de l’empereur Wudi des Han. Dans « Gaokao 77 », il interprète à la perfection le vieux vétéran de la révolution, droit et inflexible, voire légèrement borné, qui va jusqu’à passer sous silence, au début, l’annonce du rétablissement de l’examen, par peur de voir tous les jeunes de sa commune, sur lesquels il compte pour travailler dans le village et assurer sa relève, partir comme un seul homme à la ville. Il comprend ensuite toute la portée de la décision de Deng Xiaoping, et fait alors preuve d’humanité et de bienveillance envers ces étudiants frustrés par la révolution. Et en plus, il est lui-même originaire du Liaoning ! Un film réalisé pour le 60ème anniversaire de la République populaire« Gaokao 77 » est le premier des films prévus dans le cadre des projets annoncés pour la commémoration du 60ème anniversaire de la fondation de la République populaire, en octobre prochain. C’est aussi un hommage à Deng Xiaoping et à la politique de réforme et d’ouverture qu’il a mise en route il y a trente ans.On mesure, en voyant l’immense enthousiasme suscité par la seule annonce de la reprise des examens d’entrée à l’université, la portée symbolique de la décision. Elle annonçait tout le bouleversement que serait la réforme économique, et qui ne pouvait réussir que si les esprits, d’abord, étaient formés pour la réaliser. On mesure tout le chemin parcouru, et l’on comprend peut-être mieux l’ampleur radicale des progrès réalisés en aussi peu de temps : ils furent portés par la ferveur, comme aurait dit Gide, le désir effréné de rattraper autant de temps perdu. Et l’on comprend que le gouvernement veuille profiter de l’occasion de la célébration de l’anniversaire de la République populaire pour tenter d’insuffler une nouvelle dose de cette ferveur initiale à des jeunes confrontés aujourd’hui aux difficultés croissantes de trouver un emploi après avoir terminé leurs études… Notes (1) Jiang Haiyang est un réalisateur secondaire, et jusqu’ici peu connu, de la « cinquième génération ». Ses principales réalisations sont, récemment, deux séries télévisées : 2007 《纯白之恋》 Good morning Shanghai (série TV en 24 épisodes) 2005 《一江春水向东流》 The River Flows Eastwards (série TV en 30 épisodes) 1993 《夺命惊魂上海滩》 Encounter in Shanghai 1987 《匿名电话》 Anonymous Phone Calls (2) Il a joué dans le film de Zhang Yuan (张元), sorti en 2003,《我爱你》(I love you), puis plus récemment dans celui de Yin Lichuan (尹丽川)sorti en 2007 《公园》(The park) (3) Parmi ses rôles les plus réussis au cinéma : - dans《假裝沒感觉》(Shanghai Women) de la réalisatrice Peng Xiaolian (彭小莲), sorti en 2003, le rôle principal aux côtés de sa femme Lu Liping (吕丽萍) ; - dans《向日葵》(Sunflower) de Zhang Yang (张扬), sorti en 2005, le rôle principal du père, aux côtés de Joan Chen (陈冲).
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