| 'Nuits d'ivresse' : l'homosexualité masculine en Chine vue par Lou Ye |
|
|
|
| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Samedi, 28 Novembre 2009 15:04 | |||
|
Présentation du film «Nuits d'ivresse printanière», long métrage de Lou Ye banni en Chine mais sélectionné au Festival de Cannes 2009.
Fiche du filmTitre original : Chūn fēng chén zuì de wǎn shàng 春风沉醉的晚上
Titre international : Spring Fever Titre français : Nuits d'ivresse printanière Réalisateur : Lou Ye Scénariste : Mei Feng Réalisation : 2009, Chine Acteurs principaux : Chen Sicheng (Luo Haitao), Jiang Jiaqi (Lin Xue), Qin Hao (Jiang Cheng), Tan Zhuo (Li Jing), Wei Wu (Wang Ping) Genre : drame 116 minutes
C’est la troisième fois que Lou Ye (娄烨)est invité à Cannes, en sélection officielle, après « Purple Butterfly » en 2003, et « Summer Palace » (« Une jeunesse chinoise ») en 2006. Projeté il y a trois jours, le 14 mai, « Nuits d’ivresse printanière » (《春风沉醉的晚上》) a cependant reçu un accueil pour le moins mitigé. La sortie en salles, annoncée au départ pour cet hiver, semble repoussée à une date indéfinie, mais c’est un film qui mérite, en attendant, quelques réflexions. A voir : notre portrait de Lou Ye Un film sous l’égide sulfureuse de Yu Dafu « Nuits d’ivresse printanière » est une sombre histoire qui commence à trois, et se poursuit à trois, mais ce ne sont plus les mêmes. Une jeune et jolie épouse, Wang Ping (王平), soupçonne son mari (Jiang Cheng) d’avoir une affaire extra-conjugale et le fait donc suivre par un type au chômage, Luo Haitao (罗海涛) ; elle ne se trompe pas, mais il s’agit d’un amant. L’épouse suffoquée va jusqu’à humilier le mari indigne sur son lieu de travail. Elle se suicide. Restent Luo et Wang Ping, qui, contre toute attente, vont à leur tour tomber dans les bras l’un de l’autre… Nous avions jusqu’ici des scénarios faibles, en voici un qui ne s’embarrasse pas de vraisemblance. Il faut s’arrêter sur le titre du film car il est révélateur des intentions du cinéaste. Ce titre poétique, 《春风沉醉的晚上》 (Chun Feng Chen Zui de Wanshang), signifie « le soir où nous nous sommes enivrés dans la brise printanière ». Il est emprunté à une nouvelle de Yu Dafu (郁达夫) datant de 1923. L’analogie s’arrête au titre car l’histoire elle-même n’a strictement rien à voir. Ce qui est important, c’est la référence à un auteur qui a fait scandale en son temps pour sa liberté d’expression, justement. Yu Dafu est un écrivain emblématique des années 1920-30, une période d’intense fermentation intellectuelle liée à la libération spirituelle opérée par le mouvement dit « du 4 mai » (1). Dans un entretien avec l’hebdomadaire Shidai Zhoukan (时代周刊), Lou Ye a mis l’accent sur ce legs historique, en rattachant son film à une tradition d’individualisme propre à cette époque. Cela va bien au-delà de cela. En fait, si Yu Dafu, qui a été pendant un temps membre de la société des écrivains de gauche, a écrit des histoires « aux couleurs socialistes » ((社会主义色彩), dont, justement, la nouvelle qui a inspiré le titre du film, il est surtout célèbre pour ses écrits sulfureux, décrivant, avec luxe détails pour l’époque, des expériences intimes à caractère érotique. Il a fait scandale dès 1921, avec la publication de son premier livre, 《沉沦》 (chénlún : sombrer). L’un de ses amis, Zhou Zuoren (周作人) (2), l’a alors défendu en disant que d’une part l’érotisme du roman avait un but artistique, qui était de lutter contre la morale conventionnelle, et d’autre part que les théories de Freud faisaient de la sexualité un important élément créatif. Il est symptomatique que la répression sexuelle, pour Yu Dafu et ses amis, allait de pair avec la répression sociale et économique qui prévalait à l’époque en Chine, et que lutter contre elle équivalait à dénoncer l’hypocrisie de la société chinoise. Lou Ye se place donc dans une optique similaire, transposée à notre époque, c’est-à-dire en allant beaucoup plus loin dans les exigences de libération sexuelle, et sociale en général. Une revendication de liberté sans faille Pour illustrer sa revendication de liberté inconditionnelle, Lou Ye a choisi le terrain de l’homosexualité masculine, comme emblème de répression, à l’heure actuelle, en Chine. Il fait beaucoup d’efforts pour présenter son film comme une ode à l’amour sous toutes ses formes, mais ce discours a du mal à passer. Et si la majorité des critiques et commentateurs reprochent au film de ne pas émouvoir, c’est justement que le propos est ailleurs.Lou Ye semble en fait avoir délibérément décidé de se faire provoquant au maximum et, alors qu’on lui interdisait de tourner en Chine, il l’a fait quand même, en catimini et en numérique, sur un sujet totalement tabou, pour bien montrer sa liberté d’artiste. Ce faisant, cependant, il s’est limité à s’adresser au public occidental, et surtout à celui des festivals, qui l’a porté aux nues jusqu’ici. Mais il semblerait bien qu’il se soit égaré cette fois : les critiques, à Cannes, ont été peu enthousiastes à la sortie de la projection. Cela augure mal de la carrière commerciale du film. On se demande surtout si c’est l’intérêt bien compris du cinéaste de se couper ainsi volontairement non seulement des producteurs (3) et des sources de financement, mais surtout de son public. Il est certain qu’il est toujours dommage pour un artiste de ne pas être libre de s’exprimer comme il le souhaite. Cependant, on peut légitimement se demander s’il n’est pas plus intelligent de composer avec les autorités de censure, comme le font maintenant une grande partie des grands réalisateurs chinois, qui privilégient d’abord leur public. Ce fut le cas, par exemple, de Lu Chuan, récemment, qui dut discuter pendant près d’un an pour obtenir les autorisations nécessaires au tournage de « Nanjing ! Nanjing ! ». Mais il lui importait avant tout que son film sorte en Chine. En outre, ce genre d’attitude non-conflictuelle permet de faire progresser les choses, peu à peu. Par ailleurs, vu le sort réservé à Tang Wei, l’actrice principale de « Lust.Caution », qui est encore aujourd’hui, en Chine, interdite de tournage, mais aussi de télévision, on peut se demander quel va être le sort des jeunes acteurs du film, surtout les trois principaux venus à Cannes avec le réalisateur : Qin Hao (秦昊) qui joue le rôle de l’amant versatile, Chen Sicheng (陈思成) qui joue celui de Luo Haitao, et Tan Zhuo (谭卓) qui interprète le rôle de la petite amie du dernier. Nul doute que leur avenir va être difficile. C’est payer très cher la célébrité. Il reste maintenant à voir quand le film sera distribué en France, et surtout en Amérique du nord. (1) Le mouvement du 4 mai (五四运动) fut un mouvement nationaliste né de démonstrations estudiantines protestant, le 4 mai 1919, contre la faiblesse des réactions gouvernementales au traité de Versailles, très défavorable à la Chine. Il est lié à un mouvement intellectuel né dès 1912 qu’on appela « le mouvement de la nouvelle culture » (新文化运动)et qui était une révolte contre la société et la culture traditionnelles. (2) Il était un frère de Lu Xun (de son vrai nom Zhou Shuren 周树人), et comme lui, l’une des grandes figures du mouvement du 4 mai. (3) Le film, d’un budget global de 1,5 million d’euros, a eu beaucoup de mal à trouver son financement. Il a été produit par la société de production de Lou Ye, Dream Factory, associée à celle de Sylvain Bursztejn, Rosem Films. Le film a bénéficié d’aides diverses : en France, en particulier, il a reçu 120 000 euros du Fonds Sud, destiné à soutenir les œuvres étrangères sous l’égide du Quai d’Orsay, et 70 000 euros de la région Ile-de-France, sous le prétexte qu’il a été réalisé en numérique (puis transféré en 35 mm).
|
| 'You are the apple of my eye', ou les chroniques d'une jeunesse taïwanaise «You are the apple of my eye» est le succès taïwanais de l’année 2011. Adapté d’un roman, il est représentatif de la jeunesse de Taiwan des années 90. |
| 'The Road Home', l'amour à la campagne «The Road Home » fait partie des films qui ont façonner la réputation internationale de Zhang Yimou. C'est aussi le long métrage qui a révélé l'actrice Zhang Ziyi au monde. |
| Maggie Cheung, icône du cinéma malgré elle Avec plus de 70 films aux côtés des plus grands cinéastes à son actif, Maggie Cheung est devenue une véritable icône du cinéma asiatique. Paradoxalement, elle ne s’est jamais sentie actrice [ ... ] |
| '1911' : le début d'une nouvelle ère en Chine Sortie près de cent ans jours pour jours après la Révolution Chinoise, «1911» est une œuvre historique relatant la chute de l'empire Qing. Avec Jackie Chan en tête d'affiche, le film se veut [ ... ] |
| Gong Li, l'ambassadrice du cinéma chinois Révélée sous la coupe du réalisateur Zhang Yimou, Gong Li ne cesse de faire des étincelles. Devenue une véritable légende du cinéma chinois, l’actrice à la beauté intemporelle est aujour [ ... ] |