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'La Cité interdite', l'univers impitoyable d'une famille impériale PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Mardi, 01 Décembre 2009 13:36

'La Cité interdite', l'univers impitoyable d'une famille impériale

Grosse production chinoise de l'année 2006, «La Cité interdite» nous plonge dans le sombre univers d'une famille impériale sur le point de se déchirer. Malgré quelques libertés prises par rapport à l'histoire, le film fait honneur à la réputation de son réalisateur : il s'agit d'un régal pour les yeux.

Fiche du film

Titre original : Mǎnchéng Jìndài Huángjīnjiǎ 满城尽带黄金甲

Titre international : Curse of the Golden Flower

Titre français : La Cité interdite

Réalisateur : Zhang Yimou

Scénariste : Zhang Yimou, d'après la pièce de théâtre «L'Orage» (1934) de Cao Yu

Réalisation : 2006, Chine

Acteurs principaux : Chow Yun Fat (L'empereur Ping), Gong Li (L'impératrice Liang), Jay Chou (le Prince Jai), Liu Ye (le prince héritier Wan), Qin Junjie (le prince Yu)

Genre : action/drame/historique/wuxia pian

114 minutes

A noter

-Jay Chou, qui joue le rôle du Prince Jai, est également l'interprète de la chanson officielle du film, Ju Hua Tai.

L'histoire : guerre sous couvert dans le Palais impérial

L'histoire : guerre sous couvert dans le Palais impérialBasée sur la pièce «L'Orage» de l'écrivain Cao Yu, l'intrigue du film «La Cité interdite» prend place durant la période troublée des Cinq Dynasties et Dix Royaumes (907-960). Au sein de la dynastie des Tang postérieurs, l'Empereur Ping est une sorte de self made man, qui d'un statut relativement modeste de capitaine, a réussi à monter sur le trône.

Il a quitté sa première épouse pour se marier à la princesse Liang, devenue aujourd'hui son impératrice. Mais l'amour semble inexistant entre eux. Le terme «haine refoulée» semble plus approprié, d'autant plus que la femme de l'empereur entretient une liaison adultère avec le Prince Wan, né du premier mariage de son père.

A l'approche de la fête des chrysanthèmes (ou Fête du double neuf), l'Empereur prend la décision surprise de rapatrier à la cour le Prince Jai, fils qu'il a eu avec l'Impératrice Liang. Celui-ci est dévoué à sa mère, laquelle lui apprend une machination secrète de son mari : sous le prétexte d'améliorer sa santé, l'Empereur et son médecin attitré ont concocté un remède spécial pour elle.

Mais au lieu de la guérir, celui-ci la détruit à petit feu, et la condamnera à terme à perdre la raison puis la vie. C'est ainsi qu'en secret, elle a préparé une contre attaque, et implore l'aide de son fils...

A l'approche du moment fatidique, de terribles et obscures secrets familiaux vont être révélés, les rivalités dû à la défiance et la jalousie vont s'exacerber jusqu'à ce que l'inévitable se produise. Personne n'en sortira indemne : dans cet univers impitoyable de la cour impériale, il n'existe aucun vainqueur...

La cuvette dorée de Zhang Yimou ?

Jay ChouDans une interview accordée au site spécialisé China Cinema, l'ancien mentor de Zhang Yimou, le vétéran Wu Tianming, avait fait référence aux propos d'un journaliste chinois qui avait décrit «La Cité interdite» en ces termes : «une cuvette en or dans laquelle le réalisateur aurait terriblement bien déféqué».

L'image est crue, et le jugement de valeur n'implique que son auteur. Ici est fait principalement référence au budget mirobolant du film et son objectif avant tout commercial.

La Cité interdite, avant la sortie des «Trois Royaumes» de John Woo en 2008, était ainsi le budget le plus élevé de l'histoire du cinéma chinois avec 45 millions de dollars. Son casting était plus que prestigieux, avec deux poids lourds confirmés (Chow Yun Fat et Gong Li), associé à un des plus talentueux acteurs de la nouvelle génération (Liu Ye) et une icône populaire chinoise (Jay Chou).

Si certains, comme Wu Tianming, ont critiqué le film, c'est avant tout pour son manque de profondeur artistique, l'absence de réelle volonté de passer un message ou exprimer une sensibilité personnelle.

Il faut dire qu'avec les accomplissements passés de Zhang YimouVivre !», «Epouses et concubines» ou encore «Hero»), la barre est chaque fois placée très haute. Sous cet angle, la «Cité interdite» s'apparente à un film de seconde catégorie de la part d'un tel cinéaste, et cela malgré son budget record.

Des décors et costumes de l'époque, le cinéaste a gardé l'allure sexy des robes des femmes de la cour, mais pour le reste, beaucoup de détails s'avèrent peu concordant avec la réalité historique :

-les faux ongles que porte l'Impératrice n'étaient pas utilisés à l'époque dont parle le film

-les vêtements et costumes dorés que portent une large partie des personnages sont totalement contraires aux lois de l'époque qui réservait cette couleur à l'Empereur

-la plupart des soldats se battent équipés d'armures métalliques, or les soldats de l'époque en Chine privilégiaient des équipements plus légers comme les côtes de mailles

-enfin, la version française du titre est inappropriée, car la Cité interdite ne fut construite que plusieurs siècles après les Tang postérieurs. A décharge du film, on peut imaginer que le titre fait référence à la vie au sein de la cour impériale plus qu'à l'édifice du même nom...

Une atmosphère délétère, l'immersion dans un véritable enfer terrestre

Chow Yun Fat, un empereur très crédibleSi l'on met de côté les critiques puristes sur les inexactitudes historiques, et si l'on aborde le film avec un regard détaché ne considérant pas les anciens faits d'armes de Zhang Yimou, «La Cité interdite» reste un très bon film.

D'ailleurs, il a été globalement bien reçu par le grand public (près de 80 millions de dollars de recettes mondiales). La critique a d'une manière générale elle aussi apprécié ce nouvel ouvrage de Zhang Yimou : une nomination aux Oscars 2007 pour les costumes ainsi que 14 nominations pour 4 titres au final pendant les Hong Kong Film Awards 2007 (Gong Li meilleure actrice notamment).

Finalement, si le film de Zhang Yimou n'entre pas dans la catégorie des chefs d'oeuvre, il a de nombreux arguments pour séduire.

Le premier n'est pas une surprise, il s'agit de la beauté visuelle des décors et de la mise en scène. Zhang Yimou est célèbre pour sa capacité à jouer avec les couleurs et régaler les yeux du spectateur. Les libertés historiques prises, notamment d'habiller la plupart de ses personnages de vêtements dorés ou argentés, répondent probablement à ce soucis visuel.

Cette transgression est principalement exploitée dans les scènes de combat finales, où l'on voit deux armées, l'une dorée, l'autre argentée, s'affronter dans une bataille dantesque...

Le second point fort du film n'est autre que la qualité de ses acteurs principaux : Gong Li, Chow Yun Fat ou encore Liu Ye, sont tout simplement au niveau auquel on peut les attendre. Même le jeune Qin Junjie, dans le rôle du benjamin jaloux de son aîné, s'en tire extrêmement bien et dégage une personnalité forte...

La seule petite déception dans la distribution concerne Jay Chou. Mais peut-on attendre d'un chanteur de carrière, engagé principalement pour son aura médiatique, de pouvoir tenir la comparaison aux côtés d'acteurs plus que confirmés ?

Visiblement, la réponse est négative, même si l'artiste n'est pas catastrophique dans son rôle de prince filial envers sa mère. Le niveau des autres longs métrages dans lesquels on a pu le voir, en particulier «Kung Fu Dunk», parle d'eux-mêmes quant au potentiel actuel de l'artiste en tant que comédien.

Pour finir, il faut admettre qu'avec «La Cité interdite», Zhang Yimou arrive à nous plonger avec brio dans un univers à l'atmosphère délétère. La succession des événements et des révélations se fait de manière fluide et on ne peut qu'être pris dans le tourbillon de coups bas et pièges en attendant de connaître le dénouement final pour chacun des protagonistes.
 
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