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Écrit par Brigitte Duzan   
Mercredi, 02 Décembre 2009 04:19

'Deux femmes en fichus rouge' : un drame rural plein d'humour

Présentation du film chinois à petit budget «Deux femmes en fichus rouges », de Han Zhijun, un film simple et plein d'humour.

Fiche du film

Titre original : Liang Ge Guo Hong Tou Jin De Nv Ren 两个裹红头巾的女人

Titre français : Deux femmes en fichus rouges

Réalisateur : Han Zhijun

Scénariste : Han Zhichen

Réalisation : 2006, Chine

Acteurs principaux :
Zhang Weili, Ma Shihong, Zhao Xiaoyi, Guan Xiaoping, Wu Liansheng

Genre : comédie/drame

Le Centre culturel de Chine à Paris réserve de temps en temps la surprise d’un film totalement inconnu sous nos cieux, hors des sentiers festivaliers occidentaux, un film chinois pour un public chinois que l’on déguste le sourire aux lèvres, car l’humour est en général au rendez-vous.

C’était le cas ce samedi avec les « Deux femmes en fichus rouges » , ou 《两个裹红头巾的女人》, un film réalisé en 2006 qui fut couronné au 8ème festival de Changchun, cette année-là, du prix spécial du jury, et fit sensation l’année suivante au Chinese Panorama festival de Hong Kong qui faisait partie des festivités destinées à commémorer le dixième anniversaire de la Région administrative spéciale.

Une tranche de vie rurale dans les frimas du Nord-Est

'Deux femmes en fichus rouge' : un drame rural plein d'humourLe film se passe dans la province du Jilin, dans le nord-est de la Chine, dont est originaire le réalisateur, Han Zhijun (韩志君) ; l’action se déroule en plein hiver, dans un paysage enseveli sous une épaisse couche de neige. Dans ce superbe décor glacé où la vie est une lutte quotidienne, et où le froid trempe les caractères, le scénario suit le destin de deux femmes, deux voisines dans un village perdu au bord d’une immense forêt sauvage, dont le seul point commun est le foulard rouge qu’elles aiment porter, autour du cou ou sur la tête.

Xifeng (喜凤)est une jeune et assez jolie veuve d’une trentaine d’années dont le mari a été tué par un ours deux ans auparavant. Shuangyu (双鱼) a, elle, tout juste une vingtaine d’années, et vit avec son père qui fait office de garde-forestier.

A côté habite un divorcé, Yang Tianlong (杨天龙), qui a la charge de ses deux petites filles, deux jumelles adorables que gâte Xifeng. Il a malheureusement un vice rédhibitoire pour cette petite communauté : il braconne. Tout le monde tente de l’en empêcher, Xifeng la première, qu’il traite de « sale veuve » quand elle l’embête trop, ce qui a pour conséquence immédiate de la mettre en colère.

La vie s’écoule tranquillement, au gré des incursions de Tianlong dans la forêt et de ses prises de bec avec Xifeng dont on sent bien qu’elle est malgré tout attirée par lui. Arrive alors l’accident qui bouleverse tout : Tianlong, en braconnant, tire par erreur sur Shuangyu et la blesse gravement. Atterré par sa responsabilité, il part à la ville se rendre à la police. Il est condamné à deux ans de prison, et Xifeng, pendant ce temps, s’occupe des deux fillettes en attendant son retour….

Quand il revient, cependant, les choses ne sont pas aussi simples qu’on aurait pu le penser…

Un scénario plein d’humour et de dialogues savoureux

'Deux femmes en fichus rouge' : un drame rural plein d'humourCe n’est pas facile de tourner un film vif et plein d’entrain dans ces conditions : un village perdu dans la neige, où le froid incite les gens à se réfugier à l’intérieur des maisons de bois, et à ne sortir braver les éléments que pour aller chercher du bois ou de l’eau. Pourtant, le film a dès le départ un rythme enjoué, et cela grâce aux caractères des personnages qui oscillent entre rudesse et profonde humanité, et à leur manière très directe et très imagée de parler.

Ces dialogues très vivants sont le plus grand atout du film ; parfaitement adaptés aux caractères de personnages dont ils révèlent une profondeur insoupçonnée au départ, ils sauvent le film de la platitude et lui insufflent une vie plus vraie que bien des documentaires.

J’aurais aimé pouvoir noter au fur et à mesure, les jeux de mots abondent, mais un exemple suffira : pour signifier à l’un des personnages que le passé est le passé, et qu’il faut tourner la page, Shuangyu lui dit :“狗屎干了都不臭”(lorsque les crottes de chien sont sèches, elles n’ont plus d’odeur).

Han Zhijun a par ailleurs rajouté un personnage burlesque, Ergouzi (二狗子), qui tire le scénario vers la comédie. L’astuce est d’en avoir fait un chanteur de ‘Errenzhuan’ (二人转), ces dialogues comiques incorporant du chant, typiques de la région du nord-est, et qui font aujourd’hui fureur en Chine.

Du coup, le film se transforme par moments en une sorte de comédie musicale, mais sans l’aspect superficiel que cela aurait pu avoir, car le style populaire du ‘Errenzhuan’ s’intègre parfaitement dans les dialogues.

Ergouzi débarque dans le village sous prétexte de demander à Tianlong de lui apprendre à tirer et à chasser. C’est un petit clin d’œil aux films de wuxia où les jeunes combattants partent à la recherche d’un maître. Il n’appelle pas Tianlong directement « shīfu » mais se pose dès l’abord en disciple admiratif qui vient attiré par son renom de grand chasseur et de tireur émérite. Comme les grands maîtres, d’ailleurs, celui-ci commence par le renvoyer d’où il vient.

Cet Ergouzi qui n’arrête pas de mettre les pieds où il ne faut pas est un outsider dont Han Zhijun a fait le ‘deus ex machina’ qui précipite le dénouement en se posant en intermédiaire de mariage, tentant de marier Tianlong d’abord avec Shuangyun, puis avec Xifeng. I

l est dans ce rôle parfois drôle, mais malheureusement souvent assez lourd. En fait, il s’agit d’un personnage qui se rapproche des rôles de « chǒu » (丑) dans l’opéra chinois. Les rôles du films, dans leur ensemble, sont d’ailleurs construits comme une adaptation de ceux de l’opéra traditionnel…

Il s’agit donc de cinéma populaire destiné à un public populaire : c’est un divertissement, mais un peu comme les comédies de Shakespeare, avec un petit côté classique qui vient ici de la tradition orale. Il laisse un arrière-goût de terroir, ce qu’on pourrait appeler “东北味”, la saveur du Nord-Est.

Il n’est que de voir les femmes préparer la cuisine, retourner des crêpes ou rouler des raviolis, et surtout Xifeng sortir du feu un plat de ces petits pains à la vapeur fourrés de pâte de soja légèrement sucrée qui collent terriblement aux dents, les 粘豆包 (1)… On a l’impression d’en sentir l’odeur flotter dans l’air.

Un auteur, réalisateur et scénariste qui nous parle de sa terre…

Le réalisateur Han ZhijunHan Zhijun (韩志君) est pétri de cette culture locale : il est né en 1948 dans le nord-est du Jilin, une région au climat très froid qui se rapproche beaucoup de celui de la Sibérie toute proche. Il a vécu une enfance pauvre, aidant ses parents à s’occuper de ses six frères et sœurs.

En 1975, il a obtenu un premier diplôme de sciences politiques, puis a entrepris des études de littérature. En 1989, il est entré à l’Institut du cinéma de Pékin, section littérature, justement, et en est sorti diplômé deux ans plus tard. Il est alors entré aux studios de Changchun, comme réalisateur et scénariste.

C’est en 1986 qu’il a écrit un premier livre, 《命运四重奏》 mìngyùnsìchóngzòu (le quatuor du destin), qu’il a ensuite adapté en une série télévisée de trois épisodes, en collaboration avec son frère, Han Zhizhen (韩志晨) : c’est la première de ses deux « trilogies villageoises », “农村三部曲 ”(2), qui ont été primées à de nombreux festivals en Chine et constituent une sorte de matrice originelle pour le reste de son œuvre.

Il a déclaré lors d’une interview que son intention était de dépeindre la Chine, car dépeindre le peuple des campagnes était dépeindre le peuple chinois ; en effet, dit-il, “我们国家实际上是个农民的国度,无论是谁都无法完全割断自己与农村和农民间的精神脐带” (Nous, Chinois, sommes véritablement une nation de paysans, aucun d’entre nous ne peut totalement couper le cordon ombilical qui nous lie spirituellement au village et au peuple des villages).

Ses nombreux films, dont « Les deux femmes aux fichus rouges » est le dernier en date, tout comme ses œuvres romanesques, sont empreints de cet humanisme, une sorte de tendresse chaleureuse pour le peuple dont il se sent très proche. C’est certainement son enfance dans une famille nombreuse, unie mais pauvre, qui a contribué à lui donner cette empathie profonde avec le petit peuple des campagnes ; empreinte de cette saveur de terroir dont je parlais plus haut, son oeuvre apparaît comme une ode à la Chine profonde qui tend à prendre des teintes nostalgiques, un peu comme nos pastorales d’antan : « 田园诗» .

Notes

(1) On dit que c’est la terreur des fausses dents : http://0431.ju51.com/news/200810/qwjj/cyms/1153.shtml
(2) La diffusion s’est étalée sur quatre ans :
1989《篱笆·女人和狗》    líbā. nǔrén hé gǒu    La clôture. la femme et le chien
1991《辘轳·女人和井》    lùlú. nǔrén hé jǐng    La poulie. la femme et le puits
1993《古船·女人和网》    gǔchuán. nǔrén hé wǎng    Le vieux bateau. la femme et le filet

La seconde “新农村三部曲” comporte trois épisodes sur trois mois, caractérisés par des symboles qui rappellent Zhang Yimou :《八月高粱红》(août. le rouge du sorgho), 《九月谷子黄》(septembre, le jaune du millet), 《十月大豆香》(octobre, l’arôme du soja).

 
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