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Écrit par Nicolas Jucha   
Mercredi, 02 Décembre 2009 09:05

'Pas un de moins' : une leçon d'espoir et de persévérance

«Pas un de moins» est l'une des plus belles oeuvres du réalisateur chinois Zhang Yimou. Lion d'or à la Mostra de Venise 1999, le film nous parle avec réalisme de la pauvreté des campagnes chinoises.

Fiche du film

Titre en chinois mandarin : Yi ge dou bu neng shao 一个都不能少

Titre international : Not one the less

Titre en français : Pas un de moins

Réalisateur : Zhang Yimou

Scénariste : Shi Xiangsheng

Réalisation : 1999, Chine

Acteurs principaux : Wei Minzhi, Zhang Huike, Tian Zhenda, Gao Enman, Sun Zhimei

Genre : comédie/drame

106 minutes

L'histoire : il était une fois dans un pauvre village de campagne chinois

il était une fois dans un pauvre village de campagne chinoisDans un petit village isolé d'une campagne chinoise -probablement situé au Hebei- le professeur Gao est obligé de s'absenter pendant un mois pour se rendre au chevet de sa mère souffrante.

Seul enseignant disponible pour les 28 élèves, il s'inquiète de son remplacement pendant son absence. Quand le Major Tien, chef du village, lui envoie une jeune fille de 13 ans appelée Wei Minzhi, Professeur Gao ne peut s'empêcher d'être sceptique.

Face à son manque d'expérience et de connaissances, il décide même de la refuser et demande quelqu'un d'autre au Major Tien. Ce dernier lui fait comprendre la situation : personne n'est volontaire pour venir dans ce village perdu. Soit il fait confiance à Wei Minzhi et tolère ses défauts, soit il reste au village, renonçant à voir sa mère.

Le professeur Gao se résout à l'évidence. Il ne place cependant pas la barre trop haut : une leçon par jour, ainsi qu'une chanson à apprendre. Lorsque la jeune fille s'inquiète de son salaire et voit que le Major Tien et le professeur Gao se renvoient la balle, elle décide de se confronter aux deux.

En plus des 50 yuans de salaire, le professeur Gao lui promet alors un bonus de 10 yuans si aucun élève n'a quitté l'école à son retour. Dès lors, Wei Minzhi ne va plus avoir d'autres idées que de tenir son engagement, ce qui n'est pas chose facile étant donné qu'à la moindre opportunité, les parents envoient leur enfant en ville.

Alors qu'elle a déjà perdu une élève, recrutée pour ses capacités de vitesse à la course, la jeune prof se voit confrontée au départ pour la ville du petit Zhang Huike, l'habituel causeur de trouble de la classe. Sa famille est endettée, il arrête donc l'école pour chercher du travail.

Mais Wei Minzhi ne l'entend pas ainsi : bien que sans le sou, elle se met en tête d'aller en ville pour rechercher son élève. Un véritable périple commence alors...

Un film tourné comme un documentaire

Filmé dans un style néoréaliste qui le fait ressembler à un documentaire, «Pas un de moins» traite du sujet de la pauvreté et de l'illettrisme dans certaines zones reculées de Chine. Indirectement, il parle de compassion, d'espoir, d'entraide, de solidarité et de respect envers ceux qui n'ont pas la même éducation.

Pour cela, le réalisateur a fait appel à des acteurs amateurs qui jouent en interprétant leurs propres rôles. On a vraiment l'impression d'être dans un petit village de campagne, pas dans une fiction.

Comme l'a signalé un utilisateur sur l'IMBD (Internet Movie Database), «chaque personnage est lui-même : le professeur Gao est vraiment le professeur Gao, le chef du village est vraiment le chef du village, la jeune Wei Minzhi est vraiment une jeune fille naïve du monde rural, et tous les enfants sont de vrais enfants de la campagne...»

«Pas un de moins» est l'un des films qui a valu à Zhang Yimou sa réputation de «réalisateur du peuple», avant qu'il ne devienne le «réalisateur du pouvoir» suite à son tournant commercial et politiquement correct («Hero», «Le secret des poignards volants», «La Cité Interdite», réalisation des cérémonies d'Ouverture et Clôture des Jeux Olympiques 2008).

Le conte de fées de Wei Minzhi

La jeune Wei MinzhiFilm acclamé par la critique et son propre réalisateur, «Pas un de moins» a un autre grand mérite : il a changé pour le meilleur la vie de son actrice principale, la jeune Wei Minzhi. Jeune fille originaire d'un village de montagnes dans la province du Hebei, elle étudie aujourd'hui à la Brigham Young University de Hawaï grâce à une bourse d'études.

Sans sa présence dans le film en 1999, elle aurait eu sans aucun doute une vie classique pour les jeunes de son village natal : arrêt des études et mariage à un âge précoce afin de travailler et fonder une famille.

En 1998, elle fut recrutée pour le rôle principal du film alors que le casting était en cours dans un village voisin du sien. C'est l'un des assistants de Zhang Yimou qui l'a repérée et lui a demandé de tenter sa chance.

Finalement saluée pour sa performance -elle remporta notamment le titre de meilleure jeune actrice étrangère aux Young Artist Awards de Los Angeles- elle a ensuite rêvé de devenir actrice professionnelle.

Mais Zhang Yimou le lui a déconseillé, car il estimait qu'elle n'avait pas le profil. Elle a finalement choisi de devenir réalisatrice, mais échoua en 2004 lors des examens d'entrée au département réalisation de la Beijing Film Academy.

En 2006 néanmoins, elle est entrée à la Brigham Young University après être passée par l'Université d'études étrangères de Xian, et aujourd'hui elle parle couramment anglais. Son rêve est toujours le même, d'ici quelques années elle commencera peut être à faire parler d'elle pour ses longs métrages à succès.

Une chose est certaine : elle a parfaitement su surfer sur la vague de «Pas un de moins» pour faire de sa vie un rêve éveillé.

Lion d'or à la Mostra de Venise 1999

Zhang Yimou considère «Pas un de moins» comme l'un de ses meilleurs travaux de réalisateurs. La critique semble partager son avis. Le long métrage a en effet reçu de nombreuses distinctions, aussi bien en Chine que dans les festivals étrangers.

Les récompenses les plus notables lui ont été décernées au Festival du Film de Venise 1999 : outre le prestigieux Lion d'or, «Pas un de moins» a reçu le prix de l'Unicef, le prix Laterna Magica ainsi que le prix Sergio Trasatti.

Sur le sol chinois, le film a valu un Coq d'or (Golden Rooster) de meilleur réalisateur à Zhang Yimou. Les Beijing Student Film Festival et les Hundred Flowers Awards ont désigné «Pas un de moins» comme meilleur film de l'année 1999, tandis que les Shanghai Film Critics Awards ont récompensé Zhang Yimou comme le meilleur réalisateur.

Notre avis : une leçon de vie et d'espoir

une leçon de vie et d'espoirDepuis quelques années, Zhang Yimou est l'objet de critiques assez vives pour son orientation vers le marché du divertissement et des blockbusters («Hero», «La Cité Interdite») ou encore son positionnement visiblement très conciliant envers le gouvernement chinois.

Ainsi, certains de ces derniers films ont été parfois présentés de manière très négative, accusés d'avoir des messages de propagande et de seuls objectifs commerciaux, plus rien de vraiment artistique...

Si le célèbre cinéaste est autant critiqué aujourd'hui, c'est parce qu'il a auparavant placé la barre très haut avec des chefs d'oeuvre comme «Pas un de moins», mais aussi «Judou» (1990), «Epouses et concubines» (1991), «Vivre» (1994) et tant d'autres...

«Pas un de moins» s'intéresse à un problème majeur en Chine : les écarts de richesse entre les zones développées et sous développées. Il le fait avec brio, le choix d'une réalisation réaliste (presque documentaire) et d'acteurs amateurs semblant ce qu'il y a de plus appropriés.

Alors qu'il évoque un sujet relativement malheureux, Zhang Yimou arrive habilement à combler son film d'humour et de moments de joie, tout en nous plaçant sous les yeux l'ampleur de la pauvreté à laquelle sont confrontés certains Chinois.

Impossible d'oublier les répliques du Major Tien, ultra réaliste quand un recruteur vient chercher une petite fille douée pour la course à pieds. Quand la jeune Wei Minzhi poursuit la voiture qui emmène sa petite élève en ville, le chef du village se permet de faire remarquer au recruteur que la prof remplaçante a une bonne pointe de vitesse également. En clair, «elle ferait une bonne athlète aussi, recrutez la et payez moi pour le tuyau...»

Le vieil homme nous fait à nouveau sourire quand il vient observer par la fenêtre comment se passe la classe. A ce moment-là, la jeune professeur cherche à réunir les fonds nécessaires à l'achat d'un billet de bus car elle veut aller chercher Zhang Huike en ville.

Le Major Tien, chef du villageNe sachant pas vraiment comment compter, elle demande aux meilleurs étudiants de faire les opérations pour elle au tableau. De l'extérieur, le Major Tien ne connaît pas tout de la situation, mais ne peut s'empêcher d'être admiratif : «finalement cette jeune professeur est pas si mal, elle peut même enseigner les mathématiques !»

Mais plus que par l'humour, «Pas un de moins» a de quoi fasciner le spectateur par son réalisme et l'émotion qu'il dégage. Ceux qui ont connu la Chine en dehors des circuits touristiques ou lieux de rencontres pour expatriés auront l'impression de revoir des lieux familiers dans des petites villes de province, que ce soit la gare, certaines terrasses de restaurant...

L'autre point où le long métrage vise juste, c'est dans sa capacité à rester neutre et ne pas inciter le spectateur à porter des jugements de valeur. Les personnages rencontrés ont chacun une personnalité propre et très réaliste : certains sont insensibles aux demandes d'aide de Wei Minzhi, d'autres au contraire viennent l'aider d'eux mêmes.

La solidarité existe aussi bien dans les campagnes que dans les villes, elle n'est pas une question d'origine ou statut social. En présentant son film de telle manière, Zhang Yimou a évité l'un des principaux pièges qui aurait consisté à présenter les gens des campagnes comme malheureux et ceux de la ville comme indifférents.

Finalement, les gens de la ville aident comme ils le peuvent, sans aller jusqu'à se sacrifier, tandis que les gens de la campagne, bien que pauvres, font preuve d'un enthousiasme extraordinaire. A cet égard, le film «Pas un de moins» se présente comme une référence, une oeuvre à connaître pour mieux appréhender l'importance du réalisateur Zhang Yimou dans le paysage du cinéma chinois.
 
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