| 'Big Shot's Funeral' : Ge You s'associe à Donald Sutherland pour faire l'éloge de l'absurde |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Mercredi, 02 Décembre 2009 09:25 | |||
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Pas vraiment apprécié hors de Chine, «Big Shot's Funeral» reste l'une des principales comédies signées Feng Xiaogang. Sans être un chef d'oeuvre, ce film s'avère être une comédie agréable portée par les acteurs Ge You et Donald Sutherland.
Fiche du filmTitre original : Dàwàn 大腕
Titre international : Big Shot's Funeral Réalisateur : Feng Xiaogang Scénaristes : Feng Xiaogang, Li Xiaoming, Shi Kang Réalisation : 2001, Chine Acteurs principaux : Ge You (Yoyo), Donald Sutherland (Tyler), Rosamund Kwan (Lucy), Da Ying (Louie Wang), Paul Mazursky (Tony) Genre : comédie 100 minutes A noter
-le titre chinois signifie "gros poignet", ce que l'on pourrait comprendre par personne qui a de la poigne. Cela fait référence au titre anglais "Big Shot", une personne importante, reconnue dans son domaine.
L'histoire : quand un réalisateur vedette exige des funérailles comiques Yoyo (Ge You), est un cameraman dont la situation professionnelle flirte avec le niveau 0. Un jour néanmoins, il est recruté par Lucy (Rosamund Kwan), laquelle est assistante du célèbre cinéaste américain Tyler (Donald Sutherland).Le travail de Yoyo ? Ne pas réfléchir ni parler, il doit être, grâce à sa caméra, la paire d'yeux qui va suivre Tyler pendant qu'il réalise un film à Pékin, un remake du «Dernier Empereur». Si malgré la barrière de la langue, Yoyo et Tyler deviennent rapidement amis grâce à leurs conceptions proches, la situation va vite basculer. Le réalisateur est en panne d'inspiration et s'interroge sur le sens de son oeuvre. Mais les producteurs n'ont que faire des états d'âme de Tyler, si bien qu'un jour, ils lui retirent le projet, confié à un jeune réalisateur, mais l'oblige à laisser son nom au générique, pour d'évidentes raisons marketing. La situation est un choc pour Tyler, qui devant la caméra de Yoyo, implore ce dernier de prendre soin de ses funérailles : «donne moi des funérailles comiques...» Dans la foulée, le vieux cinéaste s'écroule, inanimé. S'il n'est pas encore mort, tout laisse à penser qu'il ne s'agit que d'une question d'heures. Yoyo, jusque là considéré comme un simple caméraman, va devoir faire face à un énorme défi : organiser les futures funérailles d'un réalisateur mondialement acclamé. Une tentative pour conquérir le marché américain ? En Chine, le duo Feng Xiaogang/Ge You est considéré comme un gage de succès pour tout film qui réunira les deux hommes. Le réalisateur et son acteur fétiche sont les références du hesui pian, les comédies familiales qui traditionnellement sortent peu avant la Fête du Printemps.Ce succès, les deux hommes le doivent à une stratégie prenant le public chinois pour seule cible. Avec «Big Shot's Funeral», on pourrait penser que le réalisateur Feng Xiaogang ait cherché à apprivoiser le public occidental, et plus précisément celui d'Amérique du nord. Il a ainsi fait appel au Canadien Donald Sutherland, qui a l'époque du film, faisait déjà figure de vétéran avec près de 30 années de carrière comme acteur. Sans pour autant être le véritable héros du long métrage, il y occupe une place centrale. Cet atout sorti de sa manche n'a cependant pas vraiment suffi à Feng Xiaogang pour convaincre les critiques et le public hors de Chine : les avis non chinois sont très partagés, certains parlant de bonne comédie, d'autres au contraire, évoquant un film avec 50 années de retard, un humour lourd et beaucoup de carences dans l'évolution de l'intrigue. Finalement, c'est en Chine que le film a reçu ses seules récompenses : meilleur acteur (Ge You), meilleur second rôle (Ying Da) et meilleur film aux Hundred Flowers Awards 2002, meilleur acteur (Ge You) et meilleurs effets spéciaux au Beijing Student Film Festival. Un divertissement grand public, pas une oeuvre d'art La qualité d'un film est comme la beauté d'une femme : cela dépend avant tout du regard qu'on lui porte. Chacun ses goûts pourrait-on dire, et il est clair qu'avec «Big Shot's Funeral», Feng Xiaogang est finalement resté dans sa logique qui consiste à s'adresser en priorité au public chinois.D'où peut être, certaines critiques assez dures envers la qualité du long métrage... Mais on peut également se demander si les différents observateurs occidentaux qui ont critiqué le film ont réellement fait l'effort de le comprendre. Car «Big Shot's Funeral» ne se veut pas une oeuvre d'art, ni un film d'auteur créé pour faire passer un message universel. Non, «Big Shot's Funeral» s'apparente plutôt à une pure comédie qui cherche avant tout à faire rire un public tout âge, tout en évoquant au passage certains aspects du monde du show business. Le doute d'un réalisateur sur la qualité de son travail, la frontière entre moralité et immoralité, et surtout le besoin de dédramatiser certaines situations sont les aspects réellement évoqués par «Big Shot's Funeral». Ceux qui y ont vu une critique du capitalisme ou de tout autre système ont peut être voulu regarder trop loin. Le film de Feng Xiaogang reste neutre -son héros chinois vend d'ailleurs des espaces publicitaires pour les funérailles de Tyler- et vise surtout l'humour. Sur ce dernier point, on ne peut qu'apprécier certaines séquences et répliques, comme lorsque le chef d'une triade pékinoise vient forcer la main à Yoyo pour obtenir un espace publicitaire pour son eau minérale «Le Ha Ha». Il s'agit là d'une publicité indirecte pour «Wahaha» (ancien partenaire de Danone en Chine), qui est présenté comme une marque copiée par Le Ha Ha. Quand Yoyo demande au parrain pourquoi il veut investir autant d'argent alors qu'il ne produit qu'une copie, ce dernier lui répond avec beaucoup de bon sens : «si vous donnez beaucoup de visibilité à la copie, un jour les gens ne reconnaîtront plus qu'elle, et elle prendra la place de l'original.» Quelques années plus tard, une telle réplique prend tout son sens si l'on repense aux déboires de Danone face à la marque chinoise Wahaha... Du côté des acteurs, si l'on excepte Rosamund Kwan qui donne parfois l'impression de surjouer quand elle parle anglais, les différents protagonistes sont à leur place. Ge You a un personnage assez semblable à ceux qu'il a interprétés dans «Be There or Be Square» (1998), ou plus récemment dans «If you are the one» : un homme apparemment peu gâté par la nature mais qui s'avère avoir énormément de bonnes idées et ressources morales. Quant à Donald Sutherland, même s'il n'a pas autant d'importance dans le film que Ge You, il a la part belle dans la peau du puriste qui voit en son jeune cameraman un grand potentiel. Une mention spéciale également à Ying Da, qui joue l'ami déjanté et opportuniste de Yoyo, ainsi qu'à Fu Biao. Ce dernier, décédé des suites d'un cancer en 2005, fait une apparition express dans le film : il s'agit d'un des moments les plus hilarants, quand il est recruté pour pleurer devant le corps de son ami Tyler (qu'il n'a jamais rencontré soit dit en passant), tout en faisant la promotion d'un médicament contre les carences en calcium.
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