| 'Wheat', le nouveau film de He Ping en avant première à Shanghai |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mercredi, 02 Décembre 2009 10:22 | |||
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Présenté durant le Festival du Film International de Shanghai 2009, le nouveau film de He Ping, «Wheat» traite avec un angle original de la célèbre époque des Royaumes Combattants.
Cela faisait six ans qu’on attendait un nouveau film de He Ping, depuis « The warriors of heaven and earth » (《天地英雄》). Ce film s’appelle « Wheat » (《麦田》)et il vient d’être présenté en ouverture du festival de cinéma de Shanghai 2009 qui s'est tenu jusqu’au 21 juin. Il semble dans l’ensemble avoir été mieux accueilli par la critique que le précédent, cumulant les atouts d’un scénario bien construit, d’images superbes et des meilleurs interprètes du moment. Un film de six millions de dollars sur fond de Royaumes combattants « Wheat » se passe durant cette période cruciale qui va mener à la victoire finale de l’Etat de Qin et à la fondation du Premier Empire. A cette époque, à partir du cinquième siècle avant Jésus-Christ, le territoire chinois était divisé entre de nombreux Etats qui se livraient des guerres incessantes pour tenter d’acquérir la suprématie sur leurs voisins (1).Au début du 3ème siècle, ils n’étaient plus que sept : outre Qin (秦) qui va réaliser l’unification en 221 avant Jésus-Christ, Chu (楚), Han (韩), Qi (齐), Wei (魏), Yan (燕) et Zhao (赵). Les historiens chinois les appellent les « sept puissances de la période des Royaumes combattants (战国七雄 Zhànguó Qīxióng). Le film de He Ping se passe dans l’Etat de Zhao. En 265 avant Jésus-Christ, le roi Zhaoxiang de Qin (秦昭襄王)envahit la province de Shangdang (上党)de l’Etat de Han, avec l'intention de l'annexer. Le roi de Han décida alors d’offrir le Shangdang à son voisin de Zhao, le roi Xiaocheng (赵孝成王), qui accepta. Cela devait le conduire à sa perte. Le roi de Qin, en effet, se retourna contre lui et l’attaqua. Les deux armées, comptant au total plus d’un million d’hommes, ce qui était énorme pour l’époque, se rencontrèrent à Changping en 262 avant Jésus-Christ. Mais la bataille, célèbre dans les annales (长平之战), tourna à la guerre de position et dura plus de trois ans. Finalement, malgré tout, Zhao fut vaincu : l’Etat perdit plus de 450 000 hommes, dont 400 000 furent pris par l’ennemi et enterrés vivants. Qin eut à peu près autant de pertes, mais sut refaire ses forces pour repartir au combat. Zhao ne récupéra jamais de cette défaite. Un film de divertissement pour gens cultivésLe film commence alors que le blé est prêt à être moissonné. La caméra balaie des champs dorés à perte de vue, jusqu’à se fixer sur les remparts de la ville de Luyi ; c’est là qu’habite dame Li, dont le mari est parti à la guerre avec les autres hommes de la ville. Il va falloir que les femmes s’occupent de la récolte.Comme l’explique le critique du magazine Variety, Derek Elley, dans un article élogieux sur le film, le scénario reste éloigné du contexte historique et du conflit en cours, pour se concentrer sur les conséquences de l’absence des hommes sur la vie des femmes dans la petite ville. C’est une histoire proche de la nature, caractère souligné par la structuration en cinq parties correspondant aux cinq éléments du système symbolique chinois : métal (ici l’or), bois, eau, feu et terre. 1) Or : la jeune dame Li se marie avec un seigneur plus âgé. Mais arrivent immédiatement les nouvelles de l’approche des troupes de Qin. Le nouvel époux réquisitionne tous les hommes, ainsi que les enfants à partir de douze ans (d’où les conséquences dramatiques de la défaite ultérieure) et part au combat. 2) Bois : la bataille de Changping est terminée ; deux soldats Qin décident de déserter pour retourner dans leur village moissonner. 3) Eau : ils se cachent dans les champs de blé pour éviter de se faire prendre par les soldats de Qin qui les poursuivent ; s’étant jetés à l’eau, ils sont portés par le courant jusqu’à la ville de Luyi où ils sont accueillis par les femmes. Réalisant qu’ils sont en territoire ennemi, ils prétendent être des soldats Zhao et tentent de gagner du temps en racontant que Zhao a été vainqueur. Mais tout le monde n’est pas convaincu… 4) Feu : des bandits ralliés à Qin arrivent en ville. Les deux déserteurs doivent réfléchir vite pour tenter de se justifier… Le film est porté par un lyrisme visuel qui est cher à He Ping ; c’est une caractéristique que l’on retrouve dans nombre de ses films antérieurs, même s’il ne les sauve pas tous. Ici la photo est superbe, que ce soit les extérieurs, avec l’or des blés murs, ou les scènes d’intérieur qui jouent sur le clair-obscur, et les effets spéciaux obtenus en filmant les corps du haut d’une grue. Elle est signée Zhao Xiaoshi (赵晓时): c’est lui qui fut le chef-op de Jiang Wen (姜文) pour « Les démons à ma porte » (《鬼子来了》 et, récemment, celui de Chen Kaige pour « Forever Enthralled » 《梅兰芳》. trailer http://www.mtime.com/movie/85798/trailer/16724.html He Ping a, de toute évidence, travaillé à rendre son film attrayant pour le plus large public possible, en Chine et ailleurs, y compris celui qui recherche un peu plus que du divertissement télévisuel. En ce sens, il rejoint les préoccupations de la majorité des réalisateurs chinois à l’heure actuelle, comme l’a bien montré le forum organisé au début du festival. Le scénario mêle drame et humour comme l’aiment les Chinois, avec des références au cinéma japonais : les deux déserteurs, par exemple, sont des rigolos bornés et lâches qui font penser aux deux paysans du film de Kurozawa « La forteresse cachée » (2). Mais c’est aussi un film qui se veut une réflexion sur l’absurdité de la guerre, et le danger des rumeurs qui se répandent comme une traînée de poudre et finissent par jouer un rôle insidieux dans la formation des opinions et les prises de décision. Pas seulement en temps de guerre. Un film qui aligne une brochette de vedettes Malgré tout, ce qui attire le public, particulièrement en Chine, ce sont les stars. La publicité met tout l’accent sur le casting, qui aligne six vedettes parmi les plus populaires en Chine aujourd’hui : Fan Bingbing (范冰冰), Huang Jue (黄觉), Wang Xueqi (王学圻), Wang Zhiwen (王志文), Wang Ji (王姬) et Jin Yaqin (金雅琴).Fan Bingbing est la starlette qui monte. Elle a fait sensation lors de la présentation du film, au festival de Shanghai, la veille de l’ouverture, le 12 juin, en y allant d’une petite larme avant d’arborer un grand sourire : succès immédiat et grands titres dans les journaux. La vidéo de la conférence de presse circule depuis sur internet, et en particulier sur le site sina.com :
http://video.sina.com.cn/ent/m/c/2009-06-13/201344266.shtml Dans le film, elle interprète le rôle principal, dame Li, dont l’époux d’une nuit est interprété par le vétéran Wang Xueqi (王学圻). Les deux déserteurs sont interprétés par Huang Jue (黄觉) et un débutant au cinéma dont on peut noter le nom tout de suite, sa carrière est lancée : Du Jiayi (杜家毅). Wang Ji (王姬), affublée malheureusement d’une perruque tout aussi ridicule que le déguisement de Jiang Wen dans « The Warriors of Heaven and Earth », campe la devineresse-shaman attitrée de dame Li. Quant à Jin Yaqin (金雅琴), c’est l’actrice qui interprétait l’adorable vieille dame acariâtre du film de Ma Liwen ((马俪文) « Toi et moi » (《我们俩》). On espère donc que le film sera bientôt distribué à l’étranger… après tout il est fait pour plaire à tous les publics. Les producteurs sont, outre le studio de Xi’an, la propre société de production de He Ping, Beijing Classic Culture, et le groupe Polybona qui en assurera aussi la distribution et s’affirme ainsi décidément comme l’un des principaux acteurs sur le marché cinématographique chinois. (1) Carte au début de la période (2) Un film de 1958 (《战国英豪》), Ours d’argent au festival de Berlin 1959, que Kurozawa avait, justement, destiné tout particulièrement au grand public : il relate avec beaucoup d'humour l’aventure épique, au 16ème siècle, de deux paysans cupides et trouillards qui accompagnent dans sa déroute un chef de clan vaincu, parti, avec son trésor et l’héritière du clan, s’installer ailleurs.
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