| 'Memory of love' : Wang Chao tombe de son piédestal |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Samedi, 05 Décembre 2009 21:52 | |||
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Après une trilogie parfaite (1), on attendait avec impatience le nouveau film de Wang Chao que le festival Paris Cinéma nous offrait en avant-première dimanche soir : « Memory of love » ou 《重来 》.Le film est sans nul doute esthétiquement réussi, mais la déception est à la mesure des espoirs frustrés.
Fiche du filmTitre international : Memory of loveTitre original : Chonglai 重来 Réalisateur : Wang Chao Réalisation : 2009, Chine Acteur principaux : Yan Bingyan, Naiwen Li, Jiao Gang, Wang Jianing, Wang Juan Genre : drame/romance 1h32 A noter
-le titre du film signifie "prendre un nouveau départ"
-Sortie prévue le 19 août 2009
Un scénario original Wang Chao s’est tourné ici vers la nouvelle classe moyenne urbaine chinoise, loin des préoccupations de « L’orphelin d’Anyang » ou de « Voiture de luxe ». Il n’est plus question de fracture sociale ou des difficultés à vivre dans les grandes villes pour les nouveau citadins frais émoulus de la campagne : les problèmes abordés ici sont ceux d’un couple ordinaire de la nouvelle élite chinoise, ce ne sont pas des problèmes d’argent, ils en ont à revendre.Ils sont tout simplement confrontés à l’usure des sentiments et à la difficulté de vivre ensemble. Ce qui est original, c’est la manière dont Wang Chao, avec son adresse de romancier hors pair, a tressé les mailles d’un scénario pourtant bâti sur le traditionnel triangle amoureux. Li Zhun (李询) est chirurgien dans une clinique ultra-moderne de Hangzhou ; sa femme, Sizhu, est décoratrice. Un jour, il la retrouve aux urgences après un accident de voiture qu’elle a eu avec son amant. Il découvre ainsi la liaison de sa femme. Or, celle-ci sort partiellement amnésique de l’accident : elle ne se souvient plus des trois dernières années de son existence, donc de son amant. Li Zhun essaie alors de rétablir sa mémoire en lui faisant revivre les trois années occultées, sans lui cacher l’existence de l’amant, un professeur de tango, mais en tentant de regagner son amour. C’est donc à la fois un film sur la trahison et sur la mémoire, et sur la difficulté de faire face à des situations de rupture brutale du cours de l’existence. Un manque total de profondeur émotionnelle On sent que Wang Chao a voulu éviter de réaliser une bluette à l’eau de rose, ce qui était évidemment l’écueil qui le guettait avec un thème pareil. La solution pour laquelle il a opté est de rester distancié de son sujet, et de demander à ses acteurs d’en faire autant. Les images elles-mêmes sont extrêmement travaillées, comme du papier glacé ; certaines scènes sont des compositions virtuoses qui valent Hitchcock, comme la séquence où Sizhu revient pour la première fois dans le studio de danse, et se retrouve dans une sorte de mausolée où son image projetée sur divers écrans est comme embaumée et magnifiée par le souvenir. Cependant, le film reste une succession de belles images que l’on regarde en se demandant quel peut bien être le message profond que le réalisateur a caché derrière. Le thème de la mémoire est évidemment un fil conducteur, et l’on songe à l’importance qu’il revêt dans la société chinoise aujourd’hui, où, justement, on a appris à vivre en état d’amnésie. Cela aurait pu être un sujet intéressant, mais le film glisse dessus, en se bornant à considérer les ravages de la perte de mémoire sur un individu dont le seul problème est dès lors de savoir si retrouver la mémoire signifiera aussi retrouver son amant. Et quand on sait que c’est un prof de tango, l’enjeu est bien mince. Le problème, c’est que les soucis des citadins modernes sont les mêmes partout, cela fait à la limite un téléfilm potable, difficilement un bon film. Wang Xiaoshuai s’était déjà attaqué au sujet il y a peu, en nous livrant lui aussi un film totalement différent de sa production habituelle : « Une famille chinoise » (《左右》). Il n’avait pas livré un chef d’œuvre, mais son film réussissait à dépasser la problématique banale du couple en la replaçant dans le contexte socio-culturel chinois d’aujourd’hui. Cela manque cruellement au film de Wang Chao qui apparaît neutre et fade à force de vouloir jouer sur l’intemporel. Même la musique est ennuyeuse, un Ravel rabâché et un Piazzola qui arrive là comme un cheveu sur la soupe alors qu’il était probablement sensé apporter chaleur latino et ambiance nostalgique. Quant aux deux principaux acteurs, il s’agit du duo qui jouait dans le premier film de Zhuang Yuxin (庄宇新)vu cet hiver au Panorama du cinéma chinois, « Teeth of love » (《爱情的牙齿》) : Li Naiwen (李乃文) et Yan Bingyan (颜丙燕). On a l’impression qu’on a oublié de leur dire qu’ils avaient changé de film, Li Naiwen est toujours aussi coincé et Yan Bingyan a du mal à exprimer autre chose que des sentiments glacés, même quand elle danse le tango. Une tentative de sortir de l’underground On comprend que Wang Chao ait eu envie de s’évader de son image de cinéaste underground et de faire un film qui puisse sortir en Chine. De là à se lancer dans un film tellement léché et neutre qu’il puisse passer la censure sans problème, il y a un pas, qu’il franchit d’ailleurs en rétablissant pour le public occidental sensé en être gourmand quelques malheureuses scènes « de lit », comme disent les Chinois, qui sont aussi langoureuses que la musique de Ravel qui va avec. Cela s’appelle communément vouloir manger à tous les râteliers. Du coup, c’est un flop de tous les côtés. Les quelques critiques chinoises sont très réservées, et les premières réactions ici, après la projection de dimanche, généralement aussi incrédules que négatives. Pourtant, l’équipe de production avait fait ses preuves : c’est celle qui a réalisé l’incroyable succès au box office qu’a été le film de Ning Hao (宁浩), sorti en 2006, « Crazy Stone » (《疯狂的石头》), une comédie très drôle, mais sans tête d’affiche, qui a fait, grâce au seul bouche à oreille, vingt millions de yuans de recettes pour un investissement initial de trois. Si le producteur Bao Shihong voulait renouveler son coup d’éclat en s’appuyant sur le nom de Wang Chao, c’est raté. Mais on est surtout désolé pour Wang Chao, et si cette critique peut paraître sévère, c’est que l’on vient brutalement de voir une idole tomber de son piédestal ; cela fait toujours mal. On voudrait surtout la voir y remonter. Qui bene amat bene castigat. (1) voir la biographie de Wang Chao
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