| 'Les Rebelles du dieu néon' : les premiers pas réussis de Tsai Ming-liang |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Dimanche, 06 Décembre 2009 15:18 | |||
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Premier long métrage du réalisateur taïwanais Tsai Ming-liang, «Les rebelles du dieu néon » fait penser au style réaliste des réalisateurs chinois de la 6e génération. C'est surtout l'oeuvre avec laquelle le cinéaste de l'archipel a défini son univers cinématographique.
Fiche du filmTitre en chinois mandarin : Qing shao nian Nezha 青少年哪吒
Titre international : Rebels of the Neon God Titre français : Les Rebelles du dieu néon Réalisateur : Tsai Ming-liang Scénariste : Tsai Ming-liang Réalisation : 1992, Taïwan Acteurs principaux : Lee Kang-sheng (Hsiao Kang), Tian Miao (le père), Chen Chao-jung (Ah Tze), Wang Yu-wen (Ah Kuei), Jen Chang-pin (Ah Bing), Lu Hsiao-ling (la mère) Genre : drame 106 minutes L'histoire : les premiers pas de Hsiao KangLe jeune Hsiao Kang, dégoûté des études, décide de ne plus revenir dans sa boîte à bachot. Un jour, alors qu’il circule avec son père dans le taxi de ce dernier, il remarque un jeune garçon à moto qui, agacé par les coups de klaxon répétés du père, casse le rétroviseur de la voiture.
Hsiao Kang le retrouve quelque temps plus tard et le suit. C'est une véritable une fascination qui va progressivement s'emparer de Hsiao Kang pour ce jeune homme, sa petite amie et tout ce qui l'entoure...
Le premier long métrage de Tsai Ming-liang Avec ce premier film, Tsai Ming-liang campe le personnage récurrent de Hsiao Kang sous les traits de Lee Kang-sheng (李康生). Ce dernier est l'acteur fétiche certes, mais pas vraiment le double de Tsai Ming-liang, comme on le dit souvent, plutôt son alter ego, et son inépuisable source d’inspiration. Il interprète dans ce premier film un jeune en rupture de ban, qui passe son temps à écumer les rues de Taipei à pied ou à vélomoteur. Il finit fasciné par un jeune voyou, Ah Tze, qui se fait de l’argent, avec une bande de copains, en truandant les cabines téléphoniques et les machines de jeux vidéo. C’est une vision du nihilisme de la jeunesse désorientée du Taipei des débuts des années 1990 et du désarroi de leurs aînés dans un pays en proie à une modernisation qui efface leurs repères traditionnels. C’est un peu l’équivalent des films chinois des débuts de la sixième génération, tourné, aussi, caméra sur l’épaule pour mieux coller à la réalité filmée. Un film qui définit l'univers de son réalisateur Si le film est intéressant, c’est surtout parce qu’il définit un style et introduit des thèmes et des acteurs que l’on retrouve dans tous les autres films du réalisateur par la suite. Tsai Ming-liang s’interroge sur l’évolution des mœurs, le conflit entre modernité et religion traditionnelle.Tout cela est symbolisée par l’adhérence de la mère aux rituels bouddhistes, et la déliquescence du noyau familial. Celui-ci est représenté par deux autres acteurs fétiches que l’on retrouve dans les films suivants du réalisateur, à partir de « La rivière » : Lu Hsiao-ling, la mère, et Miao Tien (苗天), le père. Ce dernier est d’ailleurs, indirectement, un hommage au cinéma cher à Tsai Ming-liang, celui de son enfance : né en 1925 (et mort en 2005), c’est un acteur qui a joué dans les grands wuxia pian classiques de Hong Kong, depuis 1967 et le « Dragon Gate Inn » de King Hu (胡金铨)auquel Tsai rendra hommage en 2002 avec « Good bye, Dragon Inn ». On trouve aussi dans ce film les débuts de l’obsession symbolique de l’eau qui sera omniprésente par la suite : Ah Tze et son copain sont filmés volant les pièces de monnaie d’une cabine téléphonique sous une pluie torrentielle, et plus tard, le même Ah Tze, en rentrant chez lui, trouve son appartement inondé… Cette eau omniprésente est une vision allégorique de la sexualité comme catharsis, mais ne débouchant que sur l’insatisfaction. La solitude des êtres est noyée dans ce milieu malsain qui s’infiltre partout. Une référence au conte chinois de Nezha Tsai Ming-liang met surtout en place, dans ce premier film, une approche narrative qui est à la fois exploitation et subversion des techniques habituelles de tension dramatique.Ainsi, dans une des séquences clés du film, après avoir été témoin d’un des larcins auxquels se livrent les jeunes truands qu’il suit, Hsiao Kang se retrouve, après leur fuite, enfermé la nuit dans la salle de jeu, attendant d’être découvert là au petit matin.
Mais, si la caméra le filme endormi, puis montre l’arrivée du vigile, la confrontation est éludée, et la séquence suivante suit Hsiao Kang en liberté dans la rue. Tsai crée des tensions qui ne se matérialisent jamais en violence, sauf deux fois, pour marquer la collision des deux univers : une première fois quand le jeune Ah Tze, agacé par les coups de klaxon du père de Hsiao Kang qui le suit en voiture, lui démolit son rétroviseur, et une seconde fois, bouclant la boucle, quand Hsiao Kang se venge du désintérêt que lui manifeste le jeune garçon en lui saccageant sa mobylette, inscrivant en partant sa signature : Nezha (哪吒)- d’où le titre.
Il s’agit d’une référence à un conte chinois, sans doute un souvenir d’enfance. Nezha est un enfant légendaire, impulsif et désobéissant, qui tente même de tuer son père ; celui-ci n’arrive à le mettre au pas que grâce à une pagode miniature aux pouvoirs miraculeux que lui a donnée un immortel taoïste. La mère de Hsiao Kang considère son fils comme une réincarnation du jeune garçon du conte, et Hsiao kang finit par s’assimiler à cette figure tutélaire. C’est une habile utilisation d’une vieille légende pour illustrer et mettre en abyme le décalage entre une tradition qui reste omniprésente dans les esprits et une modernité qui en détruit peu à peu les modes de vie. Bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=4MYCxaRnTfY
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