| 'Vive l'amour' : la première consécration internationale de Tsai Ming-liang |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Dimanche, 06 Décembre 2009 16:31 | |||
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Deuxième long métrage de Tsai Ming-liang, «Vive l'amour» aborde le thème de la solitude des individus en milieu urbain. Il s'agit également d'une première grande consécration pour le cinéaste taïwanais, récompensé d'un Lion d'or à la Mostra de Venise et de trois Golden Horse Awards.
Fiche du filmTitre en chinois mandarin : Aiqing wansui 愛情萬歲
Titre français : Vive l'amour Réalisateur : Tsai Ming-liang Scénariste : Tsai Ming-liang, Tsai Yi-chun et Yang Pi-ying
Réalisation : 1994, Taïwan Acteurs principaux : Lee Kang-sheng (Hsiao Kang), Chen Chao-jung (Ah-jung), Yang Kuei-mei (Mei Lin), Lu Yi-ching (une serveuse) Genre : drame 118 minutes A noter-«Vive l'amour» a été bien reçu par les critiques puisqu'il a reçu trois prix (meilleur réalisateur, meilleur film et meilleurs effets sonores) et une nomination (meilleur acteur pour Lee Kang-sheng) lors du Golden Horse Film Festival 1994. Mais c'est l'obtention des Lion d'or et Prix FIPRESCI lors de la Mostra de Venise 1994 qui restent les plus prestigieuses distinctions obtenues par le long métrage.
La solitude des êtres dans les villes modernes Ce deuxième long métrage de Tsai Ming-liang développe un thème qui va devenir central dans les films suivants : la solitude des êtres dans les villes modernes. Le réalisateur la souligne par un rythme lent, des séquences très longues et des dialogues sans consistance, les personnages, comme assourdis par le brouhaha de la foule et les bruits de machines, semblant avoir perdu toute aptitude à parler, ou même toute volonté de le faire. On retrouve Hsiao Kang qui travaille ici pour les pompes funèbres et vend des niches de colombarium. Ah Jung, lui, est un petit vendeur à la sauvette de vêtements de femmes, qu’il tente de vendre la nuit, dans une rue en face d’un grand magasin. Une nuit d’hiver, ils s’introduisent dans un appartement vide que tente en vain de louer une employée d’une agence immobilière du nom de May Lin, interprétée par une autre actrice que l’on retrouvera dans des films ultérieurs de Tsai, Yang Kui-mei 杨贵媚. Ce sont trois personnages solitaires et quasiment muets, dont la caméra traque les gestes simples, souvent ambigus, traduisant une sorte de langueur, faite de répétitions monotones, qui contraste avec les émotions houleuses mais contenues que la caméra nous laisse deviner. Des scènes muettes pour exprimer les émotions des personnages Ainsi, dans l’une des dernières scènes (dont on trouvera des échos dans d’autres films, en particulier dans « I don’t want to sleep alone »), Hsiao Kang se glisse dans le lit de Ah Jung endormi ; la caméra s’attarde longuement sur les deux corps côte à côte, captant le lent mouvement de Hsiao Kang qui se rapproche peu à peu de l’autre, son visage traduisant un flot d’émotions contradictoires, et finit par embrasser délicatement l’endormi, sans l’éveiller. Le film se termine par une autre scène muette, mais tout aussi expressive. May Lin marche vivement dans un parc, après avoir passé une de ces nuits avec Ah Jung qui la laissent frustrée et lui font ressentir encore plus sa solitude. Elle s’assoit et se met à pleurer. Tsai fixe sa caméra devant elle et l’observe sans plus bouger, c’est une de ses techniques favorites. La séquence dure plus de cinq minutes, c’est très long, mais c’est une scène d’anthologie : l’actrice pleure, arrête un instant, recommence à sangloter, apparemment sans arriver à trouver le moyen de se consoler. On a l’impression que cela pourrait durer éternellement : une douleur sans fin, inexprimable et sans issue… Ce torrent de larmes est à l’image même des personnages de Tsai Ming-liang , perdus, comme enterrés, dans des sortes de villes fantômes régulièrement englouties sous des eaux plus ou moins mystérieuses, et où l’existence est une survie douloureuse. C’est bien l’atmosphère déliquescente des deux films suivants du cinéaste taïwanais.
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