| 'La Rivière' : l'eau pour symboliser une souffrance intenable |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Dimanche, 06 Décembre 2009 18:08 | |||
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Prix du Jury au Festival de Berlin 1997, est la troisième oeuvre du réalisateur Tsai Ming-liang. Usage symbolique de l'eau et scénario porté sur les souffrances de la société moderne sont les deux bases de ce film globalement bien reçu par la critique.
Fiche du filmTitre en chinois mandarin : He Liu 河流
Titre international : The River Titre français : La Rivière Réalisateur : Tsai Ming-liang Scénariste : Tsai Ming-liang, Tsai Yi-chun et Yang Pi-ying Réalisation : 1997, Taïwan Acteurs principaux : Lee Kang-sheng (Hsiao Kang), Miao Tien (le père), Chen Chao-jung (l'homme anonyme), Chen Shiang-chyi (la fille), Yang Kuei-mei (la fille de l'hôtel), Lu Yi-ching (la mère), Lu Shiao-lin (l'amant), Ann Hui (la réalisatrice) Genre : drame 115 minutes A noter-nominé pour l'Ours d'Or au Festival de Berlin 1997, «La Rivière» est reparti avec le Prix du Jury, comme ce fut le cas dans deux autres festivals internationaux la même année : Chicago et Singapour.
-le film a reçu trois nominations aux Golden Horse de Taïwan (meilleur film, meilleur acteur et meilleur second rôle féminin) mais a finalement fini sans récompense. La détresse morale dans une famille à TaïwanHsiao Kang rencontre une amie qui travaille sur le tournage d’un film et l’emmène avec elle. La réalisatrice, petit clin d’œil et bref hommage au cinéma de Hong Kong, est Ann Hui (许鞍华) en personne. Elle tourne une séquence où l’on voit un cadavre flotter sur des eaux boueuses ; mais elle n’est pas satisfaite du tournage avec un mannequin, et Hsiao Kang se laisse convaincre de se jeter à l’eau pour simuler le mort.Il est parfait dans le rôle, mais, victime de la pollution, il est frappé dans les jours qui suivent d’une mystérieuse douleur dans la nuque qui devient vite insupportable. Cette douleur semble être la traduction physique d’une détresse morale qui l’affecte comme tout son entourage. La famille est encore plus disloquée que dans « Les rebelles du dieu néon », les parents ( interprétés par les mêmes acteurs Miao Tien et Lu Hsiao-ling) sont devenus des étrangers qui ne s’adressent plus la parole, la mère a une liaison avec un type qui vend des vidéos porno, le père fréquente les bars gays, il y a comme un relent d’inceste dans l’air, et l’eau s’insinue partout, symbole d’une sexualité aussi pourrie que les flots immondes de la rivière, et véhicule du malaise général. Une souffrance insupportable Le film débute par une séquence, typique du style de Tsai Ming-liang, qui résume à elle seule tout le film qui suit. La caméra, statique, filme un escalator, vide ; après quelques secondes de silence meublé par le seul bruit sourd et monotone de l’escalator, une jeune femme commence à descendre du côté gauche pendant qu’un jeune homme monte du côté droit. Au moment où ils se croisent, leurs regards indiquent qu’ils se reconnaissent et, sans avoir pu échanger un mot, ils se tournent l’un vers l’autre alors que l’escalator continue à les entraîner dans des directions opposées. La jeune femme, cependant, après avoir atteint le bas de l’escalator, se retourne vivement pour remonter dans l’autre sens et rejoindre son ami qui l’attend en haut. Il y a là l’espoir d’une rencontre, un moment de grâce dans un paysage par ailleurs dévasté, rongé par l’eau, les amours anonymes, les maladies mystérieuses et la solitude sans appel. Mais le reste du film semble nier cette brève lueur initiale, et la détresse des personnages est d’autant plus flagrante qu’elle n’est pas allégorique, elle est physique, palpable, pesante, réelle. Avec ses séquences longues et lentes, Tsai Ming-liang rend cette souffrance absurde insupportable pour le spectateur aussi bien que pour ses personnages.
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