Accueil cinéma Films 'The Hole' : mélange des genres et petite note d'espoir
'The Hole' : mélange des genres et petite note d'espoir PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Lundi, 07 Décembre 2009 11:44

L'affiche du film pour le Festival de Cannes

A la frontière entre drame, comédie musicale et science-fiction, «The Hole» représente un passage plus léger et humoristique dans la carrière du réalisateur Tsai Ming-liang. Le long métrage fut nominé pour la Palme d'Or à Cannes en 1998...

Fiche du film

Titre en chinois mandarin : Dong 洞

Titre international : The Hole

Réalisateur : Tsai Ming-liang

Scénaristes : Tsai Ming-liang et Yang Pi-ying

Réalisation : 1998, Taïwan

Acteurs principaux : Lee Kang-sheng (l'homme), Yang Kuei-mei (la femme), Miao Tien (le client), Lin Hui-chin (le voisin)

Genre : drame/musical/science-fiction

95 minutes

A noter

-le film était en compétition pour la Palme d'Or au Festival de Cannes 1998 et remporta le prix FIPRESCI

-«The Hole» a reçu un très bon accueil au Festival International du Film de Singapour : prix du meilleur film asiatique et du meilleur réalisateur pour Tsai Ming-liang, prix de la meilleure actrice pour Yang Kuei-mei.

Taipei en quarantaine

Lee Kang-shengOn retrouve Lee Kang-sheng cette fois avec Yang Kuei-mei, l’actrice de « Vive l’amour ». Le scénario se situe à la fin de 1999 ; une épidémie mystérieuse, millénariste, préfigurant le SARS, a amené le gouvernement à mettre des quartiers entiers de Taipei en quarantaine.

Les habitants vivent en reclus dans une ville fantomatique noyée sous des trombes d’eau. Lee vit dans un appartement situé au-dessus de celui de Yang. Un plombier appelé à cause d’une fuite laisse dans le plancher de l’un et le plafond de l’autre un trou évidemment chargé de symbole qui, en s’agrandissant peu à peu, devient l’obsession des deux personnages, qui s’observent sans sembler pouvoir communiquer.

Tsai Ming-liang dans un style plus léger et humoristique

Yang Kuei-meiTsai a expliqué que, pour la première fois, il était parti d’un scénario totalement écrit, mais que, lorsqu’il avait trouvé l’immeuble du tournage, le lieu lui-même a dicté sa propre histoire et a pratiquement imposé le style.

Comme dans les films précédents, «  The Hole » procède par succession de plans séquences comme autant de morceaux de puzzles à assembler. En même temps, malgré la reprise de ses thèmes de prédilection, le réalisateur a évolué ici vers un style différent, plus léger, plus humoristique. L’action étant limitée à un lieu unique en soi déprimant, il fallait rompre l’étouffement qui s’en dégageait.

La bande son n’est plus seulement peuplée des bruits urbains, elle intègre de somptueux numéros musicaux qui renvoient aux grandes stars du cinéma musical de Hong Kong des années 60, Lin Dai et Grace Chang.

Ils pourraient sembler incongrus par leur kitsch désuet  s’ils n’étaient porteurs d’une signification profonde : porteurs d’une indicible nostalgie, ils aident à lutter contre le sentiment d’oppression  que dégage l’environnement, mais deviennent surtout un mode d’expression.

Les scènes parodiques de comédie musicale, qui annoncent « La saveur de la pastèque », véhiculent en fait des sentiments inexprimés, comme s’il fallait retourner à cette musique du passé pour retrouver la possibilité d’exprimer une affectivité niée par la vie urbaine moderne (voir la troisième séquence musicale : “我要你的爱”, je veux que tu m’aimes…).

Exemples :
http://www.youtube.com/watch?v=srsUKff3kMw
http://www.youtube.com/watch?v=mfI5CgdJQ-A&feature=related

Une note d'espoir ambiguë en guise de conclusion

Une conclusion positive ?Le film se termine cependant par une note d’espoir, même si elle reste ambiguë, comme toujours chez Tsai Ming-liang qui voulait que le spectateur lui-même participe à la création.

Dans l’avant-dernière (très) longue séquence, Lee, tout à fait en haut de l’image, se penche et passe le bras à travers le trou ; en-dessous, Yang remarque la main qui se tend vers elle, finit par l’attraper et se fait hisser, vers ce qu’on peut penser être une existence désormais commune.

L’affiche chinoise, superbe, traduit exactement l’atmosphère complexe du film sans doute le plus original, jusque là, de Tsai Ming-liang, entre déliquescence urbaine, nostalgie, voyeurisme, et humour.

L'affiche chinoise
 
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