| 'Goodbye, Dragon Inn' : un hommage au cinéma d'antan... |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 08 Décembre 2009 11:39 | |||
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Lors de son tournage précédent, Tsai Ming-liang avait découvert à Taipei un vieux cinéma décrépit, construit au début des années cinquante, et sur le point de fermer : il en a fait en 2002 le personnage principal de son nouveau film « Good bye, Dragon Inn » . L’adieu est double, mais pas total parce que les images perdurent, dans les esprits.
Fiche du filmTitre en chinois mandarin : Bu San 不散
Titre international : Goodbye, Dragon Inn Réalisateur : Tsai Ming-liang Scénariste : Tsai Ming-liang Réalisation : 2003, Taïwan Acteurs principaux : Lee Kang-sheng (le projectionniste), Miao Tien (Miao Tien), Chen Chao-jung (Chen Chao-jung), Chen Shiang-chyi (l'ouvreuse), Yang Kuei-mei (la spectatrice mangeant des graines), Chun Shih (Chun Shih), Kiyonobu Mitamura (le Japonais) Genre : drame 82 minutes A noter-le film ne comporte quasiment aucun dialogue, mis à part ceux du film projeté dans dans la salle de cinéma.
-nominé pour le Lion d'Or à Venise, le film de Tsai Ming-liang est reparti avec le prix FIPRESCI de la critique. Aux Golden Horse Festival, il a été récompensé pour la meilleure édition et a été nommé meilleur film taiwanais de l'année. Adieu d’abord à la vieille salle de cinéma Les premières séquences s’attardent longuement sur l’entrée du vieux cinéma, avec son enseigne bancale aux caractères de guingois - 福和大影院 – et ses machines à sous devant la caisse. Evidemment, il tombe des trombes d’eau, on est chez Tsai Ming-liang, et le vieux cinéma, malgré son air miteux, offre un abri providentiel. Une fois à l’intérieur, on est comme dans un autre monde, une sorte de caverne matricielle, faite, outre la salle elle-même, de dédales de couloirs interminables où les pas résonnent à l’infini.Si le cinéma est décrépit, la caissière (interprétée par Chen Shiang-Chyi) est infirme, affligée d’un pied bot qui la fait terriblement boiter : on a l’impression que chaque pas est une souffrance. En tout cas, il impose une marche au ralenti que la caméra suit, interminablement. C’est comme le parallèle de la lente agonie du cinéma. Pour ce dernier soir avant la fermeture définitive, elle voudrait partager avec le projectionniste un drôle de petit gâteau en forme de cœur qu’elle a fait cuire. Mais celui-ci (interprété par Lee Kang-sheng) n’est pas là quand elle vient le lui apporter, il est sorti fumer une de ses sempiternelles cigarettes dans un des couloirs déserts, il est finalement aussi fantomatique que le bâtiment lui-même. La caissière n’arrivera pas à le rencontrer. Les spectateurs se comptent sur les doigts de la main. Parmi eux un Japonais loufoque semble chercher un partenaire dans le noir, et change constamment de place pour ne pas être gêné par ses voisins, en particulier une femme (interprétée par Yang Kuei-mei) qui a étalé ses jambes sur le fauteuil devant elle et grignote des graines qui craquent sous la dent : cela fait un bruit sec que Tsai magnifie à plaisir comme s’il accompagnait la bande-son du film projeté. Surtout, Tsai a convoqué les acteurs du film projeté : son comédien fétiche Miao Tien et Chun Shih, en larmes, que le Japonais dévisage avec stupéfaction. Les yeux fixés sur l’écran, ils semblent tous deux plongés dans leurs souvenirs. La caméra reste fixée bien plus sur les visages que sur l’écran, en de longs plans séquences accompagnés de la bande son du film projeté, quand elle ne se ballade pas dans les couloirs déserts en suivant l’un des personnages dans ses errances. Car le cinéma semble hanté, comme le dit le Japonais : c’est la première des phrases prononcées dans ce film par ailleurs quasiment muet, au bout de près de trois quarts d’heures. Il dit : habité par les esprits, exactement, et son 鬼 guǐ (esprit) n’en finit pas de résonner, de flotter dans l’air… Adieu aux grands classiques du cinéma de Taiwan Le film projeté pour cette ultime séance, et qui semble se refléter sur les visages, est le grand classique de King Hu (胡金铨), sorti en 1967, « Dragon Gate Inn » (《龙门客栈》 Lóngmén kèzhàn). C’est une des références du wuxia pian, le film d’épée historique (1). Mais ce choix n’est pas anodin.Le film fait suite au grand succès de King Hu à Hong Kong : « L’hirondelle d’or » (大醉俠 dà zùi xiā) qui a renouvelé les règles du genre et fait découvrir la grande actrice Cheng Pei-pei ; mais malgré ce succès, King Hu dut quitter Hong Kong et la Shaw Brothers, qui était exaspérée par son perfectionnisme et son esthétique de la lenteur : il partit tourner à Taiwan. « Good bye, Dragon Inn » est donc, plus qu’un hommage nostalgique à la grande époque révolue du cinéma de Hong Kong, un retour sur le cinéma qui a bercé l’enfance de Tsai Ming-liang, et un hommage au cinéma taiwanais qui a précédé le sien. S’il s’attache tant à filmer les gens dans la salle, c’est que ce cinéma, pour lui, faisait partie de la vie : on ne peut oublier cette superbe séquence où les images du film de King Hu se reflètent matériellement sur le visage de la jeune caissière, et dans ses yeux fascinés, comme si elle avait réellement intégré l’écran. Quant aux acteurs, devenus aujourd’hui des ombres du passé, ils étaient bien plus que des idoles désincarnées. « Good bye, Dragon Inn » est un chef d’œuvre de lenteur qui impose son rythme. Si « Cinema Paradisio » était le témoignage d’une passion de jeunesse, si « La rose pourpre du Caire » illustrait concrètement la magie exercée par le cinéma, « Good bye, Dragon Inn » est une œuvre de maturité, une œuvre de réflexion onirique sur un monde non point disparu, mais préservé dans la mémoire. Après une dernière image montrant la caissière s’éloignant en boitillant, toujours sous la pluie, du cinéma désormais fermé, la chanson qui accompagne le générique final reste longtemps gravée dans la tête, comme les images du film lui-même ; c’est d’ailleurs le sens du titre chinois,《不散》 búsàn .. les ombres ne se dispersent pas et continuent de planer… Il suffit juste d’entretenir un peu le souvenir. Chanson finale (dernière séquence et générique) http://www.youtube.com/watch?v=Cym07_WESOA&feature=related A noter : on trouve le film en entier sur internet : http://v.youku.com/v_show/id_XMTM1NDg1NzY=.html (1) Le fond est aussi classique que la forme : le pouvoir étant tombé aux mains des eunuques, un ministre qui s’était opposé à eux, accusé de trahison, est mis à mort et ses enfants sont condamnés à l'exil, dans un lointain poste frontalier. De valeureux combattants les accompagnent pour assurer leur protection, sachant que le maître des eunuques a envoyé des assassins pour les tuer avant qu’ils n’atteignent le but de leur voyage. Tout le monde se retrouve, près de la frontière, à l’auberge de la Porte du Dragon… C’est un film tellement emblématique que Tsui Hark en fera un remake en 1992.
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