Accueil cinéma Films 'Le facteur de Shangri-la' : un petit bijou de justesse et de sensibilité
'Le facteur de Shangri-la' : un petit bijou de justesse et de sensibilité PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Samedi, 12 Décembre 2009 10:31

Le facteur de Shangri-la de Yu Zhong

Présentation du film « Le facteur de Shangri-la», de Yu Zhong l'un des meilleurs longs métrages présentés au Festival du cinéma chinois de Paris 2009.

Fiche du film

Titre en chinois mandarin :  香巴拉信使 Xiangbala xinshi

Titre français : Le facteur de Shangri-la

Réalisateurs : Yu Zhong

Réalisation : 2007, Chine

Acteurs principaux : Qiu Lin, Ermayina, Wang Jianhong, Zhaxi Bianchu

Genre : drame

93 minutes

A savoir

Couronné en Chine d’un Coq d’or de la meilleure musique (bien mérité) et d’un Huabiao award du meilleur film, remarqué au festival de Montréal en 2007 (1), et depuis lors dans tous les festivals où il est passé,  « Le facteur de Shangri-la » (pour une fois traduction exacte du titre chinois《香巴拉信使》)nous arrivait nimbé d’une aura médiatique qui fait toujours craindre de sortir déçu. Mais c’est un film qui mérite sa réputation et vaut le déplacement, surtout quand on sait combien il est difficile d’en obtenir une copie.

Une histoire vraie

Une histoire vraieLe scénario part d’une histoire vraie, celle d’un facteur qui, dans le sud-ouest du Sichuan, dans le district de Muli (木里县), a passé vingt et une années de sa vie à parcourir à pied les sentiers de cette région montagneuse pour aller porter courrier et paquets dans les villages reculés et isolés dont il était le seul lien avec l’extérieur. Dans le film, il s’appelle Wang Dahe (王大河).

Le film le suit dans l’une de ses tournées, avec son unique compagnon, son vieux cheval, Jing Long (金龙, dragon d’or). C’est une tournée qui s’annonce particulièrement difficile, parce qu’on lui a demandé de repartir alors qu’il vient juste de rentrer de la précédente, pour remplacer un collègue malade.

Il est fatigué, son cheval est malade, mais il n’aura droit qu’à une nuit de repos car, parmi les trois lettres qu’il doit emporter, la troisième est urgente et d’une importance cruciale : elle avise un étudiant du nom de Wang Yusheng qu’il a été admis au concours d’entrée à l’université ; il faut non seulement lui remettre la lettre, mais aussi le ramener.

Mais il faut d’abord le trouver, ce Wang Yusheng (王雨生). Au village indiqué sur l’enveloppe, personne ne le connaît, le nom ne figure même pas sur le registre des habitants. Wang Dahe est renvoyé d’une piste à une autre, jusqu’à ce qu’il découvre que le Yusheng en question s’appelle en fait Xiangqiu (翔秋) et que c’est une fille. Qui plus est, elle est partie dans un village éloigné, à une journée de marche, pour se marier !

Et voilà Wang Dahe reparti dans la montagne, sous des trombes d’eau, par des chemins glissants, rendus dangereux par la pluie, pour porter la bonne nouvelle à la jeune fille. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde, et certainement pas pour la famille du fiancé.

Il faudra que Wang Dahe, après moultes péripéties, se porte caution du retour au village de la jeune fille à la fin de ses quatre années d’études pour que la famille la laisse partir. Le chemin du retour est jalonné d’incidents, Wang Dahe finit à l’hôpital, mais Yusheng part étudier en ville. Wang Dahe a gagné son pari.

Un film subtile et authentique

Wang Dahe, le héros du filmEvidemment, on se dit que le scénario a condensé dans cette tournée mémorable des incidents qui ont dû arriver, sans doute, au personnage véritable, mais échelonnés dans le temps. Pourtant, rien ne semble forcé, aucun effet n’est appuyé, même les allusions à la politique gouvernementale (politique de santé ou politique environnementale) restent factuelles.

Le film est un hommage ému et émouvant à ce qui aurait été en d’autres temps un héros socialiste statufié. Wang Dahe, lui, est un petit frère du juge Feng ; c’est un personnage vivant, réel, dont la ferveur avec laquelle il remplit sa mission a quelque choses de touchant, par la simplicité béate avec laquelle il admire la réussite de l’étudiante, et met tout en œuvre pour qu’elle puisse continuer des études considérées comme le sceau de la réussite sociale, et la promesse d’une vie plus facile.

Le film pose comme en passant, sans discours dogmatique superflu, des questions profondes sur l’évolution de la société chinoise, l’importance des valeurs traditionnelles de solidarité et d’entraide, des valeurs éducatives et culturelles aussi, en particulier dans un contexte régional où coexistent diverses minorités nationales dont les cultures traditionnelles sont aujourd’hui menacées par le développement économique et le désenclavement des villages.

Un excellent Qiu Lin

Qiu LinIl faut saluer la prestation de l’acteur principal, Qiu Lin (邱林), surtout connu en Chine comme acteur de films télévisés, mais qui a acquis une certaine notoriété internationale depuis son rôle dans le film de Zhang Yimou sorti en 2005 « « Riding for thousand miles alone » (《千里走单骑》). Il est d’une telle justesse, il irradie une telle bonté naturelle qu’il donne une grande humanité au personnage.

Quant au réalisateur, Yu Zhong (俞钟), c’est une découverte. Passé par le centre d’art dramatique de Pékin dont il est sorti diplômé en 1989, il est ensuite entré, en 1994, à l’institut du cinéma de Pékin, section réalisation, en qualité de doctorant. Son premier film date de 1997, et c’est une série télévisée, dont il a depuis produit plusieurs autres. C’est un film de 2001 qui l’a fait connaître en Chine : 《我的兄弟姐妹》 (« Roots and branches ») . Il a récemment tourné un film pour Walt Disney Pictures : « Trail of the panda » (《熊猫回家路》 ) qui révèle un autre aspect de son talent (2). On attend son prochain film avec impatience.

Notes

(1) non primé, contrairement à ce qu’on trouve souvent indiqué.
(2) 《熊猫回家路》 « Trail of the panda » (Walt Disney pictures)
Bande annonce Disney http://www.youtube.com/watch?v=05j_1UaI0r4
 
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