| 'Le parfum du riz' : un film qui laisse planer une note triste |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Samedi, 12 Décembre 2009 20:14 | |||
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Première œuvre de deux réalisateurs inconnus, « Le parfum du riz » (《米香》) nous transporte dans une petite ville minière du nord de la Chine, au bord du fleuve Jaune, aux antipodes de la nature exubérante des films, en vogue en ce moment, que nous a présentés le festival jusqu’ici, tournés dans les paysages idylliques du Yunnan, du Tibet, et même du sud du Zhejiang. Nous sommes ici dans un pays rude, où la vie semble un purgatoire. La fiche du filmTitre en chinois mandarin : Mi Xiang 米香
Une histoire qui rappelle Victor Hugo
Renonçant à un début d’idylle avec un jeune mineur sympathique et beau garçon, elle jette froidement son dévolu sur un personnage plus âgé qu’elle, laid et bossu, dans l’espoir qu’il périra dans un accident à la mine et qu’elle pourra alors toucher l’indemnité due aux veuves dans ces cas-là.
Le bossu en question, Wang Tuozi (王坨子), sorte de Quasimodo chinois moderne, se révèle cependant un cœur en or, et un père plein de tendresse pour le petit garçon, si bien que, malgré les difficultés initiales de la vie commune, Mixiang finit par s’attacher à lui et à trouver une sorte de sérénité sinon de bonheur à ses côtés.
Le sort en décidera autrement. Mixiang touchera finalement sa prime, mais repartira seule avec son enfant, comme si la fatalité voulait qu’il soit impossible d’avoir à la fois et l’argent et le bonheur. On pense à Jacques Brel : faut vous dire, monsieur, que chez ces gens-là, monsieur, on ne vit pas….
Le scénario, adapté d’une nouvelle de la romancière Fu Aimao (傅爱毛) par une autre romancière, Gu Xiaoni (谷小妮), réserve suffisamment de surprises pour que l’intérêt ne faiblisse pas ; il offre surtout une analyse en profondeur de personnages complexes dont il fait peu à peu découvrir la beauté intérieure. C’est une contre démonstration de l’opinion générale et banale que l’argent mène le monde, surtout en Chine en ce moment. Un film porté par ses interprètesEvidemment, il y a Tao Hong (陶红). On ne risque pas l’ignorer, les critiques ne cessent de l’encenser, et toute la publicité est centrée sur elle. Non seulement, en effet, elle interprète le rôle principal, et elle le fait magistralement, mais en plus elle a co-produit le film, fondant pour cela une petite unité de production. Cela faisait plusieurs années qu’elle n’avait pas tourné, sa dernière prestation remontant à 2002, dans le film adapté de la nouvelle de Chi Li (池莉) « Life Show » (《生活秀》)de Huo Jianqi (霍建起) ; son rôle dans ce film lui avait valu d’être couronnée trois fois : d’un Coq d’or, d’un huabiao award et du prix de la meilleure actrice au festival de Shanghai. Sa notoriété était assurée, mais on ne lui avait pas depuis lors offert de scénario intéressant, d’où son intérêt pour celui-ci.
Il y a donc Tao Hong, mais il y a aussi Sun Liang (孙亮)qui interprète avec une grande finesse le mineur bossu. C’est un rôle de composition, difficile et ingrat, qui s’apparente presque à un rôle de chou à l’opéra. Sun Liang est un acteur discret dont on espère qu’il retirera quelque notoriété de ce film, bien qu’il soit relégué dans l’ombre de sa consœur. Un coup de chapeau aux deux réalisateurs et à leur équipePour un coup d’essai, ce film est un coup de maître, qui tendrait à prouver qu’il est quelquefois bon de savoir attendre son heure. En l’occurrence, Bai Haibin et Wang Hongfei attendaient un bon scénario pour se lancer.
Wang Hongfei (王洪飞) est un acteur de formation (passé par le centre national d’art dramatique), qui a exercé à peu près tous les métiers du cinéma, du montage à la direction artistique en passant par l’écriture de scénarios.
Quant à Bai Haibin (白海滨), il est diplômé à la fois du centre national d’art dramatique et de l’institut du cinéma de Pékin. C’est lui qui a acheté les droits du roman de Fu Aimao, 《嫁死》, avec ses fonds personnels, puis a travaillé trois ans sur le scénario et la préparation du film. Il a choisi une bonne partie de l’équipe, dont le directeur de la photo, Lin Liangzhong (林良忠), auquel on doit de superbes images de ce décor austère, un fleuve Jaune roulant des flots boueux ou les habitations à flanc de rocher typiques de la région (Shanxi/Shaanxi), qui jamais ne donnent dans le pittoresque (1).
Le film, qui a bénéficié d’une aide du Fonds sud cinéma du CNC pour la post-production et le sous-titrage, vient d’être remarqué au festival des films du monde de Montréal, dont le prix du jury est cependant allé au film concurrent de Wang Quan’an « La tisseuse ». Nul doute néanmoins qu’il ait très bel avenir devant lui. Notes(1) Lin Liangzhong a été directeur de la photo, entre autres, pour « Garçon d’honneur » 《喜宴》et « Salé sucré » 《饮食男女》de Ang Lee (1993 et 1994)), et pour le superbe « Blind mountain » (《盲山》), deuxième volet de la trilogie de Li Yang (李扬) qui a la même qualité de photo que 《米香》.
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