Accueil cinéma Films 'Kekexili, la patrouille sauvage' : la conscience écologique dernier rempart contre le braconnage
'Kekexili, la patrouille sauvage' : la conscience écologique dernier rempart contre le braconnage PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Mardi, 20 Avril 2010 18:36

'Kekexili, la patrouille sauvage' : la conscience écologique dernier rempart contre le braconnage

Présenté parfois comme un western sauce chinoise, "Kekexili, la patrouille sauvage" est un film militant. A travers de somptueuses images du plateau tibétain, le réalisateur Lu Chuan nous narre l'histoire de quelques hommes courageux qui ont choisi de donner leur vie pour protéger la nature qui leur est chère.

Fiche du film

Titre en chinois mandarin : Kěkěxīlǐ (可可西里)

Titre international : Kekexili: Mountain Patrol

Titre en français : Kekexili, la patrouille sauvage

Réalisateur : Lu Chuan

Scénariste : Lu Chuan

Réalisation : 2004, Chine

Acteurs principaux : Duo Bujie (Ri Tai), Lei Zhang (Ga Yu), Liang Qi (Liu Dong), Zhao Xueying (Leng Xue)

Genre : action/aventure/documentaire/drame

90 minutes

A noter

-l'acteur principal est membre de la nationalité tibétaine et s'appelle Tobgyal. Son nom en chinois mandarin est retranscrit Duo Bujie.

-Kekexili, la patrouille sauvage a été réalisé avec 10 millions de yuans de budget.

-la région de Kekexili est une grande réserve d'espèces animales dont l'antilope n'est qu'un exemple.

-à l'origine, le film devait durer 2h40, mais le réalisateur a coupé certaines des scènes les plus dures pour rendre son travail accessible au grand public.

Un journaliste pékinois dernier espoir des antilopes du Tibet

Une lutte pour la survie de l'antilope du TibetGa Yu, un jeune journaliste pékinois, se rend à Kekexili, dans la région du Tibet, pour faire un reportage sur une patrouille bénévole dont l'objectif est de protéger les antilopes locales. Celles-ci sont menacées d'extinction en raison des braconniers, attirés par leur peau.

Prenant part à une mission du groupe dirigé par Ri Tai, le reporter se rend compte de l'ardeur de la tâche : les patrouilleurs disposent de peu de moyens, contrairement aux braconniers, et doivent également braver la rudesse de l'environnement local, avec ses sables mouvants et ses tempêtes de neige.

Le reportage de Ga Yu est la dernière chance pour Ri Tai et ses hommes de gagner la bataille : en parlant du combat qui se joue à Kekexili, le jeune journaliste pourrait inciter le gouvernement à faire de la zone une réserve naturelle, et ainsi sauver la faune locale...

Un tournage difficile, un résultat réaliste

L'immensité de Kekexili, magnifique et impitoyableFilm inspiré par le documentaire "Balance" de Peng Hui, "Kekexili, la patrouille sauvage" est une oeuvre extrêmement réaliste, presque tournée comme un reportage.

Filmé dans la zone du même nom, ce qui renforce sa crédibilité, le long métrage se base sur une majorité d'acteurs tibétains amateurs, et avec certaines scènes très dures, se veut montrer les réalités de la vie sur place, et la lutte menée par "certains chinois lambda pour un meilleur futur dans ce coin de la Chine" selon les propres termes du réalisateur.

La réalisation du film a été des plus compliquées, Lu Chuan ayant admis à certains médias avoir souvent pensé qu'il n'arriverait jamais à boucler son projet. Chaque jour, des membres de l'équipe dont le cinéaste lui-même tombaient malades ou de fatigue, ralentissant continuellement le tournage. Celui-ci fut d'ailleurs marqué par le décès dans un accident de voiture d'Alex Graf, de Columbia Pictures, à l'âge de 32 ans.

Le résultat final, Lu Chuan a voulu en faire plus qu'un simple appel à la protection des antilopes tibétaines, mais aussi un témoignage de la fragilité de la vie dans des régions aussi austères que Kekexili. C'est aussi par ce souci de réalisme que le film se termine sur une note a priori négative : les braconniers l'emportent, les généreux bénévoles n'ont pu faire le poids, comme pour montrer que les bonnes intentions ne suffisent pas...

Néanmoins, et cela explique probablement que le long métrage n'ait souffert d'aucune censure, la conclusion de "Kekexili, la patrouille sauvage" se veut plus optimiste en expliquant que le témoignage du journaliste a été suivi d'actes des autorités centrales : les braconniers sont bannis, et la population d'antilopes s'accroît à nouveau. On dit merci au gouvernement chinois...

Lu Chuan impose un nouveau style

Ri Tai, sa fille, et le journaliste Ga YuAvec "Kekexili, la patrouille sauvage", le jeune réalisateur Lu Chuan a vu sa réputation dans le monde du 7e art monter en flèche. Servi par la magnifique photographie de Cao Yu, qui exprime parfaitement par l'image la beauté et la grandeur de l'environnement tibétain, le film saisit le spectateur de la première à la dernière minute.

Lu Chuan a aussi visé très juste en jouant la carte du réalisme total. Au-delà de son intérêt purement artistique, le film porte un vrai message pédagogique sur la protection des antilopes en particulier, et de la nature en général : sans soutien politique et financier, les quelques personnes bien intentionnées ne peuvent mener à bien une cause juste.

Le jeune cinéaste avait d'ailleurs prévu de terminer son film par une grande fusillade menant à la victoire de la patrouille, mais il avait finalement estimé que ce n'était pas "précis" et en accord avec la réalité : "je veux dire la vérité au public. Je veux montrer combien la vérité est brutale et sanglante, montrer ce qu'il s'est réellement passé là-bas."

Les héros de l'oeuvre de Lu Chuan ne sont donc pas des surhommes ni des saints, les braconniers pas des monstres (la plupart sont d'anciens fermiers sans autres ressources)... Comme pour montrer qu'entre l'appât du gain et la conscience morale, la distance est particulièrement courte.

C'est finalement ce qui fait toute la force de "Kekexili, la patrouille sauvage", extrêmement performant au box-office l'année de sa sortie, et extrêmement bien accueilli par la critique chinoise et internationale : meilleur film et meilleur photographie aux Golden Horse Awards de Taïwan, meilleur film aux Coqs d'or (Chine continentale), meilleur film et meilleur réalisateur aux Huabiao Awards, meilleur film asiatique (Chine) aux Hongkong Film Awards, prix Don Quichotte au Festival de Berlin ou encore Prix spécial du Jury au Festival International de Tokyo.

L'arrivée de Ga Yu, un nouvel espoir

Ri Tai, symbole d'un groupe solidaire et désinteressé

Une autre affiche du film

 
Bookmark and Share
Accueil cinéma Films 'Kekexili, la patrouille sauvage' : la conscience écologique dernier rempart contre le braconnage
billet avion
'You are the apple of my eye', ou les chroniques d'une jeunesse taïwanaise

article thumbnail

«You are the apple of my eye» est le succès taïwanais de l’année 2011. Adapté d’un roman, il est représentatif de la jeunesse de Taiwan des années 90.


'The Road Home', l'amour à la campagne

article thumbnail

«The Road Home » fait partie des films qui ont façonner la réputation internationale de Zhang Yimou. C'est aussi le long métrage qui a révélé l'actrice Zhang Ziyi au monde.


Maggie Cheung, icône du cinéma malgré elle

article thumbnail

Avec plus de 70 films aux côtés des plus grands cinéastes à son actif, Maggie Cheung est devenue une véritable icône du cinéma asiatique. Paradoxalement, elle ne s’est jamais sentie actrice [ ... ]


'1911' : le début d'une nouvelle ère en Chine

article thumbnail

Sortie près de cent ans jours pour jours après la Révolution Chinoise, «1911» est une œuvre historique relatant la chute de l'empire Qing. Avec Jackie Chan en tête d'affiche, le film se veut  [ ... ]


Gong Li, l'ambassadrice du cinéma chinois

article thumbnail

Révélée sous la coupe du réalisateur Zhang Yimou, Gong Li ne cesse de faire des étincelles. Devenue une véritable légende du cinéma chinois, l’actrice à la beauté intemporelle est aujour [ ... ]


Annuaire Asie (Japon, Chine, Inde, Coree, Vietnam, Thailande, Cambodge, Laos, ...) < > L'actualité du Japon et Japon insolite