| "2046", le dernier volet de la trilogie de Wong Kar-wai |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Mardi, 25 Mai 2010 18:14 | |||
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Réalisé quatre ans après "In the mood for love", "2046" est le dernier volet de la trilogie de Wong Kar-wai initiée avec "Nos années sauvages". L'intrigue nous amène dans les pas de Chow Mowan, nostalgique de l'amour de sa vie. Fiche du filmTitre original : 2046
Titre international : 2046 Réalisateur : Wong Kar-wai Scénariste : Wong Kar-wai Réalisation : 2004, Hongkong, Chine (France et Allemagne pour la production) Acteurs principaux : Tony Leung Chiu-Wai (Chow Mowan), Zhang Ziyi (Bai Ling), Gong Li (l'Araignée noire, la seconde Su Lizhen), Takuya Kimura (Tak), Faye Wong (Wang Jingwen), Carina Lau (Lulu), Chang Chen (CC1966), Wang Sum (Mr Wang), Maggie Cheung (la première Su Lizhen) Genre : drame/romance/science-fiction 129 minutes A noter-première mondiale au Festival de Cannes 2004, le 20 mai
-dans la version originale, tous les personnages parlent dans leur langue natale respective et se comprennent mutuellement -la réalisation a été assez chaotique, notamment à cause de l'épidémie de SRAS, et a pris quatre années. En raison du côté mystérieux du titre et du secret entourant le film, beaucoup ont imaginé qu'il s'agirait purement de science-fiction. Des mauvaises langues, alors que le film peinait à être achevé, ont déclaré que "2046" serait finalement la date de sortie. -le film a été mis au programme du Bac L en France pendant trois années à partir de 2007 -"2046" se joue à Hongkong mais a été filmé à Shanghai Dans l'univers amoureux de Chow Mowan Hongkong 1966, l'écrivain Chow Mowan retourne dans l'hôtel où il se retrouvait avec Su Lizhen, amour de sa vie, avec qui il eut une liaison quatre ans plus tôt.Il exige d'obtenir la même chambre qu'à l´époque, la numéro 2046 : il y rencontrait Su pour écrire en commun un roman wuxia (capes et épées). Obligé de prendre la chambre voisine, 2047, il va continuer d'observer la 2046 et ses occupantes, dont Bai Ling, sa future maîtresse. Ses rencontres -Bai Ling, les filles de l'hôtelier ou encore une femme croisées à Singapour- vont devenir sa source d'inspiration pour son nouveau livre, tout simplement intitulé 2047 : il parle d'un lieu futuriste, 2046, où les hommes partent rechercher l'amour qu'ils ont perdu. Un lieu qui cristallise la nostalgie et les souvenirs, mais dont personne ne revient, excepté un homme qui a finalement voulu le changement. Le dernier volet de la trilogie phare de Wong Kar-wai Le titre du film, 2046, fait référence au numéro de la chambre dans laquelle Chow et Su se retrouvaient dans le film "In the mood for love", considéré comme le second volet de la trilogie achevée par "2046" et initiée par "Nos années sauvages". Les trois films partagent la même thématique amoureuse et certains personnages comme Chow Mowan, Su Lizhen ou encore Lulu.Certains observateurs ont vu à travers le choix de ce chiffre une référence implicite à la rétrocession de Hongkong à la Chine en 1997 : le gouvernement chinois avait promis 50 années d'auto-régulation. 2046 en serait la dernière... Le scénario mis au point par Wong Kar-wai fait naviguer l'intrigue entre la réalité -Hongkong en 1966- et 2046, l'univers imaginaire du roman de Chow. Ce monde parallèle est composé de personnages inspirés par l'entourage de l'écrivain, plus particulièrement les femmes. Quatre relations affectives de Chow sont traitées : celle plus intellectuelle et platonique avec Wang Jingwen, celle passionnelle avec Bai Ling, celle illusoire avec la seconde Su Lizhen, et enfin celle inachevée entre le passager japonais qu'il prend comme narrateur dans son roman et l'androïde à l'image de Wang Jingwen. Chacun de ces quatre aspects semble combler un vide né de la perte de la première Su Lizhen, la femme qu'il a le plus aimé. Des distinctions critiques et quelques rubriques cultesFort d'un beau succès au box-office -20 millions de dollars de recettes à l'échelle mondiale- "2046" a également séduit la critique :
-sélection en compétition officielle au Festival de Cannes 2004 -meilleur film non-européen aux European Film Awards 2004 -Tony Leung meilleur acteur aux Golden Bauhinia Awards 2005 -deux titres et six nominations aux Golden Horse Awards en 2004 -six titres et six nominations aux Hongkong Film Awards 2004 : Tony Leung meilleur acteur, Zhang Ziyi meilleure actrice (les deux titres également aux Hongkong Film Critics Society Awards 2004) "2046" c'est aussi plusieurs répliques inoubliables prononcées par Chow, homme réservé dans "In the mood for love" devenu séducteur invétéré et désabusé dans "2046" : -"L'amour est une question de timing. Il est mauvais de rencontrer la bonne personne trop tôt ou trop tard" -"Si vous ne prenez pas un "non" pour réponse, il vous reste toujours une chance d'obtenir ce que vous voulez" -"En amour, on ne peut pas faire appel à un remplaçant" L'amour selon Wong Kar-wai Peut-être un peu esthétique que "In the mood for love", "2046" reste un film aux images très soignés et surtout, à l'originalité incomparable. Assez riche en personnages, le long métrage pourrait cependant froisser les spectateurs qui aiment les chronologies linéaires : Wong Kar-wai nous offre une intrigue décousue qui navigue entre la réalité et la fiction, le présent et le passé, sans respecter un ordre rationnel.Il y a sûrement plusieurs manières de comprendre ce film tout en suggestions, une habitude du cinéaste, et qui nous propose une réflexion atypique sur l'amour et la manière dont il peut nous perdre : principalement en nous faisant reconstruire le passé ou imaginer un futur impossible, ce qui nous éloigne donc du plus important, notre présent. C'est bien le mal dont semble souffrir Chow, et qui l'inspire dans la rédaction de son roman. L'univers imaginaire de 2046 n'est finalement qu'une métaphore sur l'importance de l'amour dans la vie de chaque être, et la difficulté à accepter la perte de celui-ci : le temps pour en revenir dépend de chacun, peut-être une manière de dire que le temps nécessaire pour tourner la page varie selon l'individu... "2046" semble nous livrer un message final explicite : le bonheur s'offre à ceux qui n'ont pas peur de l'amour et le vive à l'instant présent, en dépit de l'adversité et des critères moraux. Ainsi, si dans "In the mood for love", Chow et Su paraissent avoir renoncé à leur amour naissant "pour ne pas faire comme eux" -sous-entendu leurs femme et mari adultères- dans "2046", Wang Jingwen et Tak ne renoncent jamais malgré la distance (physique et culturelle) et l'opposition du père de la jeune femme, qui déteste les Japonais. C'est ce couple qui connaît une fin heureuse. Tout le contraire de Chow, qui en réponse à une recommandation de Wang Jingwen, Chow admet ne pas avoir l'inspiration nécessaire pour donner une fin heureuse à son roman. Il l'admet lui-même, il ne sait qu'écrire des fins tristes, comme sa propre vie. Prisonnier du souvenir de l'amour perdu de Su Lizhen -qu'il essaye de retrouver auprès de la femme du même nom ou dans le monde de 2046- il se refuse à l'amour de Bai Ling, pourtant son présent.
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