| 'Still Life', le chef d'oeuvre de Jia Zhangke |
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| Écrit par Nicolas Jucha | |||
| Lundi, 22 Novembre 2010 19:46 | |||
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Lion d'or à la Mostra de Venise 2006, «Still Life» est l'oeuvre de référence de Jia Zhangke, cinéaste phare de la sixième génération chinoise. Il nous y raconte deux histoires en marge du titanesque et controversé projet de barrage des Trois Gorges.
Fiche du filmTitre original : Sānxiá hǎorén 三峡好人
Titre international : Still Life Réalisateur : Jia Zhangke Scénaristes : Jia Zhangke Réalisation : 2006, Chine Acteurs principaux : Zhao Tao (Shen Hong), Han Sanming (Han Sanming), Zhou Lan (Huang Mao), Ma Lizhen (Missy Ma), Wang Hongwei (Wang Dongming), Li Zhubing (Guo Bin), Zhou Lin (Frère Mark) Genre : drame 108 minutes A noter : -quelques passages surnaturels viennent entrecouper ou conclure le récit : passage d'un OVNI à la jonction entre les deux histoires, un immeuble qui décolle comme une fusée, des joueurs de Mahjong en costumes d'Opéra... -réalisé avec 10 millions de yuans de budget, «Still Life» a été distribué dans plusieurs pays occidentaux dont la France, où il a généré 200 000 entrées en salles. Quelle vie dans une ville condamnée ? A Fengjie, petite ville près de Chongqing destinée à être submergée par l'immense barrage des Trois Gorges, nous sont racontées deux histoires parallèles. La première concerne Han Sanming. Ce mineur originaire du Shanxi vient sur place pour retrouver sa femme et leur fille, qu'il n'a pas vu depuis 16 ans. La seconde est celle de Shen Hong, une infirmière elle aussi originaire du Shanxi, qui se rend à Fengjie pour retrouver son mari, absent depuis deux ans et qu'elle soupçonne d'adultère. Si elle veut le revoir, c'est pour lui annoncer son intention de divorcer. Han Sanming et Shen Hong arrivent tous les deux dans une ville qui n'a plus rien à voir avec leurs souvenirs et connaissances. Les dernières adresses et numéros de téléphones laissés par leurs proches ne sont plus valables, et il est de plus en plus difficile de les retrouver dans une ville qui a commencé à disparaître et dont certains quartiers sont déjà submergés. L'oeuvre référence de Jia Zhangke «Still Life» nous raconte deux histoires tristes et monotones qui évoquent la solitude, l'oubli et le manque d'espoirs et de considération pour les sacrifiés du miracle économique chinois. La lenteur de certaines scènes, une habitude chez Jia Zhangke, a justement pour raison d'être de donner un espace d'expression à la souffrance intime des personnages. Filmé de manière très réaliste à l'aide d'une caméra numérique, «Still Life» est considéré comme la seconde partie d'un diptyque avec le documentaire «Dong». Le long métrage a d'ailleurs lui-même des allures de documentaires qui avaient trompé les observateurs de la Mostra de Venise. Le film y avait été annoncé au dernier moment comme un documentaire, avant de remporter le Lion d'or à la surprise générale. La qualité de ses images, la profondeur de ses personnages, et probablement aussi la force de son scénario -qui nous narre l'envers du décor de la croissance chinoise- ont convaincu le jury de la Mostra, et fait de «Still Life» l'oeuvre de référence de Jia Zhangke. Le jeune réalisateur a d'ailleurs glané d'autres distinctions : un titre de meilleur réalisateur d'Asie en 2007 aux Asian Film Awards, ainsi que le prix du meilleur film étranger au festival de Mainichi 2008. La face cachée de la Chine, sans concession Les films de Jia Zhangke sont relativement faciles à suivre et comprendre, «Still Life » ne déroge pas à la règle. Cependant, le spectateur qui attend du cinéma un divertissement ferait mieux de passer son tour face à un long métrage du Lion d'or 2006 à Venise.Car l'univers très réaliste de Jia Zhangke a plutôt vocation à satisfaire les curieux qui veulent comprendre ou mieux connaître une Chine invisible dans les canaux officielles. «Still Life» est une parfaite illustration des aspirations du cinéaste : montrer avec le maximum de neutralité les difficultés des Chinois moyens. Déjà au début de sa carrière, avec «Xiao Shan Hui Jia», il narrait les difficultés d'un modeste cuisinier pour rentrer dans sa province natale afin de célébrer la fête du Printemps en famille. Un sujet a priori tout sauf glamour, et pourtant, il s'agissait bien là d'un véritable phénomène de société se répétant chaque année en Chine. Dans «Still Life», Jia Zhangke traite du sujet sensible du barrage des Trois Gorges, qui a forcé près de deux millions de personnes à migrer et englouti 1300 sites historiques. Il le fait avec beaucoup de brio, sans verser dans l'apitoiement sur le sort des travailleurs migrants ni des délogés. La souffrance suscité par le titanesque projet est palpable, mais elle n'empêche pas les principaux concernés de continuer à vivre, de rire, de s'entraider ou de se lier d'amitié. Certaines critiques à l'égard de Jia Zhangke disent que son cinéma fait «perdre la face» à la Chine. On pourrait rétorquer que ses oeuvres rétablissent un juste équilibre entre les réussites du géant asiatique et ses contradictions, tout en rendant hommage à ceux qui n'ont pas ou peu profité de ses progrès.
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