|

Banni en Chine, «Le Cerf-volant bleu» fait partie des oeuvres majeures du cinéma chinois. A travers la vie du jeune Tietou, le réalisateur Tian Zhuangzhuang fait une critique sans concession de la période maoïste.
Fiche du film
Titre original : Lan Fengzheng 蓝风筝
Titre en français : Le Cerf-volant bleu
Titre international : The Blue Kite
Réalisateur : Tian Zhuangzhuang
Scénariste : Xiao Mao
Réalisation : 1993, Chine/Hong Kong
Acteurs principaux : Zhang Wenyao (Tietou enfant), Chen Xiaoman (Tietou adolescent), Chen Shujuan (Lü Liping), Pu Cunxin (Lin Shaolong), Li Xuejian (Li Guodong)
Genre : drame/histoire
138 minutes
A noter :
-pour la teneur critique de son film, Tian Zhuangzhuang a écopé d'une interdiction de dix ans de tournage en Chine continentale.
Tietou, l'enfant sacrifié
«Le Cerf-volant bleu» narre la vie de Tietou, enfant chinois né dans les années 50 et grandissant dans la période instable du Maoïsme. L'histoire se découpe en trois grandes parties : la période des Cent Fleurs, celle du Grand Bond en avant, et enfin la Révolution culturelle, marquée par les exactions des Gardes Rouges.
Sur fond de purges anti-droitiers, difficultés matérielles et lutte des classes, chacune des trois périodes représente un traumatisme pour Tietou et sa mère : à chaque fois leur est enlevé le père et mari qui les protège. L'exemple d'une famille chinoise parmi d'autres, sacrifiée sur l'autel de l'idéologie.
Une oeuvre phare de la 5e génération
The Blue Kite fait partie des oeuvres considérées comme les plus significatives de la 5e génération de réalisateurs chinois. Tian Zhuangzhuang est d'ailleurs, après Zhang Yimou et Chen Kaige, le plus célèbre cinéaste de cette caste.
Tout comme dans «Vivre !» de Zhang ou «Adieu ma concubine» de Chen, «The Blue Kite» dénonce les abus de la période maoïste, et les dégâts engendrés de manière arbitraire sur la vie de nombre de chinois.
Via ce long métrage, Tian Zhuangzhuang dénonce plus particulièrement les épisodes de «La campagne des 100 Fleurs» et de la «Révolution culturelle» durant lesquelles des hommes et femmes se pensant irréprochables basculèrent brutalement dans le camp des ennemis de la Nation.
Le film critique vivement l'omniprésence du Parti communiste et de l'idéologie dans la vie des citoyens : il nous montre que plus les idées du Parti sont appuyées, plus la population en souffre, en particulier ceux qui sont liés de près ou de loin à des «propriétaires», de facto jugés «droitiers» et «ennemis de la Révolution».
Sans surprise, le film a été tenu à l'écart des cinémas chinois et interdit de diffusion. La critique explicite faite par Tian Zhuangzhuang lui a même valu une interdiction de tourner pendant dix années, mais il a finalement sorti son film suivant, «Printemps dans une petite ville», en 2002.
L'accueil à l'étranger a quant à lui été beaucoup plus positif, une réalité partagée par beaucoup d'autres oeuvres de la 5e génération durant les années 90. «Le Cerf-volant bleu» a ainsi remporté le Grand Prix au Festival International de Tokyo ou encore le titre de meilleur film au Festival de Hawaï.
Sans la sortie la même année de «Adieu ma concubine» de Chen Kaige, on peut penser que le long métrage de Tian Zhuangzhuang aurait reçu un accueil encore plus chaleureux.
Une description poignante de la période maoïste
Moins splendide visuellement que «Vivre !» ou «Adieu ma concubine», les deux autres grands films de la même période, «Le Cerf-volant bleu» fait partie des incontournables du cinéma chinois. Tout simplement parce que Tian Zhuangzhuang y livre une courageuse description de l'évolution de son pays durant la période la plus difficile de son histoire récente.
Sans se risquer à citer des noms de responsables politiques, le cinéaste résume en trois grands axes ce qu'ont été les trois premières décennies de la Chine communiste : une période d'instabilité et de sacrifices, alors que les Chinois n'aspiraient qu'à une vie paisible.
Tian -aidé par d'excellents acteurs dont Lü Liping (la mère)- montre habilement le contraste entre les moments où la famille de Tietou, son personnage principal, profite d'instants de répits et ceux où elle doit supporter une menace invisible mais non moins réelle.
Cette menace, entretenue par l'idéologie servie à la population, est un changement de règles permanent. A ce petit jeu, la famille de Tietou ne gagne jamais.
|