| Festival Shadows : Taishicun, de Ai Xiaoming |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Lundi, 02 Novembre 2009 15:01 | |||
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Signé Ai Xiaoming, Taishichun est un long métrage évoquant le thème de la propriété de la terre en Chine. Le film, qui s'apparente plus à un reportage, retrace les évènements qui ont marqué le village du Guangdong du même nom de juillet à septembre 2005.
« Taishicun » 《台石村》Le sujet abordé par ce film est d’actualité : le flou juridique entourant la propriété de la terre, issu d’une décollectivisation toujours incomplète puisque la terre ne peut pas être propriété individuelle, mais reste du ressort de la collectivité villageoise.Les paysans n’ont toujours qu’un droit d’usage, situation confirmée par la dernière loi promulguée dans le domaine, celle sur « les droits réels » entrée en vigueur le 1er octobre 2007. Les paysans, soumis à l’arbitraire de l’administration locale et à des abus de tous ordres, sans recours juridique, ont tendance à multiplier les mouvements de protestation, sévèrement réprimés.
Les habitants laissés sans terre« Taishicun » rapporte les événements qui ont eu lieu dans ce village du Guangdong de juillet à septembre 2005 : les cadres locaux ayant réquisitionné leurs terres pour développer une zone industrielle dans le village, les habitants de Taishicun, laissés sans terre, sans travail et sans compensation, ou très peu, ont décidé d’utiliser les possibilités offertes par un article de loi pour renverser l’administration locale de façon pacifique et légale.
Le film déroule par le menu, au jour le jour, la progression des événements qui finissent par déclencher l’intervention des forces de l’ordre pour ramener « l’harmonie » dans le village et les alentours.
Mieux qu’un long discours, l’article écrit sur le sujet par Ai Xiaoming, intitulé « Taishi Village, My Neighbor », décrit le fil des événements que suit le documentaire : http://zonaeuropa.com/20051005_2.htm (l’article original publié dans le supplément hebdomadaire du China Youth Daily a été effacé du site internet du journal ; il a été repris sur le Yannan forum). L’objectif du film, tel qu’annoncé par la réalisatrice, est de « montrer la capacité d’action d’une communauté déconsidérée et donner un aperçu de la démarche adoptée par le mouvement de défense des droits ». Le résultat est cependant essentiellement bruyant et confus, malgré une tentative louable de composition en trois parties, avec titres poétiques reprenant des titres de chansons. Ai Xiaoming multiplie les scènes filmées dans la rue où les paysans clament leur colère, leur désarroi, leur peur aussi, les séquences d’interviews individuels apparaissant comme des oasis de paix dans ce vacarme ambiant. On en perd le fil du discours, qui s’efforce parallèlement de clarifier les subtilités juridiques en cause.
Il y a cependant de superbes scènes, quand la caméra s’attarde sur des visages, interroge en passant des paysannes qui travaillent dans les champs (des champs qui ne leur appartiennent plus), entre comme par effraction dans des demeures privées de leurs habitants (qui ont été interpellés et emprisonnés), se pose un instant aux côtés d’une vieille femme qui pèle une patate douce en racontant calmement comment elle a été maltraitée par la police. Il y a toute une histoire derrière ces gens-là que l’on aimerait mieux connaître, plutôt que de les entendre lancer des imprécations sur la place du village comme leurs ancêtres devaient en lancer contre les agents du fisc impérial ou les fonctionnaires du yamen, avec le même résultat. Mais, pendant deux heures, on a surtout droit à une suite de scènes de rue filmées sur le vif. C’est répétitif et très long.
Le film pose peut-être un problème de définition. « Taishicun » me semble pencher vers le reportage, et le reportage de guerre, sur le terrain, dans le feu de l’action. Hu Jie lui-même a dit, au cours d’une interview, qu’un documentaire ne peut pas être trop direct, « autrement ce n’est plus de l’art ». « Taishicun » est un document sur une révolte paysanne, c’est un reportage engagé qui témoigne du courage de son auteur, c’est indéniable. Est-ce pour autant une œuvre à considérer comme un documentaire à projeter dans le cadre d’un festival de cinéma, suivi d’un débat forcément politisé à l’extrême ?
Le deuxième documentaire d’Ai Xiaoming programmé par le festival Shadows, un film réalisé en 2007 sur les malades du sida de Xingtai, dans la province du Hebei., intitulé «Care and Love» 《关爱之家》, sera projeté ce lundi 13 octobre dans le grand amphithéâtre de l'EHESS (l’école des hautes études en sciences sociales) et suivi d’une discussion sur les problèmes sociaux et juridiques soulevés par le film. C’est certainement beaucoup plus judicieux.
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