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Festival Shadows : 'Crime and punishement', un documentaire glacé signé Zhao Liang PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Mardi, 03 Novembre 2009 14:07

Festival Shadows : 'Crime and punishement', un documentaire glacé signé Zhao Liang

Un quotidien froid et austère à la frontière sino-coréenne : tel est le contenu de «Crime and punishment», un documentaire qui contraste tristement avec les théories de société harmonieuse tant voulue par Pékin.

Né à Dandong, à l’est de la province du Liaoning, en 1971, Zhao Liang 赵亮 est un artiste multidisciplinaire qui a étudié la photographie à l’Académie du film de Beijing et signe aussi bien photographies, vidéos et installations que documentaires. Il a réalisé un premier film en 2001 : « Paper Plane » (纸飞机).« Crime and punishment » 罪与罚 , projeté ce jeudi 16 octobre au festival Shadows, est sorti en 2007 et a déjà été remarqué dans un certain nombre de festivals dont celui de Locarno.

Quelque part à la frontière entre la Chine et la Corée du nord

Nous sommes quelque part à la frontière chinoise avec la Corée du nord, une région que connaît bien le réalisateur. Dans le poste de garde frontière d’une petite localité, trois hommes sont occupés à plier leur couette : travail minutieux qui s’éternise et en dit long, dès l’abord, sur la vie de ces jeunes soldats dans ce coin perdu.

Dehors, c’est l’hiver, le paysage est pris sous une mince couche de neige, on sent le froid vous pénétrer jusqu’aux os. Seul bruit : les gémissements de deux chiens, attachés à une corde trop courte, dans un réduit dont on a laissé la porte ouverte.

Ces soldats ont pour mission le maintien de l’ordre. « Ils sont confrontés à des petits malfaiteurs qui feintent avec la loi, tentent de marchander leurs punitions et de faire plier les militaires en leur faveur » nous dit la présentation du film sur le site du festival Shadows.

Des petits malfaiteurs ? Le terme est bien mal choisi. En fait, il s’agit de pauvres diables qui tentent de survivre. Le film est un constat terrible de la misère autant morale que physique dans ce coin reculé qui semble subsister en marge du système.

Des malfaiteurs ? Plutôt des victimes

Le premier pauvre bougre appréhendé est un ivrogne qui a des hallucinations et voit des bombes ou des cadavres dans les couvertures quand il a trop bu. La ronde se poursuit dans un appartement où des gens sont suspectés de jouer au mahjong.

Le troisième larron est soupçonné d’avoir volé un téléphone portable au marché ; il est questionné, interminablement, et répond par des gargarismes incompréhensibles ; on se rend compte au bout d’un certain temps qu’il est sourd muet : relâché sans preuve.

Ce sont les deux cas suivants qui forment le corps du film et en sont le plus réussi : jusqu’ici, le rythme est d’une lenteur quasiment insupportable, en particulier la séquence du sourd muet où la caméra s’attarde tellement longtemps sur ce malheureux debout, là, sans bouger, à distance respectable du mur, dans le plus profond silence, qu’on a l’impression que le cameraman est allé fumer une cigarette en oubliant sa caméra branchée.

Pas de licence ? Pas légal

Le suivant est un vieil homme appréhendé dans la rue ; il est entouré de cartons et d’objets divers qu’il collecte pour vivre ; on dirait le trottoir devant chez moi le jour des encombrants. Il est emmené au poste pour la bonne raison qu’il n’a pas de licence en règle. Une licence ? On croit rêver. On a lu que les taxes agricoles ont été supprimées en Chine, cela fait déjà huit ans, si je ne me trompe ; mais il y a les licences.

Et ce n’est pas facile de les obtenir, semble-t-il, entre le bureau du commerce et le poste de police qui n’ont rien à voir, mais prélèvent leur tribut chacun de leur côté. Les soldats, cependant, sont fermes : c’est la loi, il pourra continuer sa collecte des détritus quand il sera en règle. D’ici là il peut rentrer chez lui. Il ne bouge pas.

La caméra s’attarde sur son visage, cette fois-ci on est captivé par ce regard perdu dont pas un cil ne bouge, on attend…  Alors il explique qu’il ne peut pas rester sans rien faire, comme ça, il dépend de sa collecte pour vivre, il ne peut plus travailler dans les champs à son âge. Rien à faire, disent les soldats, il faut être en règle. Alors il part… et recommence sa collecte dès qu’il a tourné le coin de la rue. Un malfaiteur ? Une victime plutôt.

Un chien mis à mort pour l'empêcher de mordre...

Et des victimes, on sent qu’il y en a à la pelle, dans ce coin glacé au bout du monde. L’autre exemple que nous donne Zhao Liang dans la séquence suivante est un paysan fauché qui est allé voler du bois dans la forêt pour le revendre au marché. Il dit qu’il n’a fait que 4000 yuan, cette année (flash back immédiat : le chauffeur de taxi, dans le film précédent, calculait qu’il lui fallait 4000 yuan… par mois).

Maintenant, en hiver, il ne peut pas travailler la terre, tout est gelé, mais il doit payer l’école de son fils. Il vit sur les économies de ses parents. « Encore heureux qu’ils aient des économies », dit l’un des soldats. Finalement, comme ils l’ont battu, que ça se voit et que sa femme se plaint, de peur de poursuites, ils transigent sur une amende de seulement …300 yuan. Le film ne dit pas comment il va payer ; on peut parier qu’il va refaire un petit tour dans la forêt…

Le film a la longueur et la lenteur de cette vie sans espoir, où chaque jour n’apporte qu’un lot de soucis, le principal étant d’arriver à trouver les moyens de survivre. L’atmosphère pesante atteint aussi ces jeunes soldats au bord de la déprime, également victimes du système : ceux qui ne réussissent pas à intégrer le stage de formation, clé de toute promotion, sont laissés sur la touche ; ils n’ont plus qu’à rejoindre la vie civile, et le monde des exclus, probablement un jour appréhendés à leur tour, pour avoir enfreint un loi ou une autre.

Le film se termine par la mise à mort du chien qui n’en finissait pas de hurler au bout de sa corde. Il est tué froidement, d’un coup de couteau dans le ventre. Pourquoi ? Pour qu’il ne risque plus de mordre…
 
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