| Festival Shadow : 'Mid-afternoon Barks' de Zhang Yuedong, ce qu'il reste d'un rêve au réveil |
|
|
|
| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 03 Novembre 2009 14:33 | |||
|
Film atypique par excellence, «Mid-afternoon barks» de Zhang Yuedong flirte avec le style expérimental. Remarquée au festival de Hongkong et à celui de Vancouver en 2007, l'oeuvre a été présentée ce vendredi au Festival Shadows à Paris.
Voilà certainement l’un des films les plus originaux que le cinéma indépendant chinois a produit ces dernières années, à la fois onirique et aussi savamment construit que déconstruit, à la limite du cinéma expérimental.
Un film fascinant qui nous arrive avec déjà une aura prestigieuse : après une première remarquée au festival de Hongkong au printemps 2007, il a reçu le « Dragons & Tigers Award for young cinema » au 26ème festival de Vancouver en octobre de la même année, après quoi il a été présent dans bon nombre de festivals internationaux.
Un titre qui maintient le mystèreUn titre chinois a souvent un sens profond qui éclaire et annonce l’œuvre. Or « Mid-afternoon barks » (traduction littérale du titre chinois《下午狗叫》: des aboiements dans l’après-midi) ne veut, a priori, rien dire : le réalisateur a expliqué que les aboiements sont ceux que l’on entend à un moment dans la bande-son, et l’après-midi était l’heure à laquelle l’équipe du tournage se réveillait souvent.Mais le fait même que le titre n’ait aucun sens a priori est significatif en soi : il porte dès l’abord une part de mystère, celui qui entoure le film, sorte de conte surréaliste à la Borges dont Zhang Yuedong se dit d’ailleurs un admirateur. « Mid-afternoon barks » se présente comme un triptyque, la partie centrale étant sur fond urbain, les deux parties latérales dans un cadre campagnard. Zhang Yuedong a été étudiant en peinture, c’est une construction typique d’un peintre. Une construction digne d'un peintreUn peintre qui, comme le veut l’usage, a donné un titre à chacun de ses tableaux : 《村子和陌生人》(le village et l’inconnu – ou les inconnus), 《城市、木头、修理工》(la ville, le morceau de bois, les réparateurs), 《西瓜与农夫》(les pastèques et le fermier).Des titres ambigus à souhait, construits eux aussi en triptyque, le premier et le second binaires, le titre central ternaire. Le sens est à nouveau marginal, ou du moins il faudrait toute une analyse plan par plan pour le reconstruire : tout n’est finalement ici que jeu de l’esprit. Mais l’histoire, me direz-vous ? On pourrait dire que c’est l’histoire d’un type qui garde des moutons ; un jour, il en a marre et décide d’aller faire un tour en ville. Là-bas, il est un peu paumé, il rencontre un pêcheur à la ligne, des ouvriers qui réparent des lignes électriques, il perd son chemin, revient chez lui et, tellement frappé par son périple, rêve qu’il voit des poteaux électriques partout. Le réalisateur brouille les pistesC’est une façon de voir les choses, on pourrait le raconter de mille manières différentes, il suffit de faire un petit tour sur internet pour en trouver autant qu’on en veut. Car Zhang Yuedong s’est appliqué à brouiller les pistes : il a brillamment déconstruit une histoire que l’on ne perçoit que par bribes, apparemment sans grand rapport les unes avec les autres, comme lorsqu’on se réveille et que l’on essaie de se souvenir d’un rêve que l’on vient de faire sans parvenir à en saisir le sens.Tout est fait pour accentuer cette impression : les dialogues loufoques, mais qui ne le sont que parce qu’ils sont hors contexte ; les couleurs, en particulier celles des scènes nocturnes avec leur côté fantasmatique, voire expressionniste, un peu comme du Murnau en couleur ; sans oublier la musique, de Xiao He 小河, primée au festival de Hong Kong, avec voix et instruments subtilement travaillés pour donner un sentiment d’irréalité. Les courts plans-séquences utilisés, surtout, viennent renforcer le fractionnement du récit. On pense commencer à comprendre, et brusquement la séquence s’arrête, on passe à une autre, qui n’a rien à voir ; par moment, on pense avoir trouvé un lien, tel ce morceau de bois jeté à l’eau dans une séquence et qui dérive au fil du courant dans une autre : l’un des personnages qui sont là au bord de l’eau, sans but évident, essaie de l’attraper, il y arrive presque, mais retentit alors comme un coup de fusil et il abandonne sa tentative. Nous sommes exactement dans la même situation, à essayer de saisir un sens qui nous échappe continuellement. Rendre l'absurdité du monde actuelC’est un jeu qui peut en lasser beaucoup ; le film ne peut certainement pas rivaliser avec Warlords pour les chiffres du box office (mais il n’a coûté que 200 000 yuan, c’est plus facile à amortir). C’est cependant une œuvre extrêmement subtile qui mérite bien la reconnaissance acquise.
Car, au-delà de l’aspect onirique, il y a là une tentative originale de rendre l’absurdité du monde actuel, de traduire le non-sens que représente notre civilisation urbanisée aux yeux d’un campagnard, et aux nôtres si l’on y réfléchit un tant soit peu. Il y a quelque chose de Zhuangzi là derrière. Il s’agit là du premier long métrage de fiction de Zhang Yuedong 张跃东, jeune réalisateur, né en 1975 dans un village du Shandong, qui a d’abord fait des études de peinture avant d’entrer à l’Académie du cinéma de Beijing. Il a réalisé en 2004 un long métrage documentaire sur une aciérie (« Steel Factory »), mais il a aussi travaillé pour la télévision et le théâtre. Egalement acteur (il a joué en particulier dans la comédie, légèrement déjantée elle aussi, de Li Hongqi « So much rice »), il interprète le rôle du berger dans « Mid-afternoon barks ».
Fanhall.com
|
| 'You are the apple of my eye', ou les chroniques d'une jeunesse taïwanaise «You are the apple of my eye» est le succès taïwanais de l’année 2011. Adapté d’un roman, il est représentatif de la jeunesse de Taiwan des années 90. |
| 'The Road Home', l'amour à la campagne «The Road Home » fait partie des films qui ont façonner la réputation internationale de Zhang Yimou. C'est aussi le long métrage qui a révélé l'actrice Zhang Ziyi au monde. |
| Maggie Cheung, icône du cinéma malgré elle Avec plus de 70 films aux côtés des plus grands cinéastes à son actif, Maggie Cheung est devenue une véritable icône du cinéma asiatique. Paradoxalement, elle ne s’est jamais sentie actrice [ ... ] |
| '1911' : le début d'une nouvelle ère en Chine Sortie près de cent ans jours pour jours après la Révolution Chinoise, «1911» est une œuvre historique relatant la chute de l'empire Qing. Avec Jackie Chan en tête d'affiche, le film se veut [ ... ] |
| Gong Li, l'ambassadrice du cinéma chinois Révélée sous la coupe du réalisateur Zhang Yimou, Gong Li ne cesse de faire des étincelles. Devenue une véritable légende du cinéma chinois, l’actrice à la beauté intemporelle est aujour [ ... ] |