Accueil cinéma Films 'The age of tattoo', l'oeuvre tant attendue de Jia Zhangke
'The age of tattoo', l'oeuvre tant attendue de Jia Zhangke PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Mercredi, 04 Novembre 2009 14:18

Zhang Ke Jia, un fer de lance de la 6e génération de réalisateurs chinois

Retardé de multiples fois, le film «The age of tattoo » de Jia Zhangke est particulièrement attendu par les fans du talentueux réalisateur chinois. Reste à savoir si cette grosse production saura rester une oeuvre authentique et personnelle.

Kungfu or not kungfu ?

On commence à parler beaucoup de ce film un peu partout, et on entend de tous côtés que ce sera un « film de kungfu ». Jia Zhangke tourner un « film de kungfu » ? Surprise, je suis allée voir…

Il est certain que ce film sera différent de ce que Jia Zhangke a fait jusque là, à tous les points de vue, et qu’il comportera des scènes de combat. Mais on peut faire confiance au réalisateur pour ne pas tomber dans le cinéma commercial version Hongkong, et nous concocter in fine un petit chef-d’œuvre comme il sait le faire.

Le film est annoncé en fait depuis la sortie de « Still life » (三峡好人), en 2006. C’est alors qu’il tournait ce film que le réalisateur a acheté les droits d’une nouvelle de Su Tong intitulée, comme le film : 《刺青时代》Cìqīng shídài, c’est-à-dire « L’époque des tatouages », d’où le titre anglais.

Années 70, Suzhou, le drame des dernières années de la Révolution culturelle

L’histoire se passe à la fin des années 70, à Suzhou, ville natale de Su Tong (1). Elle retrace la vie mouvementée d’un jeune garçon du nom de 小拐 Xiaoguai, sur fond du luttes de gangs au cours de ces années dramatiques qui furent les dernières de la Révolution culturelle.

Toute la violence de l’époque se reflète dans la dépravation d’un groupe de jeunes délinquants dont la nouvelle décrit le caractère émotionnel et brutal, influencé par leur environnement.

Le film a connu pas mal de problèmes qui expliquent le retard avec lequel il va sortir. D’abord, c’est une production assez lourde, nécessaire pour recréer l’atmosphère de l’époque, qui combine trois sociétés de production de nationalités différentes.

Un retard et de nombreuses difficultés...

Jay Chou, une star mondiale au casting du filmEnsuite l’adaptation de la nouvelle n’a, de toute évidence, pas été des plus faciles. La nouvelle touche une période délicate de l’histoire chinoise récente, et un sujet qui ne l’est pas moins. Se posait en particulier le problème de la censure.

Enfin, le choix des acteurs a été assez difficile. Le film comporte trois personnages principaux, deux masculins et un féminin, et les producteurs japonais, entre autres, ont insisté pour avoir une star mondialement connue comme tête d’affiche.

C’est la pop star Jay Chow, ou Chou (周杰伦),qui a été choisie, mais il semble que son agenda était tellement chargé qu’il a été en grande partie responsable du retard du tournage. Cependant, il n’a pas le rôle principal, celui de Xiaoguai. Il interprète celui de son grand frère (de la même manière qu’il jouait le rôle du frère aîné dans le récent film de Zhang Yimou «Curse of the golden flower») (2).

Un retour sur le passé pour expliquer le présent

Xiaoguai lui-même est interprété par un jeune garçon de quatorze ans que Jia Zhangke a trouvé à Fengjie, près de Chongqing, sur le lieu de tournage de « Still Life ». Il était élève en arts martiaux dans une école de sports locale, et le réalisateur, en le voyant s’exercer, a trouvé qu’il ressemblait exactement au personnage de la nouvelle,  “够狠hěn,够猛měng”: un gamin qui avait toute la violence nécessaire, qui « avait la haine », comme on dit dans nos banlieues.

Quant au personnage féminin, plus ambigu, c’est la sœur aînée de Xiaoguai, 锦红 Jinhong : elle est interprétée par l’actrice fétiche de Jia Zhangke, Zhao Tao (赵涛).  

On a demandé à Jia Zhangke s’il en avait fini avec la peinture et l’analyse des bouleversements socio-économiques de la période actuelle : « 24 City », son précédent film, présenté au 61ème festival de Cannes, en mai dernier, était déjà une réflexion sur un processus historique, couvrant trois époques différentes.

Le réalisateur a répondu qu’il continuait en fait dans la même voie, cherchant à expliquer le présent par un retour sur le passé. Il a ajouté que, si « The age of tattoo » était bien une grosse production, contrairement à son habitude, le style et le contenu en feraient néanmoins une œuvre originale et personnelle.

« Je veux mettre en lumière les menus aspects de la vie quotidienne, pour montrer tout ce que le peuple a subi, et comment les gens ont fini par être engloutis par les événements. » On est loin d’un film de kungfu, ou d’un de ces wuxiapian qui ont fait florès ces dernières années.

(1) Su Tong (苏童), de son vrai nom  童中贵 Tóng Zhōngguì, né à Suzhou en 1963, est devenu mondialement célèbre lorsque Zhang Yimou a porté à l’écran son roman « Epouses et concubines », en 1991. Depuis lors, deux autres de ses œuvres ont été adaptées au cinéma : « Blush » (红粉)par Li Shaohong en 1994 et « Rice » (大鸿米店)par Huang Jiangzhong en 2002.

La nouvelle 《刺青时代》est tirée d’un recueil, 《香椿树街故事》(les histoires de la rue du cédrèle [un arbre]), qui dépeint l’existence difficile de jeunes vivant dans cette rue, et dans le voisinage, à la fin de la période maoïste, histoires de violence et de destins brisés qui viennent des souvenirs d’enfance de l’auteur.

(2) Jay Chow est devenu une figure emblématique à plusieurs titres. Dans « The world », déjà, son image apparaissait sur un poster, sur le mur d’une chambre, comme une espèce de symbole de l’époque…
 
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