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'Troublemakers' de Cao Baoping : quand le Parti défend bravement les paysans PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Jeudi, 05 Novembre 2009 07:39

'Troublemakers' de Cao Baoping : quand le Parti défend bravement les paysans

Réalisé par Cao Baoping, «Troublemakers» a longtemps attendu avant d'être diffusé en Chine. Il faut dire que l'oeuvre propose un portrait au vitriol de ce qui se passe dans les campagnes chinoises.

Cao Baoping (曹保平) n’est sans doute pas le réalisateur chinois le plus connu. Et pourtant, il vient de remporter le prix du meilleur jeune réalisateur au festival de San Sebastian, en septembre dernier, pour son second long métrage : « The equation of love and death » (《李米的猜想》) avec une pléiade d’acteurs célèbres, dont Zhou Xun 周迅 dans le rôle principal, mais aussi Deng Chao 邓超, Wang Baoqiang 王宝强 et Zhang Hanyu 张涵予, trois acteurs que l’on a vu récemment, entre autres, dans « Assembly » 《集结号》de Feng Xiaogang.

The Equation of love and death, l'emploi des grands moyens

C’est un film brillant, au rythme soutenu, sorti en août dernier en Chine ; il est construit autour de la personne de Li Mi (jouée par Zhou Xun auquel le film doit d’être la réussite qu’il est), et de la découverte d’un trafic de drogue dans lequel sont impliqués divers personnages en apparence sans liens entre eux, mais seulement en apparence…

Les images sont superbes, signées du directeur artistique qui a travaillé sur celles du film de Zhang Yimou « Curse of the golden flower ». Si l’on ajoute que la musique est signée du rocker Dou Wei 窦唯, on conçoit que Cao Baoping avait mis beaucoup d’atouts de son côté.

Un sujet tabou en Chine : l'anarchie des campagnes

Cao BaopingEt pourtant, son premier film, qui n’en cumulait pas autant, me semble plus intéressant à bien des égards. Sorti en 2006, sur un scénario adapté d’une nouvelle de Que Diwei (阙迪伟), il est intitulé en chinois 《光荣的愤怒》, c’est-à-dire « la colère de Guang Rong » (traduit en anglais « Trouble Makers »), mais le titre de la nouvelle est plus explicite : 《乡村行动》ou opération au village.

Comme le décrivait à sa sortie Brice Pedroletti, dans un article du Monde : «  Passé en catimini au festival de Shanghai, mais récompensé du Prix spécial du jury, « Trouble Makers » (Fauteurs de troubles)… s'attaque à un sujet tabou en Chine : l'anarchie dans les campagnes…. ». Effectivement, le village du « Puits noir » où se passe le film est sous la coupe de quatre frères qui usent et abusent de leur pouvoir aux dépens des paysans impuissants : les frères Xiong (熊).

La nouvelle bande des quatre

L’aîné est chef du village, le second est son trésorier, ce qui permet de tourner les lois et empocher les taxes sans problème, le troisième dirige l’usine locale (qui fabrique des produits de contrefaçon) et le quatrième est l’homme de main à qui sont confiés les mauvais coups à réaliser, et qui en profite pour enlever des femmes au passage et abuser d’elles. Les villageois les ont surnommés « la bande des quatre » (“四人帮”), comme les acolytes de la femme de Mao pendant la Révolution culturelle.

Arrive alors une sorte de samouraï qui, choqué par les abus perpétrés par les quatre frères, décide de les mettre au pas, et fédère pour cela autour de lui un certain nombre de villageois qui ont eu à souffrir des méfaits de la « bande », y compris un personnage assez loufoque expert en kung fu.

Ensemble, ils conçoivent un plan pour « coffrer » les quatre : “抓熊”, c’est-à-dire capturer les Xiong (qui signifie aussi « ours », d’où un jeu de mots). Inutile de dire que rien ne sera simple, et que l’action subira plus d’un tour et détour.

Un membre du Parti dans le rôle du justicier

Ce qui est intéressant, c’est que le samouraï en question est le .. nouveau chef de la branche locale du Parti : 叶光荣 ou Ye Guangrong, d’où le titre. On a donc là une vision élogieuse du rôle joué par le Parti comme défenseur des opprimés dans les campagnes, qui tranche avec les nouvelles d’émeutes villageoises suscitées par les injustices et les expropriations dont sont victimes les paysans chinois, ou avec les documentaires du genre de celui d’Ai Xiaoming.

En outre, le personnage de Ye Guangrong est interprété par Wu Gang (吴刚), acteur qui a joué le rôle de Niu Bao, le peintre itinérant qui vient semer le trouble dans le cœur de Ning Jing, dans « Red firecracker, Green firecracker » de He Ping - ou de He Dashang, l’aubergiste qui trouve une valise contenant un cadavre dans « Xiangzi » (la valise) de Wang Fen : un acteur populaire souvent comparé à Gary Cooper…

Longtemps censuré en Chine

C’est un film d’hommes, les femmes sont à l’arrière-plan, essentiellement dans le rôle de victimes - des hommes brutaux qui manient un langage corsé d’injures et d’obscénités, de manière assez inhabituelle pour un film chinois, il faut le dire.

Mais c’est une vulgarité à la Rabelais, pleine de bonne humeur, de joie de vivre et d’humour, même si le fond du tableau est sombre, comme le puits d’où le village tire son nom. C’est peut-être ce côté rabelaisien qui a valu au film de devoir attendre plusieurs années son visa de censure, outre le fait que les problèmes de paix dans les villages sont toujours un sujet sensible que le gouvernement chinois a préféré jusqu’ici garder sous le boisseau.

Le fait que le film soit finalement sorti en Chine témoigne de l’évolution, lente mais certaine, qui va vers un assouplissement du système. Evidemment, le rôle de sauveur providentiel confié au chef local du Parti était un atout de taille, mais les censeurs ont accepté le reste avec : la peinture au vitriol d’une société pourrie à la base par les abus commis par les autorités locales, chefs de village et autres.

Voilà le genre de film qu’on aimerait voir diffuser sur nos écrans à la faveur d’un festival ou un autre…
En attendant, on peut se consoler avec quelques images :
http://www.mdbchina.cn/movies/52968/photogallery/27_01_29_27_63137_45727_0_7.html
 
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