| 'Feast of villains' de Pan Jialin : un monde de brutes sans guère de tendresse |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Vendredi, 06 Novembre 2009 14:48 | |||
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Tableau peu reluisant de la société moderne chinoise, «Feast of villains» est une oeuvre de Pan Jialin représentée au festival du film de Pusan. L'histoire parle de Fugui, un jeune homme sur qui le sort et les escrocs s'acharnent.
Fiche du filmTitre original : Liumang de shengyan 流氓的盛宴
Titre international : Feast of villains
Réalisateur : Pan Jialin Réalisation : 2008, Chine Genre : drame 85 minutes A noter-le film "Feast of villains" a reçu la mention spéciale du jury au festival du film de Locarno 2008
L'histoire : les malheurs de Fugui《流氓的盛宴》ou « Feast of villains », qui vient d’être projeté au 14ème festival du film asiatique de Lyon, le 6 novembre, est une histoire terriblement sombre : l’histoire d’un jeune garçon, Fugui (富贵), un jeune mingong dont le père est gravement malade.Incapable de trouver les moyens nécessaires pour payer à son père les médicaments très chers dont il a besoin, désespéré, il se tourne vers des truands qui font du trafic d’organes et leur vend un de ses reins. Mais, l’opération une fois réalisée, les mafieux ne lui paient pas l’argent promis. Quand il revient chez lui, pour comble de malheur, son père est mort, et il doit se battre avec la police, l’hôpital et les autorités locales pour obtenir le certificat de décès qui lui permettra de le faire incinérer… On a là une variation sur le thème des vendeurs de sang popularisé par Yu Hua (余华)… Dénoncer les injustices de la société moderne en Chine Pan Jialin (潘剑林) n’en est pas à sa première dénonciation des injustices de la société moderne, en Chine comme ailleurs, mais tout particulièrement dans l'Empire du milieu. En 2003, « Good morning Beijing » (《早安北京》) était déjà une exploration des bas-fonds de la capitale. En 2007, « Endless night » (《夜未央》), remarqué au festival de Pusan cette année-là, était construit comme une sorte de travail de détective : une femme déclare devant la caméra avoir été victime, très jeune, d’une agression sexuelle, et diverses personnes expriment alors leurs sentiments et leurs opinions sur le sujet. On se rend compte très vite que, derrière la compassion initialement affichée, perce une réprobation fondée sur des préjugés tenaces ; le film était donc une dénonciation de cette « nuit sans fin » de la répression sexuelle et de la discrimination contre les femmes.
« Feast of villains » brosse un tableau encore plus noir de la société chinoise actuelle, celle de la prospérité économique affichée, parce qu’il est empreint d’un sentiment de l’absurde qui frise le désespoir. Il n’est pas anodin que l’affiche du film, superbe, reprenne le thème qui a fait le succès du peintre Yue Minjun (岳敏君) : des hommes hilares, jusqu’à l’obscénité, pourrait-on dire (1). C’est la sinistre hilarité des gens qui profitent du système et du développement économique, ceux que Pan Jialin qualifie fielleusement de 衣冠楚楚的人 (yīguānchǔchǔderén, c’est-à-dire les nantis, les « bien habillés »). A côté, les gens comme Fugui en sont réduits à se vendre pour survivre, et il faut évidemment prendre le terme aussi au sens figuré. De là un sentiment d’abandon, de trahison… Notre avis : pas assez dynamique mais qui donne à réfléchir« 你就会明白中国古人的一个字,忍.. » («alors tu vas comprendre un mot chinois ancien, endurer») a déclaré Pan Jianlin - on peut ainsi comprendre le sens de ce verbe très utilisé dans la Chine ancienne, 忍 rěn, supporter, endurer..Le film prend de la sorte une signification moins immédiate et plus profonde qu’il ne semble au premier abord, faisant de Fugui le descendant de ces millions de Chinois qui ont souffert de l’oppression du régime, sous l’empire comme après. Et, si l’on peut considérer comme de bons films ceux qui nous incitent après coup à méditer sur leurs multiples ramifications, en ce sens on peut dire que 《流氓的盛宴》 est un long métrage de qualité. Il a cependant un gros défaut qui ne pourra que le desservir auprès du public : sa lenteur, son manque de dynamisme - voulus certes pour souligner cet état d’inertie terrible ressenti par les démunis face à des institutions et des structures sociales dont ils se sentent exclus - mais éprouvants à la longue pour le spectateur. On est là à la limite du genre. Pan Jianlin a lui-même affirmé lors d’une interview après la projection du film à Pusan : [on ne peut pas en rester à la seule peinture de la cruelle réalité,] « 因为人们不管生活状况多么艰难,还是有不少温情浪漫的 东西, 我们也许应该从这些角度多去思考。» (car, quelles que soient les difficultés rencontrées dans notre existence, il y a quand même un certain fond de tendresse, de sentiments romantiques, et il faudrait réfléchir peut-être aussi de ce point de vue là). Un peu de tendresse dans un monde de brutes : est-ce ce que Pan Jianlin nous laisse entrevoir pour son prochain film ? (1) voir son site : http://www.yueminjun.com/cn/gallery/index.html
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