| 'Our endless story' d'An Zhanjun : un film jubilatoire ! |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Lundi, 09 Novembre 2009 12:43 | |||
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Diffusé lors du Panorama du cinéma chinois 2008 à Paris, “Our endless story” d'An Zhanjun, raconte les aventures de trois personnages dans la capitale chinoise. Le film brille par sa capacité à présenter avec humour des situations a priori dramatiques.
Fiche du filmTitre original : zanlia mei wan 咱俩没完
Titre international : Our endless story Réalisateur : An Zhanjun Réalisation : 2008, Chine Acteurs principaux : Tian Yuan, Chen Minghao, Yu Zhen L'histoire : un trio atypique à Pékin« Our endless story » (咱俩没完)commence dans un taxi qui emmène un client à Sanlitun, le quartier branché de Pékin. Comme tous les chauffeurs de taxi, celui-ci est très curieux : vous allez à Sanlitun, et vous allez faire quoi, dans ce quartier, hein ?
On apprend ainsi que le client en question est venu chercher sa femme, qui est chanteuse dans un night-club, pour la ramener avec lui dans son village, au Shaanxi. La séquence suivante nous la présente directement sur la scène, dans un tour de chant qui enthousiasme l’auditoire, debout, chantant, applaudissant… Le ton est donné : la musique va être un leitmotiv accompagnant les diverses séquences du film, tantôt enflammée, tantôt triste suivant le déroulement de l’action. En fait, nous nous retrouvons avec trois personnages : LanLan (兰兰), son compagnon musicien qui l’accompagne dans son tour de chant, Qiu Kai (邱凯),et le paysan débarqué de son Shaanxi que nous connaîtrons comme (老大)哥, frère, car c’est ainsi que l’appelle Lan Lan. Il s’avère qu’ils ne sont pas encore mariés, mais que la cérémonie est préparée pour finaliser l’affaire, et c’est pour cela que celui que Qiu Kai appelle 老冒 (vieux rustre) est venu chercher LanLan. Il s’accroche et finit par rester.On a ainsi une histoire qui se déroule en trois parties : 1. L’arrivée de ce 老冒 de paysan qui espère jusqu’au bout ramener LanLan avec lui. Il y a là des scènes très drôles, car le film est plein d’humour et de verve. Les réparties vont souvent trop vite pour que les sous-titres même arrivent à suivre, comme quand Qiu Gai tente désespérément de faire arrêter l’autre de ronfler. Quand finalement il le réveille, il lui lance : «tu crois faire quoi, là, tu pries pour faire venir la pluie ?» Evidemment, la vie à trois se révèle difficile, mais sans pesanteur . Surtout, les trois personnages sont traités sur un pied d’égalité. 2. Le drame 1: LanLan découvre Qiu Gai en train de se droguer. Ils n’ont pas les moyens d’une cure de désintoxication. LanLan cherche sur internet quelques conseils, et la cure commence avec Qiu Gai enfermé dans une sorte de cage en bois fabriquée par 老大哥 qui est ébéniste de formation. La situation, à nouveau, est traitée avec humour, et entraîne un retournement des rôles, le « paysan » devenant la cheville ouvrière du rétablissement du citadin dévoyé (et faisant au passage coffrer le dealer). 3. Le drame 2 : Un soir, alors que Qiu Kai, quasiment rétabli, et LanLan l’attendent, il arrive ivre mort. Il est allé voir la Grande Muraille, car, comme tout le monde sait, on n’est pas vraiment Chinois tant qu’on ne l’a pas vue. Il en rapporte deux de ces T-shirts que l’on refile aux touristes et qui portent imprimée la fameuse sentence.. Mais il est alors pris d’un malaise et doit être emmené d’urgence à l’hôpital. Le diagnostic est sombre : tumeur, résultat dans huit jours…
Epilogue : Qiu Kai a vendu la maison où ils habitaient, superbe petit îlot préservé au milieu des immeubles de Pékin, pour pouvoir payer les frais d’hospitalisation. Quand l’ancien fiancé de LanLan l’apprend par hasard, consterné, il finit par décider de rentrer dans son village, laissant une note laconique : « Il ne faut jamais vendre sa maison, c’est ainsi que l’on perd ses racines. » Cela pourrait être une fin dramatique, mais ce n’est justement pas la fin : sans vouloir trop dévoiler, disons que la dernière séquence a lieu à nouveau dans le night-club de Sanlitun, la musique est aussi déchaînée qu’au début, et clôt le film dans l’allégresse, comme il avait commencé. Notre avis : un film jubilatoire et des rôles finement joués On connaissait An Zhanjun comme réalisateur de feuilletons télé : en particulier la série fleuve « Years after Years » (《国脉》), vaste fresque de l’histoire de la Chine de 1949 à nos jours, vue sous l’angle des mutations sociales. On connaissait son film sorti en 2006 en France « Un père à Pékin » (《看车人的七月》, ou « le gardien de parking en juillet »), qui, déjà, contait les déboires d’un mari tentant de conserver sa femme et avait valu à l’acteur principal, Fan Wei (范伟)le prix d’interprétation masculine au 28ème festival de Montréal. Dans « Our endless night », si prix il y a, il devrait sans doute revenir à Tian Yuan (田原) : chanteuse pop aussi bien que romancière célèbre passée au cinéma, elle a défrayé la chronique lors de ses débuts d’actrice dans le sulfureux « Butterfly » de Mak Yan Yan, dans lequel elle interprétait une chanteuse lesbienne. Les deux rôles masculins sont cependant tout aussi finement joués, ce qui était important étant donné que le scénario est justement fondé sur l’équilibre entre les trois personnages. An Zhanyun atteint avec ce nouveau film une parfaite maîtrise de l’humour qu’il manie et qui fait de ce film un petit bijou jubilatoire bienvenu dans la morosité ambiante. Lors de la sortie de sa série télévisée 《国脉》, il se disait 忧国忧民 yōuguóyōumín : concerné par son pays et son peuple. Il l’est sans doute aujourd’hui tout autant, mais on apprécie qu’il sache ne pas dramatiser des situations qui pourraient l’être facilement, et distiller une note aussi enlevée que la musique qui ponctue son film. On sort en ayant envie de chanter.
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