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Un coup de déprime ? Allez voir 'Lucky Dog' PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Mardi, 10 Novembre 2009 09:50

Un coup de déprime ? Allez voir 'Lucky Dog'

Présenté au Panorama du film chinois 2008 à Paris, «Lucky dog» est le premier long métrage de Zhang Meng. L'histoire parle d'un retraité chinois qui doit lutter au quotidien pour vivre et soutenir ses proches. Déprimant ? Au contraire, il s'agit là d'un vrai hymne au courage.

Fiche du film

Titre original : Erduo Da You Fu 耳朵大,有福
Titre international : Lucky dog

Réalisateur : Zhang Meng

Réalisation : 2007, Chine/Corée du sud

Acteurs principaux : Fan Wei, Cheng Shubo, Zhang Jibo, Zhang Wenyi, Zhang Shunan

Genre : comédie

1h50  environ

Une histoire menée tambour battant

Premier film écrit et réalisé par Zhang Meng (张猛), « Lucky dog » (《耳朵大,有福》) commence en fanfare, dès le générique, et le film est mené ainsi tambour battant, scandé par des épisodes musicaux qui en sont, en quelque sorte, la moelle épinière. On mesure là tout le pouvoir incantatoire de la musique. D’ailleurs, quand elle faiblit, c’est mauvais signe… on commence à s’inquiéter pour le sort du personnage principal.

Celui-ci, l’heureux luron du titre, Wang Kangmei, est un ancien cheminot qui vient de prendre sa retraite, une retraite qui s’annonce sous des auspices pas vraiment roses car toute la famille est source de soucis : sa fille dont le ménage bat de l’aile, son fils qui ne fait grand chose de ses dix doigts, son père dont il est le seul à se préoccuper, et surtout sa femme, hospitalisée, qu’il va nourrir et soigner tous les jours (il n’y a pas de service repas dans les hôpitaux chinois). L’hôpital coûte cher, et sa retraite ne couvre pas ces frais.

Immersion dans la vie des couches défavorisées de la Chine

Fan WeiAprès avoir, en vain, tenté d’obtenir de la société de chemins de fer une compensation monétaire pour une trachéite chronique qu’il voudrait faire passer pour une maladie du travail, il se lance à la recherche d’un boulot pour combler ses fins de mois. C’est l’occasion pour Zhang Meng de nous dresser un portrait plein d’humour de la vie quotidienne dans les couches dites défavorisées d’une petite ville chinoise, ces laobaixing qui ont érigé la débrouillardise comme mode de survie, sinon de vie.

Il faut y croire pour se lancer dans la recherche d’un petit boulot dans ces conditions. Cette force de conviction, c’est un ordinateur de foire qui va la lui donner : un ordinateur qui prédit l’avenir à partir d’une photo de l’intéressé. La séquence est savoureuse, et Kangmei sort de là regonflé par la perspective du destin qu’il emporte imprimé noir sur blanc au dos de sa photo sourire aux lèvres. D’ailleurs, au début du film, un passant lui a déjà prédit la fortune parce qu’il a de grandes oreilles et que cela porte bonheur, d’où le titre original du film …

 


En fait, il n’y croit pas beaucoup, au départ, il n’est pas si idiot que cela : c’est ce qu’il raconte à un ami avec lequel il va déjeuner. L’ordinateur a trouvé qu’il est né sous le même signe que Gorky et Marlon Brando, et qu’il ne peut donc qu’être promis au même brillant avenir… Mais le copain lit les choses différemment, avec la vieille sagesse populaire qui fait de tout Chinois un sage en puissance : c’est bien le ciel qui t’envoie ton destin, mais ta fortune, elle, ne dépend que de toi…

Toujours garder espoir

Alors Kangmei repart avec la même foi que celle qui, dans la légende, permet à Yugong de déplacer les montagnes – celle qui a permis à la Chine, en trente ans d’ « ouverture », de devenir l’une des premières économies mondiales, dans la sueur sinon dans le sang.

La caméra le suit dans son parcours, d’une boutique à une autre, d’un vendeur ambulant à un autre, pour tenter de trouver le truc idéal pour se faire un peu d’argent, parcours qui culmine dans un essai hilarant de conducteur de pousse, au son d’une musique tonitruante, ce genre de musique moderne à base de percussions dont je ne sais diantre plus comment cela peut bien s’appeler, disons que c’est le genre qu’écoute un ado dans ses écouteurs à l’autre bout du wagon de métro et que vous entendez comme si vous y étiez.

L’essai, commencé dans une allégresse qui semblait à même de vaincre tous les obstacles, se termine cependant dans une immense quinte de toux ; Kangmei, épuisé, reprend son vélo. Le doute s’est installé en lui, et le film traverse là un passage à vide, comme lui.

Sa chaîne de vélo casse, son fils a fait cuire les radis qu’il avait réservés pour sa femme, son père est laissé à l’abandon, et son vélo finit par vraiment le lâcher : il se retrouve au sol, comme terrassé. Il reste là longtemps, sans bouger, et nous aussi : on a brusquement très peur que le film se termine ainsi. On en resterait au constat habituel de la misère du petit peuple laissé pour compte du miracle économique.

Notre avis : un film original, un Fan Wei plein d'humour et d'humanité

Zhang Meng (à gauche) sur le tournage avec Fan WeiMais non, Zhang Meng est très bon : le portable sonne ; même les sonneries de portable, dans le film, sont des jingles à réveiller un mort. C’est une invitation à venir danser. Danser ? Mais oui. Et Kangmei de partir soigner son coup de déprime au milieu d’une foule qui cherche comme lui à oublier le quotidien, au son d’une salsa débridée : vamos a la playa, vamos… (allons à la plage).

Au petit matin, Kangmei repart sur son vélo dans la ville déserte, en chantant à tue-tête son air favori, qu’il chantait dans un groupe de son usine quand il était plus jeune : un chant exaltant les valeurs de la Longue Marche, courage et endurance – la montagne est haute, la route est longue, mais nous vaincrons.. . La Longue Marche, c’est tous les jours, en Chine, et le succès, dit-on, est au bout du chemin…

Zhang Meng nous livre là un premier film original, littéralement porté par la musique de Wang Sa, et par son acteur principal, Fan Wei (范伟), connu jusqu’ici comme acteur comique, ami de Zhao Benshan, mais qui signe là une superbe composition douce-amère, pleine d’humour et d’humanité.

Le film n’est pas simplement une dénonciation du système qui laisse les retraités se débrouiller comme ils peuvent, et encore moins de la misère des petites gens, comme je l’ai entendu : c’est pour moi bien plus un hymne à leur vitalité, à leur joie de vivre, à leur créativité, à leur formidable capacité de résistance à l’adversité.  On en sort ragaillardi, avec en tête la musique de la fanfare militaire qui clôt le film comme elle l’avait introduit, et qui nous fait involontairement adopter un pas martial.

Trailer (cliquer)
 
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