| 'Getting Home', de Zhang Yang : un road movie à la drôlerie douce amère |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mercredi, 11 Novembre 2009 06:26 | |||
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Pas forcément annoncé comme un blockbuster, le film «Getting Home» a particulièrement séduit la critique et le public depuis sa sortie en 2007. Avec Zhao Benshan dans le rôle principal, le réalisateur Zhang Yang offre une histoire qui fait à la fois rire et pleurer...
Fiche du filmTitre original : Luo ye gui gen « Getting home » de Zhang Yang : un road movie 落叶归根
Titre international : Getting Home Réalisateur : Zhang Yang Scénaristes : Zhang Yang, Wang Yao Réalisation : 2007, Hongkong Acteurs principaux : Zhao Benshan (Zhao), Hong Qiwen (Liu), Song Dandan (la femme), Gou Degang (le chef du gang qui attaque le bus) Genre : comédie dramatique 110 minutes A noter-Zhang Yang a été honoré pour ce film au Festival International du Film de Berlin 2007 avec le Prix oecuménique du jury
L'histoire : une promesse à honorerLe film démarre sur les chapeaux de roues, sans préambule. Zhao est en train de boire avec son copain et collègue de travail, Liu Quanyou. Celui-ci, affalé sur le coin de la table, ne répond pas à Zhao qui insiste pour qu’ils prennent un dernier verre : et pour cause, il est mort…Or, Zhao lui a promis que s’il lui arrivait quelque chose, il ramènerait son cadavre chez lui pour qu’il soit enterré, comme le veut la tradition, sur la terre de ses ancêtres. D’où le titre original du film, qui reprend un vieux dicton chinois :《落叶归根》Lùoyè gūigēn, une feuille tombée retourne à ses racines. Commence alors un véritable road movie qui doit conduire Zhao, portant le cadavre de son ami, de Shenzhen, où ils travaillaient sur un chantier, jusqu’à Chongqing, près du barrage des Trois-Gorges, d’où est originaire Liu. Ce périple mouvementé – et ce d’autant plus qu’il faut échapper à la surveillance de la police - commence par l’attaque du bus dans lequel a pris place Zhao, le cadavre assis à ses côtés. Ce n’est que le début de multiples péripéties qui sont pour le réalisateur prétexte à dresser un portrait de la Chine de l’intérieur, ou plutôt plusieurs portraits de personnages plus ou moins emblématiques, tous plus originaux les uns que les autres, traités un peu à la manière de La Bruyère, et qui, au total, forment une image grinçante de la Chine rurale d’aujourd’hui. Entre le rire et les larmes Si les deux premières séquences sont un peu trop caricaturales et tendent vers le comique appuyé de série télévisée, le reste du film est aussi inventif que drôle. Certaines des rencontres faites en chemin donnent lieu à de véritables séquences d’anthologie, comme celle du vieux monsieur qui se paie des funérailles pour entendre des gens pleurer sur son sort ou celle du cycliste fou parti faire l’ascension de l’Everest (1).Le transport du cadavre lui-même donne lieu à des prodiges d’imagination, du vieux pneu de chantier à la charrette rafistolée avec laquelle Zhao fait la course avec un buffle attelé… Mais le film ne serait guère plus qu’une simple comédie assez drôle s’il se bornait à cela. Il va en fait beaucoup plus loin : chaque personnage a une histoire personnelle qui donne envie de pleurer autant que de rire. Le faux défunt, par exemple, déclare se payer des funérailles de temps en temps pour rompre sa solitude ; sa femme est morte, il n’a pas d’enfants, alors il invite des gens à venir le pleurer en échange d’un bon repas. Ou encore, Zhao est hébergé un soir par un couple d’apiculteurs qui vivent seuls dans la montagne. Au moment du déjeuner, la femme se dévoile lentement le visage ; un visage défiguré par l’explosion de la chaudière de son usine. Comme personne ne supportait plus de la voir ainsi, y compris son propre fils, son mari a imaginé cette reconversion providentielle en apiculteurs, loin de toute habitation… Derrière le vernis humoristique, les profondes blessures de la vieLe film est ainsi construit en alternant scènes drôles et scènes d’une infinie tristesse. Un peu comme dans le film de Zhang Meng, « Lucky dog », le comique est une couche superficielle qu’il suffit de gratter un peu pour qu’apparaissent les profondes blessures que la vie a laissées en chacun.Et si Zhao finit par conserver quelque espoir à la fin de son périple, terminé pourtant en queue de poisson dans un village déserté par ses habitants en prévision de la montée des eaux du barrage, c’est parce qu’il a rencontré en chemin une femme aussi perdue que lui à qui il a promis de revenir la chercher. Comme si seuls l’amour, l’amitié, la chaleur humaine pouvaient permettre de surmonter les difficultés et les traumas de ces vies de galère. Notre avis : plus profond qu'une simple comédie« Getting home » est donc plus profond qu’il ne semble au premier abord : le comique n’est là que pour panser les plaies, en quelque sorte. On n’en sort pas indemne, d’autant plus que le film est tourné dans des paysages d’une beauté à couper le souffle : le Yunnan filmé par Yu Lik-wai, le chef opérateur de Jia Zhangke ( de Xiao Wu à Still Life), offre au regard des images en elles-mêmes d’une intense charge émotionnelle.Hommage aux acteursIl faut saluer la performance de la pléiade d’acteurs célèbres qui viennent apporter toute la justesse de leur jeu à des situations qui demandent souvent à la fois la maîtrise du registre comique comme celui du registre dramatique, les deux étant étroitement imbriqués :-Song Dandan (宋丹丹), pauvre femme qui vend son sang pour payer les études universitaires de son fils, est une actrice célèbre de sitcoms télévisés et la partenaire privilégiée de Zhao Benshan, l'acteur principal, lors des spectacles du nouvel an chinois sur CCTV -Guo Degang (郭德纲), célèbre acteur de xiangsheng, interprète le chef du gang qui attaque le bus au début du film -Xia Yu (夏雨), le cycliste dopé à l’adrénaline, est l’acteur découvert par Jiang Wen pour son premier film "In the heat of the sun". On a ainsi toute une galerie d’acteurs dont les seuls visages sont tellement emblématiques qu’ils viennent renforcer la force expressive des portraits dressés par Zhang Yang. Et le plus extraordinaire est que ce pouvoir expressif agit en lui-même, même si l’on ne connaît pas les acteurs. Zhao Benshan dans un rôle complexe Il faut saluer, enfin et surtout, la performance, dans le rôle principal, de Zhao Benshan (赵本山), que l’on connaissait surtout comme acteur comique, et qui se révèle ici, dans un rôle complexe, plus vrai que nature, exceptionnel de drôlerie, de finesse et de profonde humanité. Après « Spicy love soup » (《爱情麻辣烫》), « Shower » (《洗澡》), « Quitting » (《昨天》) et « Sunflower » (《向日葵》), Zhang Yang (张扬) s’affirme ainsi comme l’un des meilleurs réalisateurs du moment, dans un registre mêlant l’amer et le sucré, comme cela semble être décidément une tendance marquée, actuellement, chez les réalisateurs chinois. (1) Voir ces deux séquences dans l’extrait suivant : http://v.ku6.com/show/7CW7xtUdJoLEUb6k.html
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