| Notre coup de coeur du festival 'La Chine s'éveille' : Zhang Wenqing |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Mardi, 08 Décembre 2009 11:29 | |||
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Du festival «La Chine s'éveille» 2009, nous retiendrons un gros coup de coeur pour Zhang Wenqing, dont quatre documentaires été diffusés. Suffisant pour avoir une vue approfondie de son oeuvre très personnelles et de ses images somptueuses
Le réalisateur A la fin de ses études, en 1988, Zhang Wenqing (张文庆 ) est entré à la chaîne de télévision Shaanxi TV (陕西电视台), à Xi’an. Il a tourné son premier documentaire dix ans plus tard, et il en a maintenant une douzaine à son actif, dont la plupart ont été primés lors de divers festivals. Il faut dire que ce cinéaste a une griffe très particulière, de par le choix de ses sujets comme par son esthétique. Fidèle à sa province, qui est certainement l’une des plus photogéniques de Chine, il en a parcouru les coins les plus reculés à la recherche de personnages originaux qui représentent, chacun à sa manière propre, un pan de la vie rurale locale qui semble n’avoir guère encore été touchée par la modernité.
Zhang Wenqing est peut-être avant tout un fabuleux photographe qui a l’art de la lumière et des couleurs. On sent dans ses documentaires la poussière qui monte de la terre sur les chemins de campagne qu’il parcourt à la suite de ses personnages, la lumière qui vibre en plein midi, ou qui s’apaise au coucher du soleil. Son oeil, parfois, se pose sur une fleur, un oiseau, un papillon, et cela fait une transition bienvenue entre deux scènes. (quelques stills : http://www.gssn.gov.cn/snwl/wlwhxw/200803/3370.html). Plus que tout, peut-être, il a le sens et le goût de la terre et des pierres, ocres les unes comme les autres, car le Shaanxi est le pays de la terre jaune, et les images de Zhang Wenqing ne sont pas sans rappeler celles de Zhang Yimou pour le film réalisé sous la direction de Chen Kaige : 《黄土地》. Ces pierres, on les retrouve comme mises en scène dans un reportage qu’il a réalisé sur les ruines de la capitale de l’ancien royaume des Xia (successeurs des Jin de l’Est en 420 de notre ère) : http://www.chinadocumentary.com/show.asp?id=170 Les documentaires Les quatre documentaires que présentait le festival « La Chine s’éveille » font en fait partie d’une série de huit films intitulée 《陕西民俗》 (coutumes populaires du Shaanxi), dont la réalisation s’est étagée sur les années 2006 et 2007 et qui s’attachent chacun à un aspect particulier de la culture et des coutumes rurales de la province. 《流动法庭》ou « Le tribunal ambulant » reprend le même sujet que le film de Liu Jie : 《马背上的法庭》 (« Le dernier voyage du juge Feng »). Ce film se passait, lui, dans les montagnes du Yunnan, mais on est étonné de la similarité des situations décrites. Certaines scènes sont même strictement semblables : ainsi la pose de l’insigne représentant le pouvoir officiel des juges sur le mur, qu’il s’agit de redresser parce qu’il était initialement de travers. Malheureusement, le documentaire de Zhang Wenqing ne supporte pas la comparaison avec le film, qui est beaucoup plus profond, et surtout d’un humour dévastateur. C’est vraiment dommage car le site du vieux dispensaire où se passe une bonne partie du documentaire est extraordinaire et donne lieu à de superbes images. 《三弦情结》ou « Trois cordes pour deux conteurs » dépeint les difficultés de perpétuer la tradition locale des conteurs qui s’accompagnaient d’un instrument à trois cordes spécifique à la région. Le conteur du film, He Gaiming, a commencé tout jeune à pratiquer son art, mais il a maintenant du mal à joindre les deux bouts ; pendant qu’il s’entête à vouloir transmettre son art à ses descendants, sa femme, qui était elle-même conteuse et l’accompagnait, décide, elle, d’ouvrir un petit restaurant ; He Gaiming l’aide un peu, fait du portage pour gagner un peu d’argent, en continuant à prospecter pour trouver de nouveaux clients pour ses spectacles. On regrette vraiment avec lui que son art disparaisse. 《麦客》(traduit par « une saison comme une autre », mais qui signifie en fait « les hôtes du blé ») se plonge dans l’univers des migrants qui viennent louer leurs bras le temps de la moisson pour seconder les paysans locaux dans la plaine de Guanzhong (关中), dans le centre du Shaanxi. On retrouve là le même décor que dans le film de Cai Shangjun (蔡尚君) : 《红色康拜因》ou « The red awn », présenté lors du dernier « Panorama du cinéma chinois à Paris ». 《乡村医生》ou « D’un patient à un autre », dont le titre aurait pu tout simplement être traduit par « Médecin de campagne », est le plus réussi de la série présentée dans le cadre du festival. On retrouve pleinement dans ce film l’art de photographe de Zhang Wenqing. Il l’a filmé dans une zone rurale du Shaanxi encore assez arriérée, où prédomine l’habitat troglodyte creusé dans la terre. C’est le film où l’on sent le plus le lien avec « La terre jaune » : l’image du paysan-médecin parcourant le chemin désert, sa boîte de médicament sur l’épaule, rappelle celle du soldat de Chen Kaige parcourant un chemin très semblable, sa besace en bandoulière. La caméra zoome un instant sur une vieille porte, un visage, un oiseau posé sur une branche, on se sent en symbiose avec le paysage.
C’est peut-être dans ce film que l’on a le plus regretté l’intrusion du commentaire français qui rompt les silences qu’avait ménagés le réalisateur au milieu de son film, surtout dans la scène où le vieux médecin s’est arrêté un instant pour fumer une cigarette en regardant passer au loin la procession mortuaire de l’un de ses anciens patients, instant magique où la caméra faisait de chacun des spectateurs un témoin privilégié de la méditation du vieux physicien aux pieds nus.
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