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Écrit par Brigitte Duzan et Nicolas Jucha   
Mardi, 08 Décembre 2009 16:48

Wu Tianming, l'homme à la base du renouveau du cinéma chinois

Célèbre réalisateur de l'après Révolution Culturelle, ancien directeur des studios de Xian, Wu Tianming est souvent présenté comme le mentor de la 5e génération de réalisateurs chinois. Zhang Yimou, Chen Kaige ou Tian Zhuangzhuang font partie de ceux qui lui doivent beaucoup...

吴天明 Wú Tiānmíng

réalisateur et producteur chinois
Ancien directeur des studios de Xi'an
né le 19 octobre 1939

A noter

-considéré comme un réalisateur de la 4e génération, Wu Tianming est vu par beaucoup d'observateurs comme celui-ci qui a relancé le cinéma chinois après la Révolution Culturelle, en favorisant notamment l'éclosion de la 5e génération de réalisateurs chinois (Zhang Yimou, Tian Zhuangzhuang, Chen Kaige...)

Epargné par la Révolution Culturelle

Wu Tianming est né en 1939 dans le district de Sanyuan (三原县) dans le Shaanxi, qui était alors une enclave communiste en Chine nationaliste. Il passe son enfance à suivre son père, chef de partisans communistes, dans les incessants déplacements de la guérilla. A la fin de sa scolarité, en 1960, il renonce à des études universitaires pour s'inscrire aux cours d'art dramatique des studios de Xi'an. Son diplôme de mise en scène lui permet alors de travailler un an aux studios de Beijing aux côtés de Cui Wei.

Simple acteur au moment de la Révolution Culturelle, il échappe aux persécutions contrairement à son père qui est emprisonné. Lui n'est même pas envoyé en rééducation morale à la campagne, il continue à jouer la comédie à Xi'an, même s'il s'intéresse déjà plus à la possibilité de passer derrière la caméra.

Ses aspirations aboutissent après la terrible période de la Révolution Culturelle, laquelle a laissé un vide béant dans le cinéma chinois, et donc une pénurie de cinéastes. Wu Tianming va d’abord co-réaliser deux films avec Teng Wenji : «Les trémolos de la vie» en 1979 puis «Une seule famille» en 1980...

Le parrain de la 5e génération de réalisateurs chinois

L'affiche du film Le Sorgho RougeIl s'émancipe néanmoins dès 1983 et tourne seul « La rivière sauvage ». Devenu directeur des studios de X’ian à partir de 1984, il réalise deux de ses propres films – «La vie» en 1984 et« Le vieux puits » en 1987 –   mais fait aussi travailler les cinéastes de la  “ cinquième génération ” dont il est considéré comme le parrain.

Zhang Yimou, au casting du film «Le vieux puits » rafle le titre de meilleur acteur au festival de Tokyo alors qu'il n'est pas comédien de métier. Durant le même événement, Wu Tianming est quant à lui sacré meilleur réalisateur.

Une révolution dans le cinéma chinois est en marche. C'est d'ailleurs sous la direction de Wu Tianming que les studios de X’ian vont devenir le centre névralgique du 7e art chinois et aider à l'éclosion de la 5e génération de réalisateurs, avec Zhang Yimou et Chen Kaige en figures de proue.

Les commentaires les plus élogieux à l'égard de Wu Tianming disent à propos de cette période qu'il a fondé les futurs succès du cinéma chinois mais a laissé toute la gloire à ses protégés...

«L'affaire du canon noir» de Huang Jianxin (1985), «Le voleur de chevaux» de Tian Zhuangzhuang (1986) ou encore «Le Sorgho Rouge» de Zhang Yimou (1988), Ours d'or à Berlin, sont trois exemples de films de la 5e génération de réalisateurs chinois financés par les studios de Xi'an.

«Le roi des masques», un chef d'oeuvre après l'exil américain

Le mandat de Wu Tianming est donc la période la plus florissante de ce studio jusqu'à ce que, vers la fin des années 80, les contrôles idéologiques s'accentuent, et la rentabilité économique devienne le critère de base de l’industrie cinématographique (re)naissante.

En déplacement aux Etats-Unis au moment de la répression des manifestations de la place Tiananmen, en1989, Wu Tianming décide de rester sur place, et s’installe à Los Angeles. En dépit de sa notoriété, il vit de manière assez modeste en raison de son inactivité presque forcée. Il profite néanmoins de la période pour découvrir un maximum de réalisateurs étrangers...

De retour en Chine en 1994, en co-production avec les studios des Shaw Brothers de Hong Kong, il réalise «Le roi des masques», présenté en clôture du festival de Hong Kong en 1996. Il était resté sept ans sans tourner depuis «Le vieux puits».

L'attente en valait la peine puisque  le film s'avère être un chef d'oeuvre, et reçoit de nombreux honneurs lors de festivals internationaux (Tokyo, Singapour, Canberra, Istanbul...) et en Chine (Grand prix du jury au Beijing Student Film Festival, meilleur réalisateur pour Wu Tianming aux Golden Rooster Awards, meilleur film en co-production aux Huabiao).

Le puriste du cinéma chinois

Un puriste du cinéma chinoisEn 1996, il réalise la série télé en 16 épisodes «Visage noir». L'histoire traite d'un personnage luttant contre la corruption. Si la série gagne une certaine popularité auprès du public, elle n'échappe pas à la censure qui fait disparaître plusieurs épisodes.

Son dernier film, CEO (2002), s'est montré beaucoup plus «politiquement correct» dans le sens chinois du terme : l'intrigue retrace le parcours du géant de l'électroménager chinois Haier et de son fondateur. Pour beaucoup, ce film très (trop ?) consensuel en Chine n'a été rien d'autre qu'une manière de satisfaire les autorités chinoises.

Malgré cette petite concession au profit de l'autorité politique, Wu Tianming reste comme un réalisateur idéaliste qui a surtout cherché à servir le cinéma plutôt que de s'en servir. Outre son oeuvre de mise en avant des talents de la 5e génération de réalisateurs chinois, qui ont depuis conquis le monde entier, il a toujours défendu l'idée que le 7e art devait être l'occasion pour le réalisateur d'exploiter sa sensibilité et non de chercher la rentabilité économique à tout prix.

D'où des propos parfois durs à l'encontre de certains de ces anciens protégés comme Chen Kaige ou Zhang Yimou, qui selon lui font désormais du cinéma principalement pour remplir leurs poches.

Il est désormais trop tard pour voir Wu Tianming changer. Lui qui ne devrait pas reprendre du servir comme réalisateur, restera donc à jamais comme l'un des puristes du cinéma chinois.

Filmographie

Année

 

Nom international

 

Caractères chinois

pinyin

Traduction en français

1979

The thrill of life

生活的颤音

shēnghuóde chànyīn

Les trémolos de la vie

1980

Kith and kin

亲缘

qīnyuán

 

Une seule famille

1983

River without buoys

没有航标的河流

méiyǒuhángbiāode héliú

La rivière sauvage (sans balises)

1984

Life

人生

rénshēng

La vie

1987

The old well

老井

lǎojǐng

Le vieux puits

1996

The king of masks

变脸

biànliǎn

Le roi des masques

1998

An unusual love

非常爱情

fēicháng àiqíng

Un amour peu ordinaire

2002

CEO

首席执行官

shǒuxí zhíxíngguān

Le directeur général


Principales récompenses

1988 : meilleur réalisateur aux Golden Rooster Awards pour «Le vieux puits»
1988 : grand prix du Festival international du film de Tokyo pour «Le vieux puits»
1995 : meilleur film aux Huabiao Awards pour «Le roi des masques»
1996 : meilleur réalisateur aux Golden Rooster Awards pour «Le roi des masques»
1996 : meilleur réalisateur au Festival international du film de Tokyo pour «Le roi des masques»
1996 : grand prix du jury au Beijing Student Film Festival pour «Le roi des masques»

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