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Lou Ye, un cinéaste bravant les interdictions PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Jeudi, 10 Décembre 2009 14:19

Lou Ye, un cinéaste bravant les interdictions

Présent au Festival de Cannes 2009 grâce à la sélection de son film «Nuits d'ivresse printanière», Lou Ye est l'un des réalisateurs les plus connus de la 6e génération chinoise. De par son style et les thématiques de ses films, il est également de ceux figurant sur les listes noires des autorités chinoises...

Lou Ye

娄烨 Lóu Yè
réalisateur, scénariste et producteur chinois né en 1965 à Shanghai
fait partie de ce que l'on appelle la 6e génération de réalisateurs chinois

Un réalisateur épris de liberté

Un réalisateur épris de libertéFils de comédiens, Lou Ye semblait pourtant se diriger vers le dessin quand il fut diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Shanghai en 1983. La découvert de l'oeuvre du réalisateur japonais Akira Kurosawa lui fit changer de cap...

Direction le cinéma donc, et c'est ainsi que Lou Ye obtint un nouveau diplôme, celui de l'Académie du film de Pékin, en 1989. Par la suite, il a d'abord travaillé comme assistant sur plusieurs tournages avant de réaliser son premier film avec «Week-end lover» en 1993 (mais sorti en 1995).

Dès ce premier long métrage, le jeune réalisateur de la 6e génération (avec Jia Zhangke ou Zhang Yang) afficha son style : un cinéma à contre courant prenant le risque de s'attirer les foudres des autorités... C'est d'ailleurs ce qu'il advint, puisque l'homme enchaîne les sanctions à quasiment tous ses films...

Après le succès controversé de son premier film, « Weekend lover », en 1995, il eut du mal à trouver le financement de son film suivant et se tourna alors vers la télévision, réalisant une série intitulée « Super City », qui transposait à la télévision l’univers urbain déliquescent des films de la sixième génération.

En 1998, toujours confronté aux problèmes de production, il finit par créer sa propre société, l’une des premières maisons de production indépendantes chinoises, Dream Factory, qui lui permit, en association avec Philippe Bober, de produire son génial « Suzhou River ». Puis il aborda le genre du film historique avec « Purple Butterfly », inégal mais porté par l’interprétation de Zhang Ziyi.

En 2006, il voulut transmettre les impressions qu’il avait gardées des événements de Tian’anmen, vécus en personne alors qu’il terminait ses études à Pékin. Le film lui valut cinq ans d’interdiction. Ce fut le début d’une descente aux enfers dont il tenta de se sortir en forçant l’issue …

De retour au Festival de Cannes en 2009 pour son film sur l'homosexualité en Chine, «Nuits d'ivresse printanière», Lou Ye a connu sa plus grande réussite internationale avec «Suzhou River» (2000), dont Zhou Xun est l'actrice principale.

Les films de Lou Ye : de quoi faire enrager les autorités chinoises

Suzhou RiverLou Ye en est à son cinquième long métrage et, comme il traite de sujets tabous en Chine, il a subi des interdictions depuis le premier. Il a fini par s’en faire une image de marque.

En 1995, « Week-end lover » (《周末情人》) , qui suivait les vies déjantées d’un groupe de jeunes paumés dans la Shanghai de la fin des années 80 , reprenait le style typique des débuts de la sixième génération, Zhang Yuan et ses « Beijing Bastards » en tête. Tourné en 1993, le film fut interdit pendant deux ans avant de pouvoir sortir.

En 2000, « Suzhou River » (《苏州河》) fut unanimement salué comme un film sortant des sentiers battus, et devint tout de suite une sorte de film culte, une référence et un classique, couronné d’un Tiger award au 29ème festival de Rotterdam.

Centré sur un personnage féminin à l’identité équivoque, finement interprété par Zhou Xun (周迅), le film suit quatre personnages vivant, à nouveau, des existences en marge. Mais la facture est ici novatrice, jouant sur les symboles et les références cinématographiques, et adoptant un style totalement original, elliptique et mouvant, parfaitement adapté à une intrigue dont l’énigme reste entière jusqu’au bout.

C’est ce film qui a élevé Lou Ye au rang des jeunes cinéastes chinois les plus prometteurs de sa génération. Mais, comme il avait été présenté à Rotterdam sans avoir obtenu l’autorisation des autorités chinoises, Lou Ye fut interdit pendant deux ans.

Il dut donc attendre 2003 pour sortir son troisième film, « Purple Butterfly » (《紫蝴蝶》), qui surprit tout le monde : c’est un film qui se passe au début des années 30, dans la Shanghai en guerre contre le Japon, dans le genre poème épique, avec divers personnages emportés dans le flot des événements politico-militaires de ces années noires ; il fut salué comme témoignant de la maturation du cinéaste. Lou Ye devenait  le premier réalisateur de la sixième génération à avoir abordé un sujet historique.

Cependant, « Purple Butterfly » marque une étape. Il accentuait les défauts déjà remarqués lors des deux premiers opus. Le plus gros de ces défauts était la faiblesse, dans le scénario, de l’intrigue et de la caractérisation des personnages.

Une jeunesse chinoiseJusqu’ici, toutefois, la richesse stylistique était telle que, éblouis, on en oubliait le fond pour glorifier la forme. Dans « Purple butterfly », cependant, le style repris des œuvres précédentes n’était plus adapté : Lou Ye a filmé, comme à son habitude, la caméra sur l’épaule, et il y a trop de gros plans très longs sur les visages.

Comme la caméra bouge, cela empêche d’étudier vraiment les expressions, et en même temps cela induit la frustration constante de ne pas voir ce qui se passe par ailleurs ; cela aurait pu être voulu et utilisé, mais n’est ici qu’accidentel.

Son film, au final, ne supporte pas la comparaison avec d’autres qui traitent de la même période mais sans la réduire à un simple cadre historique. Dans ces conditions, il était logique de voir Lou Ye abandonner les gros budgets et revenir au stylisme qui avait fait la force de ses débuts. « Une jeunesse chinoise » (ou « Summer palace » :《颐和园》) fut, en ce sens, une grosse déception.

Lou Ye revenait bien aux thèmes qui lui sont chers depuis son premier film, et surtout celui de la sexualité ; pour enfoncer le clou, il rajoutait une touche politique, qui plus est sur les événements de Tian’anmen, l’un des plus tabous de tous les sujets tabous en Chine.

Mais il en oubliait le style. Comme le fond était toujours aussi confus, le film était provoquant, mais raté, quoi qu’on en dise. On était très loin des promesses de « Suzhou River ».

« Summer palace » ne pouvait qu’être interdit, et il le fut. Qui plus est, Lou Ye et sa productrice écopèrent d’une interdiction de cinq ans (« Je m’attendais à des ennuis, dit-il, mais pas à ce point »). Depuis lors, comme raidi dans une attitude d’artiste maudit à la Rimbaud, Lou Ye se drape d’une aura de cinéaste libre au milieu des chaînes, qui continue à tourner malgré les interdits, pour faire valoir la liberté inconditionnelle d’expression artistique.

« Nuits d'ivresse printanière », présenté au Festival de Cannes 2009 est né de là…

Filmographie

 

Année

Titre français ou anglais

Titre en chinois

2009

Nuits d'ivresse printanière

春风沉醉的晚上

2006

Une jeunesse chinoise

颐和园

2003

Purple Butterfly

紫蝴蝶

2000

Suzhou River

苏州河

1995

Weekend lover

周末情人



 
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