| Wanma Caidan, alias Pema Tseden, un réalisateur tibétain qui défend son héritage culturel |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Vendredi, 11 Décembre 2009 12:51 | |||
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Wanma Caidan a aujourd’hui atteint la quarantaine. C’est l’âge auquel Confucius disait qu’il n’éprouvait plus aucun doute. Cela ne semble pas être le cas de Wanma Caidan, et c’est une bonne chose au moins pour le cinéma. Wanma Caidan 万玛才旦 (Pema Tseden en langue tibétaine)Réalisateur tibétain né en 1969
Un parcours d’abord littéraire Wanma Caidan, né en 1969, est originaire de la préfecture tibétaine autonome de Hainan (海南藏族自治州), à l’est de la province du Qinghai (青海), c’est-à-dire ce qui était, dans le Tibet traditionnel, la province de l’Amdo. Bien qu’ils soient considérés comme tibétains par les autorités chinoises (ils ne font pas partie de l’une des 55 minorités reconnues), les habitants de cette région ont une forte identité culturelle, se qualifiant de amdo pa et non de bod pa comme les Tibétains ordinaires ; ils parlent un dialecte qui est l’un des principaux de la langue tibétaine. Wanma Caidan est imprégné de cette culture. Il a fait ses premières études universitaires dans le département de langue et littérature tibétaines de l’université du Nord-Ouest (西北大学). A partir de 1991, il a publié des articles sur la littérature et l’art tibétains dans diverses revues. Il a aussi été interprète chinois-tibétain. Mais, se sentant limité dans son expression et son public par la seule écriture, il a voulu passer au cinéma pour mieux témoigner de l’art et de la culture tibétains. Un réalisateur attaché à ses racines tibétainesEn 2003, il a décroché une bourse de la Trace Foundation (1) pour entrer à l’Institut du film de Pékin et y suivre un programme de doctorat d’un an en réalisation et littérature cinématographiques. A la fin de l’année, il a reçu une bourse supplémentaire pour tourner son film de fin d’études : ce fut « Grassland » qui marque le début de sa carrière de réalisateur, et a été couronné par de nombreux prix, tant en Chine qu’à l’étranger.« Grassland » (《草原》)est un court métrage de 22 minutes, mais il annonce un style très personnel, en prise directe sur la vie dans ces immensités glacées. L’histoire en est relativement simple : Ama Tsomo (阿妈措姆)est une vieille femme sans enfant ; le village va donc la prendre en charge. On apprend alors que ses yaks ont été volés, mais elle se préoccupe moins des bêtes que des voleurs, préférant un règlement négocié selon la coutume au recours à la justice, qui leur vaudrait d’être emprisonnés. Il n’y a pas vraiment d’acteur, Ama Tsomo comme les autres vivent sous le regard de la caméra leur vie de tous les jours. On ne peut faire plus authentique. Ce premier film était une introduction, une mise en bouche ; ce même sentiment d’authenticité se dégage de son film suivant, un chef d’œuvre : « Le silence des pierres sacrées » (《静静的嘛呢石》jìngjìngde maníshí ) Une réflexion sur la culture tibétaine menacée par la modernité « Le silence des pierres sacrées » a fait le tour des festivals, en commençant par le festival de Pusan où il a été primé. Mais il a été aussi récompensé en Chine même, car c’est un film chinois malgré tout. En France, on l’a vu au festival des Trois-Continents, à Nantes, en novembre 2005, et au festival du cinéma chinois à Paris en 2006. Il a fait l’unanimité partout.Wanma Caidan, qui a écrit lui-même le scénario, décrit la vie d’un jeune garçon que ses parents ont confié à un temple bouddhiste, non loin de leur village, et que tout le monde appelle « le petit lama » avec un mélange d’affection et d’un certain respect. Sa mission est de s’occuper quotidiennement d’un enfant de sept ans qui a été déclaré « Bouddha vivant ». Le gamin reçoit très sérieusement les moines venus lui rendre visite, mais, comme tous les gamins de son âge, raffole des séries télévisées, tout comme le « petit lama ». Pour le Nouvel An, ce dernier rentre dans son village pour passer les fêtes en famille, et a la surprise de découvrir que ses parents, justement, ont acheté un poste de télévision qui trône maintenant à côté de l’autel familial, avec l’enregistrement en VCD de la dernière saga télévisée sur les aventures du Roi singe. Dans ce village paisible où la vie s’écoule toujours au rythme des saisons et en accord avec les traditions et les préceptes bouddhistes, la lucarne magique apporte les images d’un monde lointain qui est à la fois attrayant et menaçant, et d’autant plus menaçant qu’il est attrayant. Si le gouvernement central est loin, la Chine, elle, est omniprésente. La modernité qu’elle représente est en marche, le petit frère du petit lama en est la preuve. Lui, au lieu de sutras, apprend les mathématiques et la géographie à l’école, l’histoire aussi, dans des manuels chinois qui disent que le Tibet fait partie de la Chine et qu’il en a toujours été ainsi. Des manuels écrits en chinois qui est la langue de l’école, où le petit frère a déjà appris l’une des leçons essentielles pour réussir dans la vie moderne : « « Si tu apprends l’arithmétique, explique-t-il au petit lama, tu pourras devenir comptable dans le village. Si tu apprends le chinois, tu pourras partir travailler dans une grande ville en Chine. Le tibétain ? A quoi ça sert d’apprendre le tibétain ? » . Tout est dit. C’est un constat lucide qui fait planer l’ombre d’une menace : la perte d’identité. Sur le bord de la route, un vieil homme continue à graver des pierres sacrées, mais il n’a pas de successeur prêt à prendre la relève à sa mort. C’est tout un monde qui disparaît peu à peu. C’est pour cela que Wanma Caidan filme, et qu’il filme comme il le fait : pour tenter de conjurer le sort, et la crise identitaire. Son film a été tourné dans un village de l’Amdo, dans la langue locale, et tous les acteurs sont non professionnels. Lorsque le film est sorti, il a pris quelques bobines et est allé le projeter là-bas, chez lui. Les villageois émerveillés n’avaient jamais vu un film où les gens parlaient leur langue…(2) Approfondissement de la réflexion avec « The search »Si la conclusion du « Silence des pierres sacrées » semblait assez pessimiste dans son réalisme sans illusions, la réflexion reprise depuis lors semble amorcer la recherche des solutions à la crise. Et quand Wanma Caidan dit que « The search » est un film sur l’amour, c’est sans doute cela qu’il faut sous-entendre, au-delà des histoires d’amour qu’il raconte effectivement : c’est un film sur l’amour de sa terre natale, sur sa culture et la profondeur de ses traditions.
On va maintenant guetter sa sortie « dans un cinéma près de chez nous ». (1) La Trace Foundation est une ONG qui travaille avec des communautés tibétaines en Chine depuis 1993. (2) Voir un reportage sur la tournée dans un des blogs du Monde : http://chine.blog.lemonde.fr/2006/07/
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