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Wang Chao, de l'écriture à la réalisation cinématographique PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Duzan   
Vendredi, 11 Décembre 2009 17:38

Wang Chao, de l'écriture à la réalisation cinématographique

Enfant d'ouvriers, ancien écrivain, Wang Chao a connu le 7e art sous deux angles : d'abord en tant que critique cinématographique, puis en tant qu'assistant de Chen Kaige. Devenu réalisateur, ses oeuvres se veulent retranscrire les réalités de la vie.

Wang Chao  (王超)

réalisateur chinois né le 21 janvier 1964 à Nanjing

A noter

-Wang Chao, c’est d’abord un écrivain, par nécessité en quelque sorte, passé à la réalisation, par choix personnel, dès qu’il a pu

-son troisième film, Voiture de luxe, a reçu le prix «Un certain regard» au Festival de Cannes 2006

De la littérature au cinéma

L'Orphelin d'AnyangWang Chao est né en 1964 à Nanjing, de parents ouvriers. Après la fin de la Révolution culturelle et la mort de Mao, il travaille pendant plusieurs années en usine, tout en suivant des cours du soir de journalisme et, passionné par l'écriture, écrit à ses heures de loisir.

En 1991, il entre à l’Institut du cinéma de Pékin et écrit parallèlement des critiques de cinéma dans des revues spécialisées. En 1994, il sort diplômé et travaille quelque temps dans la publicité ; puis sa critique de « La Terre jaune » lui vaut de devenir l’assistant de Chen Kaige entre 1995 et 1998, sur le tournage de « Adieu ma concubine » et « L'Empereur et l'Assassin ».

C’est une expérience pratique qui lui met le pied à l’étrier. « Je travaillais au sein d'une équipe dirigée par Chen Kaige, a-t-il expliqué. En travaillant dans son entourage, j'ai commencé à apprendre les réalités du métier de réalisateur. » Jusque là, il avait été romancier et critique : un intellectuel de la plume qui bataillait pour joindre les deux bouts. Le travail avec Chen Kaige lui a assuré le couvert pendant trois ans, mais lui a en plus enseigné le travail concret du réalisateur, les contraintes et les pressions quotidiennes du métier.

Il restait cependant avant tout écrivain, une raison étant qu’il n’avait pas les moyens de se lancer dans la réalisation ; l’écriture fut son premier moyen d’expression. De 1996 à 2000, il publie quatre nouvelles, gardant toujours en tête la possibilité de les adapter un jour au cinéma. Elles ont toutes été traduites en français :

1997  《南方》          « Homme du sud, femme du nord » (Bleu de Chine, coll. Chine en poche, 2005)
1998  《去了西藏》    « Tibet sans retour » (Bleu de Chine, coll. Chine en poche, 2003)
1999  《天堂有爱》    « Au paradis, l’amour » (Bleu de Chine, coll. Chine en poche, 2004)
2000  《安阳婴儿》:   « L’orphelin d’Anyang » (Bleu de Chine, 2002)

C’est ce dernier ouvrage qu’il peut enfin adapter en scénario. Il l’a dit lui-même : « Je suis venu au cinéma par la littérature. .. Jeune, j'aimais autant la littérature que le cinéma… Je n'avais pas d'argent pour faire des films, mais j'avais beaucoup de temps pour penser et créer des histoires ; l'écriture romanesque me semblait le moyen le plus naturel de créer quelque chose. Le grand avantage, c'est que la littérature donne le temps de développer l'histoire et les personnages… »

Entre 2001 et 2006, il réalise ce que l’on peut considérer comme une trilogie : « Ces trois films traduisent mes réflexions sur la Chine contemporaine, sa réalité, son histoire, ce sont trois allégories…» a-t-il dit.

2001 《安阳婴儿》 Anyáng yīngér      L'Orphelin d'Anyang
2004 《日日夜夜》 Rìrì yèyè               Jour et nuit
2006 《江城夏日》 Jiāngchéng xiàrì   Voiture de luxe

« L’orphelin d’Anyang » : la réalité transfigurée

Wang Chao a déclaré que, pour lui, le cinéma était un moyen « d'approcher et de retransmettre la réalité » ; il considérait la caméra comme « probablement » le meilleur instrument pour l’observer. Mais « L’orphelin d’Anyang » fut un choc : on n’avait jamais filmé la réalité de cette manière.

C’est un film d’une richesse inépuisable, un ovni cinématographique qu’on ne se lasse pas de regarder. Les deux films suivants ont confirmé le talent d’un réalisateur qui a su évoluer, sans se cantonner dans un style qui lui avait valu ses premiers succès.

Réflexions sur la Chine moderne en forme de chroniques sociales

Jour et nuit« Jour et Nuit » est certainement le moins connu de la trilogie de Wang Chao. Nous somme ici au bord du fleuve Jaune, dans une région minière en déclin, et qui plus est en hiver. Un mineur continue de travailler avec son apprenti dans le seul puits encore en activité ; sa femme gagne un peu d’argent en allant, avec leur fils attardé mental, vendre des légumes en ville. La nuit, l’apprenti tente de satisfaire les désirs insatisfaits de l’épouse. Un jour, un coup de grisou tue le maître ; l’apprenti rescapé, rongé par la culpabilité, délaisse la femme et tente de se racheter…

Cela ressemble à une chronique sociale sur les problèmes nés de la reconversion des vieilles mines en Chine, sur la paupérisation des mineurs et les dangers d’exploitations sans normes de sécurité. Là encore, cependant, Wang Chao va au-delà des apparences : le film est en fait une réflexion très chinoise, et plutôt taoïste, sur la faute et les difficultés, sinon l’impossibilité, du rachat.

On retrouve comme un écho du style de son premier film : c’est aussi comme un conte philosophique, raconté avec la lenteur des conteurs d’autrefois, et toujours en plans séquences très travaillés. On sent que Wang Chao, là,  avait son temps. Le style s’est affiné, en particulier dans les cadrages, et le film, en plus, est esthétiquement réussi.

Il a été primé au 25ème festival des Trois-Continents à Nantes. Mais cela reste une œuvre de transition.

« Voiture de luxe » est une autre réflexion, cette fois sur les inégalités nées du boom économique. Le sujet n’est pas neuf, mais il est ici traité de façon originale, avec un scénario remarquable qui a travaillé les caractères des personnages autant que les situations.

Voiture de luxeEt d’abord, Wang Chao a choisi de tourner le film à Wuhan, troisième ville de Chine, parce qu'elle incarne, loin de Pékin et de Shanghai, les contradictions de la Chine profonde : en plein centre de la Chine, Wuhan est un carrefour, une zone charnière qui a vu se mêler diverses influences, une zone de métissage. Le film a été tourné en dialecte local, ce qui renforce le caractère d’authenticité, comme dans « L’orphelin d’Anyang ».

L’histoire est apparemment simple : un instituteur à la retraite, Li Qiming (李启明), part à Wuhan à la recherche de son fils qui y a disparu ; sa femme est gravement malade et voudrait le revoir avant de mourir. A Wuhan, il est hébergé par sa fille, Yanhong (李艳红), qui est hôtesse dans un bar de karaoké, et le met en relation avec un ancien policier pour l’aider dans ses recherches.

A ce trio central est ajouté le « fiancé » de Yanhong que l’ancien policier reconnaît comme un mafieux qu’il a fait emprisonner une dizaine d’années auparavant – et qui possède une Audi, autre personnage central qui symbolise les rêves d’enrichissement des protagonistes, et de la Chine entière. Le père tente de fermer les yeux sur la vie de sa fille…

Cela pourrait être un film sombre, c’est plutôt un film plein d’une douceur nostalgique, comme finalement les autres films de Wang Chao. Dans un monde sensé ne plus avoir ni principes ni valeurs, où tout le monde tente de survivre par tous les moyens, il y a toujours, chez lui, un brin de chaleur humaine, de générosité impromptue qui affleure sous les comportements les plus durs.

Dans son premier film, le chômeur Yu Dagang risque sa vie pour protéger la prostituée qui le paie pour s’occuper de son bébé ; dans « Jour et Nuit », l’ancien apprenti, une fois devenu à son tour le patron de la mine, met sa nouvelle richesse au service d’une cause qui puisse le racheter : trouver une femme au fils handicapé de son maître disparu. Dans « Voiture de luxe », c’est l’affection entre le père et la fille qui les sauve de la dérive, leur sert de point de repère et de valeur suprême dans un monde de plus en plus difficile à vivre.

C’est finalement sur un retour au village que l’on peut lire comme un retour aux sources que le film se conclut, l’enfant à naître pouvant très bien être « L’orphelin d’Anyang », en un superbe mouvement cyclique qui est celui de la vie.

Filmographie

2001 : L'Orphelin d'Anyang (Anyang de yinger 安阳的孤儿)
2004 : Jour et nuit (Ri ri ye ye 日日夜夜)
2006 : Voiture de luxe (Jiang cheng xia ri 江城夏日)
2009 : Memory of love (Zhonglai 重来)
 
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