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Wong Kar-wai fait partie des réalisateurs chinois les plus connus dans le monde. Pour beaucoup de cinéphiles, ce cinéaste est tout simplement génial. Pourtant, son image en Chine est beaucoup moins positive, ses films laissant bien souvent insensible le grand public.
Wong Kar-wai
王家卫 Wáng Jiāwèi (pinyin) Réalisateur, scénariste et producteur hongkongais né le 17 juillet 1958 à Shanghai
A noter
-a collaboré sur de nombreux films avec le directeur de photographie australien Christopher Doyle, un grand habitué du cinéma chinois puisqu'il a travaillé sur plusieurs grands films comme «Infernal Affairs» de Andrew Lau et Alan Mak ou encore «Hero» de Zhang Yimou
-Wong Kar-wai est honoré du titre de Bronze Bauhinia Star, troisième niveau de l'équivalent de la légion d'honneur à Hong Kong
-Wong Kar-wai est réputé faire grand usage de l'improvisation dans son travail, ce qui perturbe souvent ses équipes de tournage, notamment les acteurs qui ne peuvent se fixer à un scénario ferme.
Le fer de lance du cinéma d'auteur hongkongais
Si on devait définir en peu de mots de travail de Wong Kar-wai, on parlerait tout simplement de cinéma d'auteur. Le cinéaste hongkongais n'a semble t-il jamais été vraiment doué pour les oeuvres commerciales et grand public, comme le montre l'échec au box-office de l'un de ses plus gros budgets, «Les Cendres du temps».
Ce wuxia pian, film de capes et d'épées, est également révélateur de l'un des thèmes de prédilections de Wong Kar-wai : l'amour, si possible difficile, voire impossible. Ce film, comme beaucoup d'autres oeuvres du Hongkongais d'adoption, a été peu comprise et appréciée en Chine continentale, où le cinéaste est beaucoup moins bien considéré qu'en Occident.
Chez lui incompris car son cinéma serait trop intellectuel, génie unique dont on reconnaît la subtilité à l'étranger... Telle est la situation de Wong Kar-wai, un réalisateur qui tourne peu -onze films en plus de vingt ans de carrière- et véritable personnage portant en permanence ou presque des lunettes noires.
Mais que l'on comprenne ou non ses oeuvres, on ne peut lui nier une qualité artistique majeure : une photographie magnifique et des bandes sons de grande qualité, souvent composées de chansons non-chinoises.
Les premiers pas à Hongkong
Originaire de Shanghai, Wong Kar-wai migre avec sa mère à Hong Kong alors qu'il n'a que cinq ans. En cette période difficile des premiers pas de la République populaire de Mao Zedong, son père et les deux autres enfants de la famille ne peuvent les suivre et sont retenus en Chine.
Il s'agit d'un épisode douloureux de la vie du cinéaste puisque la séparation va durer une décennie, et qu'il doit s'adapter à un nouvel environnement dont il ne connaît pas encore la langue, le cantonais.
Sous l'influence de sa mère, il fréquente beaucoup les cinémas et s'intéresse au cinéma hollywoodien, puis plus tard au cinéma européen, notamment la Nouvelle Vague française. Sa vocation est presque trouvée puisqu'il part ensuite étudier l'art graphique à l'Ecole Polytechnique de Hongkong, se prenant notamment de passion pour la photographie.
Diplômé en 1980, il devient assistant de production pour la chaîne Hong Kong Television Broadcast. Il se met alors à écrire des scénarios en tout genre, dont celui du populaire soap opera «Don't look now».
Au milieu des années 80, il rejoint la société de production cinématographique d'Alan Tang, acteur, cinéaste et producteur influent à Hong Kong. Pour ce dernier, qui participera plus tard au financement de «As tears go by», son premier long métrage, Wong Kar-wai continue d'écrire des scénarios avant de devenir réalisateur indépendant.
«Nos années sauvages», un réalisateur est né
Patrick Tam, réalisateur du film «The Final Justice» dont Wong Kar-wai est le scénariste, encourage ce dernier à devenir cinéaste. Son première film en tant que réalisateur est le polar «As tears go by» (1988), avec Andy Lau, Maggie Cheung ou encore Jacky Cheung au casting. Il s'agit d'un succès commercial, le seul vrai de la carrière du réalisateur, plus souvent apprécié par la critique que le grand public.
Son second film, en 1990, s'intitule «Nos années sauvages». Malgré la présence de quelques stars dont Leslie Cheung dans le rôle phare, le long métrage est un échec au box-office, le producteur Alan Tang y perdant une partie non-négligeable de son investissement initial.
Mais pourtant, le film est apprécié par la critique avec cinq titres aux Hongkong Film Awards dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur, et le titre de meilleur film hongkongais de la décennie aux Golden Bauhinia Awards...). «Nos années sauvages» est aujourd'hui considéré comme un chef d'oeuvre par les cinéphiles, qui y voit une référence du cinéma d'auteur hongkongais et un acte fondateur du style Wong Kar-wai.
Le choix de l'indépendance
Peu après avoir acquis cette nouvelle notoriété, Wong Kar-wai crée sa propre société de production, Jet Tone Films Ltd. Pouvant travailler à son rythme, il réalise quelques très belles oeuvres au coeur des années 90, comme «Chungking Express» (1994), qui n'était pourtant pas un projet majeur à l'origine. Contrairement au wuxia pian «Les cendres du temps» (1994), tourné à la même période, qui restera dans la postérité comme une grosse production ayant fait un flop commercial, même si les inconditionnels du réalisateur ont apprécié le film.
La première grande reconnaissance internationale pour Wong Kar-wai attend 1997 avec le prix de meilleur réalisateur à Cannes pour «Happy together», l'histoire d'amour de deux homosexuels interprétés par Leslie Cheung et Tony Leung Chiu-wai.
Cette distinction illustre bien la carrière de Wong Kar-wai : l'image d'un artiste peu commercial et compréhensible dans son pays, mais un talent d'auteur très apprécié en Occident et notamment en France.
En 2000, «In the mood for love» confirme d'ailleurs la grosse côte de Wong Kar-wai dans l'Hexagone : plus d'un million d'entrées et le titre de meilleur acteur à Cannes pour Tony Leung Chiu-wai, une nouvelle fois en haut de l'affiche.
Ce film, qui prend pour cadre le Hongkong des années 60, est considéré comme la suite de «Nos années sauvages» -car il met une nouvelle fois en scène Maggie Cheung sous le nom de Su Lizhen- et la seconde partie d'une trilogie complétée avec «2046», film commencé en 2003 mais seulement achevé en 2005 en raison des épidémies de SRAS.
Premier chinois président du jury à Cannes
En 2006, Wong Kar-wai devient le premier chinois à occuper la position de président du jury du Festival de Cannes et en 2007. Cette même année, il fait débuter Norah Jones au cinéma dans «My Blueberry Nights», son premier film hollywoodien dans lequel il dirige aussi Jude Law.
Depuis, le cinéaste chinois s'est fait discret, mais prépare un retour sur le devant de la scène avec le film d'arts martiaux «The Grandmasters», une oeuvre biographique sur le maître de Wing Chun Yip Man, premier professeur du légendaire Bruce Lee. Pour jouer le rôle phare, Wong Kar-wai a choisi l'un de ses acteurs fétiches et véritable icône en Chine : Tony Leung Chiu-wai.
Les acteurs de WKW
Wong Kar-wai fait partie de ces cinéastes chinois qui ont leurs acteurs de prédilection. Si bien qu'il fait fréquemment appel aux mêmes dans plusieurs long-métrages consécutifs. Une quinzaine d'acteurs de grand renom ont ainsi joué dans au moins deux films du cinéaste.
Le plus assidu n'est pas le moins connu de tous : il s'agit de Tony Leung Chiu-wai (meilleur acteur du Festival de Cannes 2000), qui apparaît au casting de sept oeuvres de Wong Kar-wai. Chez les femmes, c'est la non moins célèbre Maggie Cheung qui est la plus récurrente, avec six films de Wong Kar-wai à son actif.
Filmographie
1988 : As Tears Go By (旺角卡門) 1990 : Nos années sauvages (阿飛正傳, Days of Being Wild) 1994 : Les Cendres du temps (東邪西毒, Ashes of Time) 1994 : Chungking Express (重慶森林) 1995 : Les Anges déchus (墮落天使, Fallen Angels) 1997 : Happy Together (春光乍洩) 2000 : In the Mood for Love (花樣年華) 2004 : 2046 2004 : Eros 2007 : My Blueberry Nights (藍莓之夜) 2007 : Chacun son cinéma (un court métrage : I Travelled 9 000 km To Give It To You) 2011 : The Grand Master A venir : The Lady from Shanghai
Récompenses (non exhaustif)
1991 : meilleur réalisateur lors des Hong Kong Film Awards pour Nos années sauvages
1994 : prix FIPRESCI au Festival de Stockholm pour Chungking Express
1995 : meilleur réalisateur lors des Hong Kong Film Awards pour Chungking Express
1995 : prix du meilleur réalisateur lors des Hong Kong Film Critics Society Awards pour Les Cendres du temps
1997 : prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Happy Together
2000 : prix du meilleur film étranger lors des Prix du cinéma européen pour In the Mood for Love
2001 : César du meilleur film étranger pour In the Mood for Love
2001 : prix du meilleur film étranger lors des German Film Awards pour In the Mood for Love
2001 : prix du meilleur réalisateur lors des Hong Kong Film Critics Society Awards pour In the Mood for Love
2004 : prix du meilleur film étranger lors des Prix du cinéma européen pour 2046
2005 : rix du meilleur film étranger lors du Mainichi Film Concours pour2046
2008 : récompense spéciale au Festival de Stockholm 2008
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