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Zhang Yimou, l'esthète du cinéma chinois PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Jeudi, 03 Décembre 2009 02:00

L'ancien caméraman est devenu un réalisateur de génie

Rescapé de la Révolution Culturelle lui ayant pris sa jeunesse, Zhang Yimou est l’un des fers de lance de la 5e génération de réalisateurs chinois. Réputé pour son sens ésthétique et la beauté de ses images, l’ancien caméraman compte quelques chefs d’oeuvres à son actif tels «Hero» ou «Epouses et concubines».

Zhang Yimou 张艺谋

Réalisateur chinois (Drame, Fresques épiques)
Né le 14 novembre 1951 à Xi'an

«L’objectif de n’importe quelle forme d’art n’est pas politique. Je n’ai pas d’intentions politiques. Je ne suis pas intéressé par la politique»
Zhang Yimou

A savoir

-Avant de travailler dans le cinéma, Zhang Yimou faisait de la photographie

-A étudié à l'Institut du Cinéma de Pékin dans la section « prise de vue »

-L'actrice Gong Li, avec qui il a entretenu une relation amoureuse jusqu'en 1995, joue dans ses 6 premiers films.

-Zhang Yimou a réalisé les cérémonies d’ouverture et de clotûre des Jeux Olympiques de Pékin en 2008

-Zhang Yimou fait partie de ce que l’on appelle la 5e génération de réalisateurs chinois, caractérisée par sa prise de distance avec le style traditionnel

Marqué par la Révolution Culturelle

L’enfance de Zhang Yimou est relativement difficile à cause du lien entre sa famille et le Kuomintang, parti exilé à Taïwan après sa défaite contre les communistes. Son père était en effet un haut gradé dans l’encadrement militaire de Chiang Kai-Tchek. Avec la Révolution Culturelle en 1966, il doit arrêter ses études pour travailler 3 ans dans une ferme, puis 7 ans dans un atelier de tissage.

A cette époque, il commence à s’intéresser à la peinture et à la photographie amateure. A 18 ans, il s’achète son premier appareil photo grâce à de l’argent récoltée en vendant son sang...

Le début de sa carrière

Quand l’Institut du Cinéma de Pékin ouvre en 1978, Zhang Yimou est trop âgé et pas assez qualifié pour pouvoir prétendre y suivre un cursus. Néanmoins, il tente sa chance via une lettre personnelle à l’adresse du Ministère de la Culture, dans laquelle il invoque ses années perdues lors de la Révolution Culturelle. Il envoie également une sélection de photos qu’il a prises, et est finalement accepté dans le département de cinématographie.

Il y est finalement diplômé dans la célèbre promotion de 1982, aux côtés de deux autres illustres réalisateurs : Chen Kaige et Tian Zhuang Zhuang. Durant leur formation, ils ont pu voir et s’inspirer des plus grands du monde du cinéma : Scorsese, Truffaut, Kurosawa, Kubrick...

Par la suite, il travaille comme caméraman dans le Guangxi Film Studio. La disette en réalisateurs (cause directe de la Révolution Culturelle) lui permet d’avoir de plus en plus de responsabilités et d’imposer son style novateur. Ce qui est d’ailleurs l’un des traits de sa génération, rapidement décrit par les critiques comme en rupture avec les techniques traditionnelles.

En 1984, il participe ainsi au film de Zhang Junzhao «One and Eight» comme directeur de la photographie, puis la même année travaille avec son camarade de promotion Chen Kaige. Le film «Terre Jaune» devient alors ce que beaucoup considèrent comme l’oeuvre inaugurale de la «5ème génération» de réalisateurs chinois, marquée par la montée en puissance du cinéma chinois à l’étranger.

Zhang le réalisateur

L'un des réalisateurs les plus célèbres de ChineInvité en 1985 par le réalisateur Wu Tianming sur le projet «Le vieux puits», Zhang assume à la fois la fonction de caméraman et celle d’acteur... Il y gagne une distinction au «Festival International du Film de Tokyo », et surtout un soutien logistique de Wu pour son premier projet comme réalisateur : «Le Sorgho Rouge» en 1987.

Il donne à Gong Li, sa future actrice fétiche, son premier rôle important, aux côtés du talentueux Jiang Wen. Le film, un succès, récolte un Ours d’or au Festival de Berlin, et Zhang gagne une réputation de réalisateur talentueux...

Son second film, le thriller «Opération Jaguar» (1989), est un fiasco, mais un autre projet débuté la même année, «Judou», rencontre quant à lui le succès et donne un avant goût de l’usage si particulier des couleurs de Zhang Yimou.

Arrive alors au début des années 90 ce que beaucoup considèrent comme LE chef d’oeuvre du cinéaste : «Epouses et concubines», sorti en 1992. Avec une nouvelle fois Gong Li dans le rôle clé, le film se heurte à la censure en Chine mais rencontre un succès magistral à l’étranger, où on loue la beauté des images et l’usage des couleurs faits par le jeune réalisateur chinois. Sa montée en puissance n’en finit plus puisqu’en 1994, il reçoit le Grand prix du jury au Festival de Cannes pour «Vivre !».

Shanghai Triad marque la fin de sa collaboration et de sa relation avec Gong Li, et il porte son dévolu sur la jeune Zhang Ziyi pour être sa nouvelle égérie... Comme il l’avait fait en 1992 pour «Qiu Ju», Zhang Zimou choisit un casting non professionnel pour le film «Pas un de moins», qui remporte un Lion d’or au Festival de Venise en 1999.

Selon lui, il s'agit là de l'un de ses meilleurs films, une oeuvre néoréaliste qui traite avec brio du sujet de la pauvreté dans les campagnes chinoises. Son actrice principale, la jeune Wei Minzhi, a vu sa vie changer du jour au lendemain grâce à sa présence en haut de l'affiche et au succès international du long métrage.

Le style Zhang Yimou

Extrait de la Cité InterditeSouvent récompensé, Zhang Yimou est un réalisateur qui a déjà marqué son époque. Si l’on fait souvent référence à la qualité visuelle de ses oeuvres, il est avant tout un metteur en scène qui parle de la Chine d’aujourd’hui avec honnêteté.

C’est ainsi que de nombreux de ses films évoquent l’histoire de chinois moyens, de leur vie, leur réalité quotidienne, leurs problèmes... En clair, Zhang Yimou a la capacité à rendre belles et riches de sens les situations les plus simples en apparence.

Hero, et ses autres films épiques

L’année 2002 est sans conteste celle de l’un des plus gros succès internationaux et commerciaux du réalisateur : «Hero». Pour cette fresque épique où le goût des couleurs de Zhang est plus qu’évident, un casting de rêve est mis à disposition : Jet Li, Tony Leung, Maggie Cheung, Zhang Ziyi...

Le film fait un carton au box office américain et rencontre un succès comparable à celui de «Tigre et Dragon» d’Ang Lee, autre film de capes et d’épées chinois à avoir conquis l’Occident. En surfant sur cette vague, Zhang réalise en 2004 «Le secret des poignards volants».

Si les critiques accueillent favorablement ce film qui jouit d’images d’une grande beauté et d’un nouveau casting de choix (Andy Lau, Takeshi Kaneshiro et Zhang Ziyi), le succès n’est pas comparable à celui de «Hero». Son dernier grand film, «La Cité Intedite» (2006), est de la même veine grâce notamment à des moyens importants et des décors soignés. Gong Li fait son retour dans le casting aux côtés de Chow Yun-Fat, Liu Ye et du chanteur taiwanais Jay Chou (Zhou Jielun).

Les Jeux Olympiques dans le CV

Une image de la magnifique cérémonie d'ouverture des JO 2008Reconnu pour son talent artistique et la beauté visuelle de ses films, Zhang Yimou avait dirigé une partie de la cérémonie de clotûre des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004. Une mise en bouche pour lui qui a ensuite eu le grand honneur d’organiser, aux côtés de Zhang Jigang, les cérémonies d’ouverture et de clotûre des Jeux Olympiques d’été 2008 à Beijing...

Après la grande messe olympique, Zhang Yimou est repassé derrière la caméra en 2009 avec «Une simple histoire de nouilles», un remake du film «Sang pour Sang» des frères Coen, dont le cinéaste chinois serait un admirateur. Avec quelques stars comme l'humoriste Xiao Shenyang ou le talentueux Sun Honglei, ce premier long métrage post-olympique n'a pas répondu aux réelles attentes des cinéphiles, même si sur le plan financier, il a très bien marché (remboursement du budget de production en quatre jours de diffusions dans les salles obscures chinoises).

Filmographie

1987 : Le Sorgho Rouge (红高粱, Hong Gao Liang)
1989 : Opération jaguar (代号美洲虎 Dai hao mei zhou bao)
1991 : Judou (菊豆)
1992 : Epouses et concubines (大红灯笼高高挂, Da hongdenglong gaogao gua)
1992 : Qiu Ju, une femme chinoise (秋菊打官司, Qiu Ju da Guansi)
1994 : Vivre ! (活着, Huo Zhe)
1995 : Shanghai Triad (摇啊摇,摇到外婆桥, Yao a yao yao dao waipo qiao)
1997 : Keep Cool (有话好好说, You hua hao hao shuo)
1999 : The Road Home (我的父亲母亲, Wo de fu qin mu qin)
1999 : Pas un de moins (一个都不能少, Yi ge dou bu neng shao)
2000 : Happy Times (幸福时光, Xingfu Shiguang)
2002 : Hero (英雄, Ying xiong)
2004 : Le secret des poignards volants (十面埋伏, Shi mian mai fu]
2005 : Riding alone : Pour un fils (千里走单骑 , Qian li zou dan ji)
2006 : La Cité Intedite (满城尽带黄金甲, Man cheng jin dai huang jin jia)

2009 : Une simple histoire de nouilles (三枪拍案惊奇 Sānqiāng Pāi'àn Jīngqí)

Récompenses

Prix du meilleur acteur au Festival de Tokyo en 1987 (Le vieux puits).
Lion d'argent au Festival de Venise en 1991 pour Epouses et concubines
Lion d'or au Festival de Venise en 1992 pour Qiu Ju, une femme chinoise.
Ours d'or au Festival de Berlin de 1988 pour Le Sorgho Rouge
Prix Alfred Bauer au Festival de Berlin 1993 pour Hero
Grand prix du jury au Festival de Cannes de 1994 pour Vivre !
Lion d'or au Festival de Venise en 1999 pour Pas un de moins.

 
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