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Johnnie To, la valeur sûre du cinéma de Hongkong PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Jucha   
Samedi, 05 Décembre 2009 17:04

Johnnie To, la valeur sûre du cinéma de Hongkong

Aujourd'hui parmi les dernières grandes références du cinéma hongkongais, Johnnie To est une valeur sure de la réalisation. Capable de toucher à tous les styles, de plaire au public comme à la critique, l'homme marche avant tout au feeling pour faire ses films et choisir ses défis...

Johnnie To Kei-Fung

( 杜琪峰 dù qífēng en pinyin chinois)
né le 22 avril 1955 à Hongkong.
réalisateur et producteur hongkongais,

A savoir

-son film «Sparrow» a pris trois ans entre les différentes prises de vues : il s'agissait d'une oeuvre plus personnelle et pour se faire plaisir dont il s'occupait seulement quelques jours par mois.
-fan de cinéma depuis l'enfance, Johnnie To admirait Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Burt Lancaster ou encore Dustin Hoffman

De la TVB à Milkyway : le fabuleux destin de Johnnie To

«Tu veux faire quoi quand tu seras grand ?» On pourrait penser qu'à une telle question, Johnnie To enfant aurait répondu sans ciller «du cinéma bien sûr !». Or, si le Hongkongais est aujourd'hui l'un des réalisateurs les plus connus de la planète, il n'en est pas moins arrivé au 7e art un peu par hasard, voire par défaut...

Quand il décide d'arrêter ses études, peu avant ses 18 ans, Du Qifeng (son nom en chinois mandarin) n'a pas vraiment trouvé sa vocation. Il a postulé pour quatre postes différents : policier, agent des télécoms, footballeur ou employé à la TVB...

On peut aujourd'hui considérer que le destin a poussé la chaîne télévisée de l'ancienne colonie britannique à lui répondre au plus vite. Car il s'agit bien de cela : l'actuel réalisateur à succès s'orienta à l'époque sur le premier job qui lui tendit les bras...

Faire ses armes à la télévision

Il commence donc à travailler en 1972 à la télévision, assigné à des tâches administratives qui visiblement ne l'emballent pas. En effet, il préfère roder à proximité des plateaux pour voir si l'air y est plus frais, et finit pas apprendre un nouveau métier de réalisateur, qu'il entame officiellement en 1977.

Son niveau s'améliore, sa réputation avec. C'est ainsi fort logiquement que Johnnie To s'aventure à passer du petit au grand écran en 1980 avec la réalisation du film «Enigmatic Case». Le long métrage fait un flop commercial, et le futur grand réalisateur décide qu'il est encore trop tôt pour lui de partir à la conquête du cinéma.

Il retourne donc à la télévision pour six ans, le temps de parfaire ses gammes et d'élargir son répertoire. Il touche à tous les genres -comédie, arts martiaux, comédie romantique- et son panel technique s'étoffe. Dans le métier, on le perçoit de plus en plus comme un réalisateur fiable car il dépense rarement l'ensemble d'un budget et ne dépasse jamais les délais.

C'est donc de manière naturelle que le cinéma lui offre une seconde chance en 1986 avec la comédie d'épouvante «Happy Ghost 3». Il collabore alors avec le monstre sacré du 7e art à Hongkong, Raymond Chow. Plusieurs films s'enchaînent avec «Seven Years Itch» (1987) et surtout «The Eight Happiness» (1988), un carton sur le plan commercial.

La consécration aux côtés de Chow Yun Fat

All About Ah-Long, le premier succès de Johnnie ToLa même année, il est choisi par Tsui Hark pour terminer le film «Big Heat», mais les divergences de points de vue entre les deux amis font que Johnnie To quitte le navire rapidement. Sa vie professionnelle à cette époque ne le comble pas : pour lui, le cinéma ne se limite pas à une question de rentabilité financière, il aspire à des oeuvres plus personnelles.

La suite des opérations lui donne raison : «All About Ah-Long» (1989) est son 6e long métrage, le premier où il a conçu le scénario lui même. Avec Chow Yun Fat comme acteur principal, il rencontre enfin un succès à la fois auprès des critiques et du public : il est nominé comme meilleur réalisateur aux Hongkong Film Awards en 1990, alors que Chow, remporte le titre de meilleur acteur. Une surprise pour une oeuvre qui propose, chose rare alors à Hongkong, une fin tragique.

Mais l'histoire est en marche pour Johnnie To, un grand réalisateur est né, et des acteurs de renom vont dès lors jouer régulièrement sous sa direction : Andy Lau, Stephen Zhou, Tony Leung Ka-Fai...

«The Heroic Trio», premier aperçu du succès mondial

Avec «Justice my Foot», en 1992, autre succès commercial, il prouve qu'il a du caractère : son acteur majeur, Stephen Zhou, semble vouloir discuter de nombreux points du film avec lui. Johnnie To le renvoit dans les cordes et dira de lui plus tard qu'«il a trouvé sa voie en devenant réalisateur». On dit souvent qu'il ne peut y avoir deux tigres sur la même montagne ; la phrase semble pouvoir s'appliquer également aux metteurs en scène de caractère.

En Occident, ce n'est qu'en 1993 avec «The Heroic Trio» que le réalisateur fait parler de lui. Surtout, il permet d'y révéler trois actrices : Anita Mui, Michelle Yeoh et Maggie Cheung. Mais ce n'est pas encore suffisant pour lui donner une reconnaissance internationale.

Il continue donc son bonhomme de chemin et les films à succès, comme «Loving You» en 1995. Cette oeuvre assez personnelle est une nouvelle réussite, et son acteur principal Lau Ching Wan s'impose alors comme un comédien important.

Milkyway, le passeport pour la liberté créatrice de Johnnie To

L'un des plus grands réalisateurs d'AsieAfin de jouir d'une plus grande liberté d'action -notamment en n'étant pas continuellement soumis à la nécessité de rentabilité- Johnnie To fonde sa propre maison de production en 1996. Le projet s'appelle «Milkyway», et le scénariste Wai Ka-Fai devient le partenaire incontournable. To décrit d'ailleurs leur association comme un cerveau (Wai Ka-Fai) et un exécutant (lui-même).

Le fonctionnement est simple : les films commerciaux assurent la pérennité de l'entreprise et la possibilité de se lancer dans des travaux plus ambitieux sur le plan artistique, tout en lançant de nouveaux talents.

En 1997, alors que la rétrocession de Hongkong à la Chine et la crise du cinéma local poussent de nombreux cinéastes importants à s'exiler vers des contrées plus chaleureuses comme Hollywood, Johnnie To décide de rester sur place.

Bien lui en a pris puisque sa maison de production devient petit à petit un label de qualité, et lui l'une des références du métier.

Les réussites s'enchaînent

A partir des années 2000, ses films sont représentés dans les festivals internationaux, plus particulièrement les films policiers comme «Running out of Time». La France le découvre vraiment en 2001 avec «The Mission» (sorti en 1999), pour beaucoup son meilleur film avec le dyptique Election (2005 et 2006).

En 2004, Breaking News fait partie de la sélection hors compétition au Festival de Cannes, et en 2005, Election intègre lui la sélection officielle. Désormais, le réalisateur jouit d'une reconnaissance mondiale.

Le style Johnnie To : les bénéfices au service de l'art

Quand on parle de Johnnie To, on parle bien sûr d'un des meilleurs ambassadeurs du cinéma de Hongkong. Mais au-delà d'une célébrité méritée, le cinéaste se caractérise par un mode de fonctionnement atypique mais terriblement efficace.

Réalisateur et producteur à la filmographie longue comme les deux bras, Johnnie To a rapidement acquis une réputation de metteur en scène fiable. Pourquoi ? Parce que ses méthodes économiques assurent la rentabilité de quasiment tous ses films.

Il opte toujours pour des budgets serrés afin de rentrer rapidement dans ses frais (le piratage vidéo est très répandu en Chine), et de pouvoir prendre plus de risques sur le tournage. Ses succès commerciaux lui permettent de financer ses projets plus personnels (Breaking News, Election 1 et 2, Throw Down, Running on Karma).

Ces derniers sont en outre la cerise sur le gâteau lui ayant permis de conquérir la critique aussi bien en Asie que dans le reste du monde. Le plan séquence qui ouvre «Breaking News», par exemple, fait partie des scènes d'anthologie du 7e art. Le film lui-même est considéré comme l'un des meilleurs travaux du réalisateur à ce jour.

Des chefs d'oeuvre, l'homme en compte plusieurs à son actif. Ses secrets pour une si grande productivité sont multiples.

Scénario, vous avez dit scénario ?

Triangle, un projet expérimentalTout d'abord, il sait, et surtout aime, toucher à tous les styles, que ce soit le film policier (ce pour quoi il est le plus célèbre en Occident) ou la comédie, les arts martiaux, l'humour... Ensuite, au sein même d'un long métrage, il ne se limite pas à un genre prédéterminé, comme en témoignent les scènes comiques qu'il place au milieu des histoires les plus sombres.

Son style réaliste, sa capacité à surprendre le spectateur, sa tendance à placer des moments «de vide», sans action, d'où viennent-ils ? Du plus grand secret du cinéaste : il travaille sans scénario écrit à l'avance ou presque !

Plus que de se baser sur une histoire déterminée et rigide, Johnnie To s'adapte aux aléas du tournage, et s'inspire principalement du jeu des acteurs. En ressort une plus grande spontanéité, des personnages aux personnalités plus profondes, et quelques scènes inoubliables...

Des acteurs fétiches

L'inconvénient, c'est que tous les professionnels du cinéma ne peuvent pas forcément s'adapter à une telle originalité de fonctionnement. Ce qui peut peut être expliquer pourquoi le célèbre réalisateur travaille souvent avec les mêmes hommes.

On peut citer par exemples les acteurs Simon Yam (Sparrow, Triangle, Exiled, Election 1 et 2, PTU...), Lam Suet (Sparrow, PTU, Linger, Mad Detective, Triangle...), Andy Lau (Yesterday Once More, Running on Karma, Running out of Time...) et parmi les scénaristes Yau Nai-Hoi (PTU, Triangle, Election 1 et 2, Running on Karma, Turn left turn right...), Au Kin Yee (Mad Detective, PTU, Triangle, Yesterday Once More...) ou encore Yip Tin Shing (Triangle, Exiled, Election 1 et 2, Throw Down, Breaking News...).

Ce fan d'Alain Delon, aime aussi se lancer de nouveaux défis : on l'a ainsi vu travailler sur le film expérimental en trois segments «Triangle» (2007), partagé avec Ringo Lam et Tsui Hark. En 2009, il a tenté de travailler avec l'acteur français pour le film "Vengeance", mais ce dernier a refusé, estimant le scénario peu à son goût. C'est finalement Johnny Hallyday qui a accepté le rôle.

Filmographie

"Je suis fier de tous les films que j'ai fait car je leur dois ma position actuelle." Johnnie To

1980 : The Enigmatic Case (Bi shui han shan duo ming jin)
1986 : Happy Ghost 3 (Kai xin gui zhuang gui)
1987 : Seven Years Itch (Qi nian zhi yang)
1988 : The Big Heat (Cheng shi te jing)
1988 : The Eighth Happiness (Ba xing bao xi)
1989 : All About Ah-Long (You jian A Lang)
1989 : The Fun, the Luck, and the Tycoon (Ji xing gong zhao)
1989 : Iron Butterfly, Part 2: See No Daylight
1990 : The Story of My Son (Ai de shi jie)
1991 : Royal Scoundrel (Sha Tan-Zi yu Zhou Shih-Nai)
1992 : Lucky Encounter (Ti dao bao)
1992 : Justice, My Foot (Sam sei goon)
1993 : Casino Raiders 2 (Zhi zun wu shang zhi yong ba tian xia)
1993 : The Heroic Trio (Dung fong saam hap)
1993 : Executioners (Xian dai hao xia zhuan)
1993 : The Bare-Footed Kid (Chik geuk siu ji)
1993 : Mad Monk (Chai gong)
1995 : Loving You (Wu wei shen tan)
1996 : A Moment of Romance 3 (Tian ruo you qing III feng huo jia ren)
1997 : Lifeline (Shi wan huo ji)
1998 : A Hero Never Dies (Chan sam ying hung)
1999 : Where a Good Man Goes (Joi gin a long)
1999 : Running out of Time (An Zhan)
1999 : The Mission (Cheong feng)
2000 : Help !!! (Lat sau wui cheun)
2000 : Needing You... (Goo laam gwa lui)
2001 : Wu Yen
2001 : Love On a Diet (Shôshen nan'nu)
2001 : Fulltime Killer (Chuen jik sat sau)
2001 : Running Out of Time 2 (Aau chin 2)
2002 : Fat Choi Spirit (Lik goo lik goo san nin choi)
2002 : My Left Eye Sees Ghosts (Ngo joh aan gin diy gwai)
2003 : Love for All Seasons (Baak nin hiu gap)
2003 : PTU
2003 : Turn Left, Turn Right (Heung joh chow heung yau chow)
2003 : Running on Karma (Daai chek liu)
2004 : Breaking News (Dai si gein)
2004 : Judo (Yau doh lung fu bong)
2004 : Yesterday Once More (Lung fung dau)
2005 : Election (Hak seh wui)
2006 : Election 2 (Hak se wui yi wo wai kwai)
2006 : Exilé (Fong juk)
2007 : Triangle (Tie saam gok) co-réalisateur avec Tsui Hark et Ringo Lam
2007 : Mad Detective (Saan Tam)
2008 : Sparrow (Wen Que)
2008 : Linger (Hu Die Fei)
2009 : Vengeance

Récompenses (liste non exhaustive)

2007 : meilleur film et meilleur réalisateur aux Golden Bauhinia Awards pour Exiled
2006 : meilleur réalisateur aux Hongkong Film Awards pour Election 1
2004 : meilleur réalisateur aux Hongkong Film Awards pour PTU
2004 : prix spécial du jury au Festival du film policier de Cognac pour PTU
2004 : meilleur réalisateur aux Golden Bauhinia Awards pour PTU
2004 : meilleur réalisateur aux Golden Horse Awards pour Breaking News
2004 : meilleur réalisateur aux Hongkong Film Awards pour The Mission
2000 : meilleur réalisateur aux Golden Horse Awards pour The Mission
2000 : meilleur réalisateur aux Golden Bauhinia Awards pour The Mission
2000 : meilleur film asiatique au Festival FantAsia pour Running out of Time

 
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