| 'Yang Sila visite sa mère', opéra jing de la province du Fujian |
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| Écrit par Brigitte Duzan | |||
| Dimanche, 06 Décembre 2009 15:25 | |||
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《四郎探母》 Sìláng tàn mǔ signifie exactement « le quatrième fils rend visite à sa mère. Yang Silang est en effet l’un des neuf enfants, sept fils et deux filles, d’un fameux général de la dynastie des Song du Nord (960-1127), qui se sont illustrés dans la guerre contre l’empire des Liao, au onzième siècle. Leurs faits héroïques, mais surtout ceux des femmes de la famille, sont devenus légendaires ; ayant repris le combat après la mort de leurs époux et de leurs fils, elles sont immortalisées dans de nombreuses pièces, dont un opéra de Pékin - « Les généraux femmes de la famille Yang » (《杨门女将》) – et de nombreuses séries télévisées.
L’opéra 《四郎探母》est donc une œuvre qui fait allusion à des faits connus de tous en Chine, et qui demande par conséquent quelques explications préalables pour pouvoir être compris. Le contexte historique L’histoire de la famille Yang se passe sous le règne de l’empereur Renzong (宋仁宗), quatrième empereur de la dynastie des Song (r. 1023-1063), dans le contexte de la lutte contre l’empire des Liao (辽朝), au nord.Les relations entre les deux empires, assez pacifiques au début, s’envenimèrent lorsque, en 979, l’empereur Song Taizong (宋太宗) voulut annexer le royaume des Han du Nord, un vestige des royaumes de la période de division après la chute des Tang, allié des Liao.
L’empereur Taizong réussit à vaincre le royaume, mais fut ensuite vaincu en voulant marcher sur la capitale méridionale des Liao. Les relations restèrent belliqueuses par la suite et, à partir de la fin du millénaire, les Liao entreprirent des attaques régulières des postes frontières Song.
En 1005, le traité de Shanyuan rétablissait une paix fragile, mais au prix d’un lourd tribut à la charge de l’empire chinois. L’argent ainsi versé revenait cependant dans les poches chinoises par le biais des échanges commerciaux entre les deux empires, mais surtout la trêve ainsi obtenue fut mise à profit par les Song pour accroître leurs capacités militaires et reprendre la guerre. Telle était la situation au début du règne de l’empereur Renzong.
L’histoire de Yang Silang《四郎探母》est en fait le troisième épisode d’une série de cinq opéras adaptés d’une œuvre populaire racontant les faits d’armes de la famille Yang, et surtout des douze veuves. Le premier épisode dépeint les conséquences tragiques de la bataille de Jinshatan (金沙滩) au cours de laquelle le père de Silang, pris dans un piège, perd ses trois fils aînés, le quatrième et le cinquième ayant disparu. Dans l’épisode suivant, faute de renforts suffisants, il perd les deux fils restants et se suicide pour ne pas être fait prisonnier.
Silang est le quatrième fils porté disparu au début de la saga. En fait, il a été fait prisonnier par les Liao, et a caché son identité pour ne pas être exécuté, se faisant passer pour un certain Mu Yi 木易 (les deux caractères formant celui de son nom de famille, Yang 杨). Remarquant sa noble allure, l’impératrice douairière décida de lui donner en mariage sa fille, la princesse Tiejing (铁镜公主). L’opéra commence quinze plus tard, alors que les deux époux vivent heureux : la princesse adore son époux et ils ont un enfant. L’histoire reprise par l’opéra La guerre ayant repris entre les deux empires, Silang apprend que sa mère est repartie au combat à la tête d’une armée et se trouve à la frontière, tout près. Rongé par le remords et l’amour filial, il se morfond dans son palais. Il le chante dans l’air introductif de la première partie (《坐宫》, superbe et célèbre : 杨延辉坐宫院自思自叹… assis dans le palais, Yang Yanhui [c’est son nom officiel] songe et soupire…http://www.youtube.com/watch?v=kIIeQkuI8dk Arrive l’épouse qui ne comprend pas pourquoi il a l’air si sombre. Comme il n’ose lui expliquer la cause de son chagrin, elle essaie de deviner. Suit une scène pleine d’humour où elle se demande même s’il ne voudrait pas aller voir des prostituées ou prendre une seconde épouse... Mais il finit pas lui avouer son identité véritable. Le choc est brutal (cela fait quinze ans, et ce n’est que maintenant…), mais son amour prend le dessus, et elle lui promet de ravir l’insigne de commandement (la flèche d’or) qui lui permettra de franchir la frontière et d’aller dans le camp ennemi voir sa mère. Deuxième partie : le vol de la flèche (《盗令》), épisode amusant où, face à sa mère, la princesse pince le bébé dans ses bras pour le faire pleurer (cris imités à l’orchestre), sur quoi l’impératrice donne la flèche convoitée à sa fille pour consoler le bébé, mais avec la consigne de la rapporter illico le matin suivant. Jieting court l’apporter à Silang qui, muni de ce sauf-conduit impérial, franchit aisément le poste frontière et arrive sans plus d’encombre dans le camp Song (《巡营》. Confronté à son frère (le dernier qui lui reste), celui-ci le prend d’abord pour un espion avant de le reconnaître et de le conduire à leur mère. Suit une scène de retrouvailles pathétiques, où Silang se prosterne aux pieds de sa mère pour demander son pardon (épisode《拜母》)…. 见娘之一见娇儿泪满腮 en se voyant, mère et fils ont le visage couvert de larmes… http://www.youtube.com/watch?v=1uTlKZJakTA&feature=related Le plus étonnant, c’est que ce fils très filial était déjà marié, que son épouse est aussi là, mais qu’il ne manifeste pas la même émotion en la voyant (épisode 《见妻》), ce qui en dit long, au passage, sur la hiérarchie des liens familiaux dans le monde confucéen. Après des adieux larmoyants, Silang est appréhendé en repassant la frontière ; les deux gardes qui le conduisent devant l’impératrice Liao sont des rôles de chou (丑) qui égaient l’atmosphère un bref moment. Mais Silang doit être exécuté, seule son épouse arrivera à fléchir l’impératrice, en faisant appel une dernière fois à ses sentiments de grand-mère… Un opéra ‘jing’ intériorisé《四郎探母》est un jingu (京剧), c’est-à-dire le style de l’opéra de Pékin, disons plutôt « l’opéra de la capitale ». L’orchestre est dominé par les cordes (jinghu京胡, jing’erhu 京二胡 et yueqin 月琴) avec les percussions (gongs luó锣et claquettes en bois tánbǎn檀板) pour marquer le rythme et les changements de tempo.
Mais les rôles sont réduits, et l’opéra se concentre sur le drame intérieur des personnages, en excluant les effets visuels, danse, acrobaties, maniement d’armes et autres – à l’exception d’une sortie « en galipette » de Silang qui surprend dans le contexte dramatique de son départ, après les adieux à sa mère (pourtant saluée de quelques applaudissements, comme il se doit). La seule concession à la tradition, et au public populaire, est le rôle de chou des deux gardes frontaliers et les épisodes comiques dont ils sont responsables ; mais ils restent brefs, et mal intégrés dans la pièce.
Dans ces conditions, ce sont la musique et le chant qui prédominent ; l’œuvre est construite autour de quelques arias au texte relativement simple, mais aux modulations complexes, qui dépeignent les sentiments des personnages, un peu comme dans l’opéra italien. C’est un opéra qui a quelque deux cents ans, mais qui a très peu évolué depuis ses débuts, même si les acteurs, eux, ont changé : ainsi, l’impératrice Liao était autrefois interprété par un homme – le grand père de Mei Lanfang, Mei Qiaoling (梅巧玲) a joué ce rôle dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle (un rôle de qingyi 青衣). Il est frappant de voir, d’après les photos d’archives, combien les personnages sont restés fidèles à la représentation traditionnelle.
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